Les chiens renifleurs, des alliés fiables pour détecter le Covid-19 ?

Les chiens seraient aujourd'hui aussi efficaces que les tests RT-PCR.

L'ODEUR DU VIRUS - L'utilisation de chiens renifleurs pour détecter les personnes positives au Covid-19 est évoquée depuis des mois, sans pour autant que leur utilisation se généralise. Les résultats sont pourtant probants selon des docteurs vétérinaires qui sollicitent désormais les autorités sanitaires.

Dans le cadre de l'épidémie de Covid-19, diverses techniques de dépistage sont utilisées, parmi lesquelles les désormais bien connus tests RT-PCR. Pour autant, d'autres pistes sont explorées : le recours à des chiens renifleurs est ainsi à l'étude, les canidés bénéficiant d'un odorat particulièrement développé. Du côté de l'école nationale vétérinaire d'Alfort, cela fait déjà plusieurs mois que les chiens suivent des entraînements dans le but de reconnaître des cotons imbibés de la sueur de patients positifs. Dès le mois de mai dernier, une équipe de TF1 avait ainsi pu suivre ces premiers tests.

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D'autres reportages se sont succédés depuis, y compris ces derniers jours, laissant parfois les téléspectateurs perplexes. "Les chiens renifleurs de covid, y a que moi que ça choque ?!", demandait il y a quelques jours un internaute sur Facebook. En commentaire, certains internautes se montrent dubitatifs, quand d'autres ironisent sur cette étonnante méthode de détection du virus. Pourtant, celle-ci a fait ses preuves. 

40 fois plus de cellules olfactives que l'Homme

Le recours à des chiens pour ce type de détections n'a "rien de saugrenu" assure le CNRS. Et pour cause : "Depuis que nos fidèles compagnons ont appris, lors de la Première Guerre mondiale, à repérer des mines, ils ont largement étendu leur répertoire de détection. Des chiens sont utilisés de façon routinière pour découvrir drogues, argent, explosifs, armes, ou encore, lors des tremblements de terre, des personnes bloquées sous les décombres." 

Des talents qui s'appuient sur des caractéristiques physiques surprenantes, poursuit le CNRS. En effet, les chiens sont très bien équipés puisque "l'intérieur de leur truffe est recouvert de 200 millions de cellules olfactives", soit 40 fois plus que pour l'Homme. De quoi leur octroyer "un sens de l’odorat qu’aucun procédé physico-chimique, qu'aucun « nez artificiel », ne peut encore égaler".

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L'école nationale vétérinaire d'Alfort a réalisé des tests au long cours avec 8 chiens, relatait début septembre la Dépêche vétérinaire. Les résultats sont impressionnants puisqu'en 368 essais, "4 chiens étaient efficaces à 100 %", tandis que "les 4 autres l'étaient à 83, 84, 90 et 94 %". Ces essais concluants ont été plébiscités à la fois par l'Académie nationale de médecine et par l'Académie vétérinaire de France.

Les deux institutions se sont fendues d'un communiqué commun à la fin du mois d'août, dans lequel elles ont expliqué que "devant l’accroissement des demandes de tests de détection de la Covid-19, l’utilisation de « chiens renifleurs » permettrait de réduire les délais encore trop élevés pour l’obtention d’un dépistage par RT-PCR, en particulier chez les cas suspects et les contacts". Leurs recommandations ? "Compléter l’évaluation scientifique", "préciser les performances analytiques (sensibilité, spécificité)", ou bien encore "promouvoir la constitution d’équipes dédiées".

Une utilisation freinée ?

Ces signaux positifs n'ont pour l'heure pas permis une utilisation à grande échelle des chiens renifleurs dans le cadre de l'épidémie. Professeur à l'école nationale vétérinaire d’Alfort (Val-de-Marne) et colonel de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris en charge des équipes cynotechniques, Dominique Grandjean est aussi le coordinateur du projet Nosaïs, pionnier en France dans l'utilisation des chiens pour le dépistage du Covid. Ces dernières semaines, il a déploré à plusieurs reprises un manque d'intérêt affiché par le ministère de la Santé. "Au ministère, ils regardent ça de loin, et ils ne donnent pas un centime. Véran, il a un ticket de métro à prendre pour venir jusqu'à Alfort, mais on ne l'a jamais vu. Ça doit coûter trop cher", peste-t-il auprès de France 3. Les échanges avec la commission interministérielle, à Paris, ne semblent guère fructueux. "Ca fait six mois qu'ils nous sollicitent, qu'on leur envoie des dossiers, qu'ils nous répondent juste 'bien reçu'. Et puis plus rien..."

Sollicitée par LCI, la direction générale de la Santé assure que les autorités sanitaires sont intéressées. "Pour l’ensemble des méthodologies de diagnostic innovants (et celle-ci peut en être une), les points cruciaux à valider sont la fiabilité, la reproductibilité, la spécificité et la capacité de mise en place d’une infrastructure ou d’une organisation permettant un débit suffisant en usage de routine en vie réelle", souligne la DGS. Ce sont "autant d’éléments qu’ils convient de vérifier soigneusement dans le cas de l’utilisation d’êtres vivants soumis par définition à une grande variabilité." Et de rappeler "à titre de comparaison, et pour prendre un exemple connu", que "la validation de l’utilisation de chiens renifleurs dans le cadre de la détection du cancer est encore en cours alors qu’elle a été initiée il y a plusieurs années." Un appel à la patience, donc. 

 

Ailleurs dans le monde en tout cas, l'utilisation des chiens renifleurs se développe dans le cadre de l'épidémie. Comme à l’aéroport d’Helsinki-Vantaa,  en Finlande, où des chiens sont d'ores et déjà utilisés dans le hall des arrivées. "Les Émirats arabes unis, grâce à d’importants moyens mis en œuvre, déploient actuellement les 20 équipes déjà formées au sein de l’aéroport de Dubaï", relatait pour sa part l'école nationale vétérinaire d'Alfort durant l'été. Si Dominique Grandjean est flatté de voir de nombreux pays s'intéresser à ses travaux, il espère désormais que cette méthode de dépistage sera rapidement utilisée dans l'Hexagone. "Tous les pays du monde vont finir par la déployer et on les regardera faire, alors qu'on leur a appris à le faire", a-t-il lancé au micro d'Europe 1. La DGS, se veut quant à elle volontariste. Elle glisse que "de nombreux appels à projets sont par ailleurs ouverts pour faciliter le déploiement de projets de recherche sur la gestion de l’épidémie COVID-19, et ces projets autour de la détection olfactive canine peuvent rentrer dans le cadre de financements permettant la poursuite de l’évaluation des dispositifs".

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