Les cotons-tiges bientôt bannis des rayons : voici comment (mieux) se nettoyer les oreilles

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ÉCLAIRAGE - Contrairement aux autres cosmétiques contenant des microbilles de plastique, et interdits à la vente depuis le 1er janvier 2018, les bâtonnets ouatés bénéficient d'un sursis. Mais leur fin est proche et ce ne sont pas les médecins, qui les accusent de provoquer des traumatismes de l'oreille, qui vont les regretter. LCI fait le point avec un spécialiste sur les alternatives moins agressives qui existent.

D'une pierre deux coups. Demandée de longue date par des associations de protection de la nature, l'interdiction annoncée des cotons-tiges conformément à la loi sur la biodiversité adoptée le 20 juillet 2016, contente tout autant les médecins ORL. Régulièrement confrontés à des traumatismes plus ou moins sévères de l'oreille, ces derniers avaient en effet les bâtonnets ouatés dans le collimateur depuis de nombreuses années. Leur disparition des rayons, annoncée dans un premier temps pour le 1er janvier 2018, à l'instar des cosmétiques contenant des microbilles de plastiques, sera en réalité effective le 1er janvier 2020. Mais à en croire le docteur Jean-Marc Juvanon, oto-rhino-laryngologiste, porte-parole de la Société française d'ORL, plus tôt nos oreilles seront dispensées de l'usage inadapté et abusif des cotons-tiges, mieux elles s'en porteront. LCI a fait le point avec ce spécialiste sur les alternatives plus douces qui existent, et les idées reçues sur le nettoyage des oreilles.

Journaliste : Dans l’esprit de nombreuses personnes, se nettoyer les oreilles va forcément de pair avec l’usage des cotons-tiges. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Dr Juvanon : C’est une idée reçue. Car, en réalité, le conduit auditif se nettoie très bien tout seul. Le cérumen est précisément une sécrétion utile, lubrifiante, et antiseptique qui permet de ramener les impuretés qui peuvent se trouver au fond de l’oreille. Ça fonctionne un peu comme un tapis roulant finalement : le cérumen, qui est produit au fond par la peau, ressort tout naturellement par l’orifice du conduit auditif comme la lave qui sort du volcan. Notre culture l’assimile à quelque chose de sale, et c’est pour cela que par souci d’hygiène, il convient de nettoyer les fameuses traces marrons. Mais seulement la partie visible.

Journaliste : Moins que l’usage des cotons-tiges en lui-même, c’est le fait qu’il soit mal adapté que vous regrettez?

Dr Juvanon : En effet. Très souvent, les gens les utilisent mal, c’est-à-dire qu’ils ont tendance à aller trop en profondeur et trop souvent. Or, c’est là que les problèmes peuvent se poser : en plus d’irriter la peau, ils enfoncent le cérumen plutôt que de le faire sortir, donc ça crée des bouchons. Pire, il suffit d’un faux mouvement pour écorcher la peau du conduit auditif qui est très fragile, ou provoquer une perforation du tympan. Cela arrive notamment chez les enfants, par inadvertance, à l’occasion d’un geste maladroit et aussi précautionneux soient les parents. Il n’est pas rare alors que du sang s'écoule de l’oreille car le conduit auditif est très étroit et qu’il y a un traumatisme de la peau ou du tympan. C’est très douloureux. Si le tympan finit par cicatriser tout seul dans la plupart des cas, dans des cas plus rares, ça peut aller jusqu’à une perte de l’audition. En fait, l’idéal est d’avoir à l’esprit que le bord de l’orifice est la zone interdire : il ne faut pas la franchir. Finalement, dès qu’on ne voit plus, c’est qu’on est déjà trop profond.

Journaliste : Puisqu'il est condamné à disparaître, quelles sont les alternatives au coton-tige ?

Dr Juvanon : La plus simple et la plus naturelle, c’est celle du petit doigt et du mouchoir ou du gant de toilette. Là encore, il suffit de nettoyer ce qui est visible sans franchir le bord. Pour les personnes qui ont une sécrétion de cérumen particulièrement abondante, et qui sont susceptibles de se retrouver avec l’oreille bouchée tous les trois mois, on préconise généralement des lavages grâce à des sprays qui peuvent aussi agir de façon préventive. D’autres ont recours aux poires d’oreilles que l’on utilise avec de l’eau tiède mais ce n’est pas si simple à manier, et surtout en cas de forte sécrétion, rien ne vaut l’intervention d’un spécialiste. Enfin, il existe des sortes de petits aspirateurs individuels mais la plupart du temps ces derniers se révèlent inefficaces si le cérumen est trop adhérent au fond.

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