Les effets indésirables du vaccin Pfizer sont-ils vraiment inhabituels ?

Les effets indésirables du vaccin Pfizer sont-ils vraiment inhabituels ?

CONTRE-INDICATIONS ? - Invité de LCI mercredi 9 décembre, le professeur Éric Caumes s'est inquiété des nombreux effets secondaires du vaccin de Pfizer/BioNTech. Si leur fréquence est effectivement étonnante, les symptômes sont assez bénins.

C'est une petite phrase qui interpelle même les plus fervents défenseurs de la vaccination. "Il y a un vrai problème dans le vaccin Pfizer". Lancée par Éric Caumes mercredi 9 décembre sur LCI, elle sème le doute au moment même où une campagne de vaccination a déjà commencé au Royaume-Uni, laissant espérer un endiguement de cette pandémie. Le chef du service infectiologie de la Pitié-Salpêtrière a ainsi expliqué s'étonner de la "fréquence d'effets indésirables particulièrement élevée" et notamment chez les jeunes. Qu'en est-il réellement ? 

Pour soutenir son propos, le patron de l'infectiologie de cet établissement parisien a fait référence aux données de la Food and Drug Administration (FDA) publiées ce mardi. Dans ce rapport de 53 pages, l'administration américaine souligne entre autres les "risques connus" du vaccin, observés chez les quelque 38.000 participants à l'essai clinique. Si le vaccin Pfizer/BioNTech a globalement un "profil de sécurité favorable" on découvre qu'il y a en effet de nombreux effets secondaires. Les participants qui ont reçu la dose ont ainsi très souvent (84%) eu une réaction au niveau de l'injection dans le bras. D'autres ont signalé des symptômes plus pénibles comme de la fatigue (62,9%), des maux de tête (55,1%), des courbatures (38,3%), des frissons (31,9%) des douleurs articulaires (23,6%), ou encore de la fièvre (14,2%). 

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Une "réactogénicité" particulièrement élevée

Si ces effets secondaires n'ont rien d'alarmants, comme le note le professeur Éric Caumes ils touchent tout de même une large proportion des personnes vaccinées. Et ce bien plus que tous les autres vaccins viraux actuellement recommandés. C'est ce que nous avons pu vérifier sur la plateforme infovac. Créée par la Faculté de médecine de l'Université de Genève sous les auspices des autorités sanitaires fédérales suisses, elle recense toutes les informations sur les différents vaccins et notamment leurs effets secondaires. Or, il apparait que dans la très large majorité des vaccins anti-viraux, seule une minorité de personnes est concernée par ces effets. Par exemple dans le cas de la grippe, seules 10% à 40% des personnes développent une réaction au niveau de l'injection dans le bras. Deux fois moins que pour le vaccin de Pfizer. Idem pour les autres symptômes. 5% à 10% développent fièvre, nausées, douleurs musculaires, articulaires et céphalées, ou autres symptômes grippaux. C'est effectivement beaucoup moins que le produit contre le coronavirus développé par le laboratoire américain. 

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VIDÉO - "Il y a un vrai problème dans le vaccin Pfizer", alerte le professeur Eric Caumes

Effets secondaires ou effets indésirables ?

Si ces symptômes sont plus fréquents, ils restent totalement anodins. Ils sont en fait le fruit de ce qu'on appelle la "réactogénicité". C'est-à-dire la preuve que le système immunitaire fait son travail. À la différence d'effets "indésirables" qui eux, sont problématiques. C'est en tout cas ce qu'expliquent de nombreux experts, dont la docteure Mélanie Swift. Dans les colonnes d'USA Today, elle prend un exemple très parlant : "Si vous sortez de la salle de gym et que vous êtes endolori, c'est un effet secondaire courant et attendu. Mais si vous quittez la salle avec un œil au beurre noir, c'est un événement indésirable qu'il faut signaler."

De nombreuses questions en suspens

Ces effets secondaires sont donc relativement classiques après une vaccination. Demeurent tout de même de nombreuses interrogations. Notamment le phénomène des jeunes particulièrement touchés et les effets accentués lors d'une seconde dose. Dans le Wall street journal, Arnold Monto, un épidémiologiste à l'Université du Michigan, relève qu'en effet le produit Pfizer/BioNTech est "plus réactogène que celui contre la grippe". Mais selon lui, cela reste "parfaitement normale".  

Un optimisme qui n'est pas forcément partagé par Morgane Bomsel. Chercheuse du CNRS à l'Institut Cochin, elle considère que si ces effets ne "semblent pas 'graves'", le phénomène reste tout de même "à surveiller". Spécialiste en virologie, elle émet plusieurs hypothèses. Cet effet pourrait être lié à la technologie ARN qui, de par sa constitution "pourrait interagir avec l'immunité innée et donner des effets secondaires". Quant à la proportion des jeunes touchés, cela pourrait être une conséquence de "l'augmentation de l'allergie ces dernières années chez les plus jeunes dans la société".

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Quoi qu'il en soit, Morgane Bomsel rappelle que "l'inquiétude du monde scientifique et des médecins vis-à-vis de ce vaccin" n'est pas injustifiée. Elle est liée à "la crainte d'une précipitation". Car l'enjeu est de taille. "Si, en voulant aller trop vite, il y avait trop d'effets secondaires, cela sera aux dépens de l'ensemble des stratégies vaccinales dans l'avenir". Elle appelle donc à "rester prudent et attentif". Une philosophie sur laquelle semble s'accorder tous les experts français. Éric Caumes, sur LCI, rappelait que les vaccins étaient "l'un des plus grands progrès pour la médecine", mais qu'il attendait simplement "d'avoir plus de données".  Idem pour Dominique Costagliola. Directrice de recherche à l'Inserm, elle ne partage "pas vraiment" le point de vue de son confrère à propos des effets secondaires - "des choses transitoires qui se produisent de façon assez banale" - mais exhorte elle aussi à "respecter les procédures" et à bien "étudier les dossiers à fond". "Car c'est sur cette expertise des agences que repose la confiance que l'on aura dans les vaccins."

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