"Les fausses infos se répandent plus vite que le coronavirus" : sur Facebook, "l'infodémie" explose

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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

PSYCHOSE - L'explosion du nombre de personnes contaminées par le coronavirus en Italie s'est accompagnée d'une hausse de l'activité des groupes Facebook dédiés au sujet. Comptant plusieurs dizaines de milliers de membres, ils sont devenus les lieux propices à ce que l'OMS qualifie d'"infodémie".

Stefania est Italienne et vit à Milan, soit à une soixantaine de kilomètres de  la "zone rouge", qui recouvre onze communes dont personne ne doit plus entrer ni sortir. Une proximité qui, dès l'annonce du premier décès dans le pays, vendredi soir, a poussé la jeune femme à rejoindre un "groupe de discussions" dédié à l'épidémie. Et le lendemain matin, à y partager son inquiétude dans une publication quelque peu anxiogène : "Honnêtement, je commence à avoir peur."

"Peut-être que les réseaux sociaux n'aident pas, mais mon anxiété grandit", poursuit la Milanaise. Une phrase qui souligne un point crucial de la lutte contre le coronavirus : la propagation d'informations suscitant une certaine anxiété, voire la panique. C'est ce que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle une "infodémie". 

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Quand les fausses informations se propagent tel un virus

Le terme est lâché pour la première fois le 3 février dernier. Le patron de l'institution l'utilise alors pour décrire une surabondance d'informations, pas toujours vraies ou exactes. Et annonce partir en guerre contre celles-ci, notamment via la mise en place d'une équipe spécialisée. "Les fausses informations se propagent plus rapidement et plus facilement que ce coronavirus et sont tout aussi dangereuses", relevait à nouveau le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus il y a dix jours. 

Nous ne combattons pas seulement une épidémie, nous combattons aussi une infodémie - Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS

Un phénomène qui explose en Europe depuis l'annonce de nombreux cas de coronavirus en Italie. En France, l'inquiétude est telle que le nombre d'appels au numéro vert a été multiplié par vingt, passant de 250 vendredi dernier à 4800 ce lundi, selon nos informations. Sur Facebook aussi, on se pose des questions. Comme le montre l'outil de mesure CrowdTangle, jamais le sujet du coronavirus n'a autant intéressé. La preuve sur l'un des groupes francophones qui lui est dédié, où pas moins de 762 interactions ont été relevées ces dernières 24 heures, contre une moyenne quotidienne de 161 sur le dernier mois. Florent, son administrateur, nous dit avoir dû accepter près de 800 membres depuis que la Péninsule se retrouve touchée de plein fouet.

L'OMS a pourtant fait savoir que le réseau social de Mark Zuckerberg, tout comme Twitter, Tencent ou encore Tiktok, ont "pris des mesures pour limiter la propagation de la désinformation". Des mesures censées placer les informations de l'organisation en tête des résultats de recherche sur la thématique. 

Problème : les groupes privés échappent à cette régulation. Et les fausses informations y ont la vie dure, comme celles qui conseillent de "se doucher avec de la javel". La "fakenews" la plus répandue ? Celle d'une maladie fabriquée en laboratoire. Une thèse toujours très propagée, malgré les démentis puisque, ce lundi soir encore, un internaute évoque la possibilité d'une "arme biologique". 

La peur plus forte que les faits

De fait, tout contrôler peut se révéler chronophage. L'administrateur du groupe francophone dit vérifier près de "2000 publications par jour". Une activité qui nécessite "beaucoup de temps" à ce chef de cuisine, "au moins huit heures par jour", souligne-t-il. Pour tenter de contenir le flux, le trentenaire assure se fier à des sources "sûres", citant l'exemple de l'OMS. "Je ne diffuse que leurs chiffres." 

Toujours est-il que même lorsque administrateurs et modérateurs réalisent ce travail minutieux, les fausses informations perdurent parfois. Florent nous confie qu'elles peuvent notamment être diffusées en commentaires. Seul un signalement permet alors de les faire disparaître.

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Au-delà des données erronées, d'autres messages participent à la psychose. Souvent, c'est "l'avis" de chacun, le "ressenti" qui prend le dessus sur les faits. Un internaute se demande par exemple : "Selon vous, quel est le taux de mortalité du coronavirus ?" Une information officielle facilement trouvable et totalement publique : le 17 février dernier, l'OMS estimait qu'il représentait 2% des cas confirmés. Sauf que sur Facebook, cette personne préfère partager son "impression" : "30% de l'humanité mourra, comme c'était le cas pour la grippe espagnole." Un autre lui répond d'ailleurs avoir vu une étude disant que la maladie "anéantirait 60% de la population mondiale". 

Comme souvent, il ne s'agit pas là d'une mauvaise information mais d'une mauvaise interprétation d'une donnée publiée le 11 février dernier. Lors d'une interview donnée au Guardian, un expert hongkongais disait craindre que le virus "infecte" deux tiers de la population s'il n'était "pas maîtrisé". Une hypothèse parmi d'autres, donc, qui ne concerne absolument pas le nombre de décès.  

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Suffisant toutefois pour provoquer la panique. Ce mardi, l'une des publications les plus "performantes" dans un groupe francophone est celle d'une mère qui se demande si elle doit laisser sa fille partir en voyage scolaire "en Autriche, juste à côté de l'Italie". Au moment d'écrire ce message, aucun cas n'a pourtant été diagnostiqué dans le pays. En réponse, les avis sont unanimes : il faut "suivre son instinct". "Pour ma part je ne la laisserais pas partir", lance une internaute. "Moi non plus, je ne la laisserais pas y aller", acquiesce un autre. "J'annule sans hésitation", surenchérit un dernier. 

Plus symbolique encore, un sondage lancé le 23 février dernier demande s'il faut commencer à "se préparer en France", relevant que la situation chez "nos voisins" devenait "dramatique". Ce à quoi 250 personnes ont répondu par l'affirmative, contre huit "il est encore trop tôt pour le dire" et seulement deux "non". 

Mais le plus alarmant réside sans doute dans le fait qu'on ne peut pas toujours compter sur la bonne foi des administrateurs pour calmer le jeu. Au contraire. Dans l'un des groupes italiens créés pour l'occasion, l'administrateur a ainsi jugé bon d'afficher, en temps réel, le bilan du coronavirus dans le monde. De quoi, tout naturellement, pousser un jeune homme inquiet à commenter ce chiffre : "Ce truc m'angoisse."

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