Les fumées de l'usine Lubrizol n'ont pas dégagé de "toxicité aiguë" : cela signifie-t-il que tout danger est écarté ?

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À LA LOUPE - "Les analyses n’ont pas fait apparaître de toxicité aiguë", déclarait le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, afin d'apaiser les inquiétudes des uns et des autres après qu'un incendie a éclaté dans la nuit de mercredi à jeudi à Rouen, dans l’usine de Lubrizol, classée Seveso. Mais cette information est-elle si rassurante que ça?

Les Rouennais témoignaient de leurs problèmes respiratoires, quand le reste de la population découvrait, incrédule, une épaisse fumée noire flotter sur la capitale de la Normandie. Alors, la préfecture a tenté de rassurer la population, dès le jeudi 26 septembre, quelques heures après l’incendie de l’usine de Lubrizol. Et ce notamment avec un communiqué, co-signé par l’Agence régionale de santé (ARS), indiquant que les analyses montraient qu’il n’y a pas de "toxicité aiguë". Mais que définit exactement ce terme ? La zone est-elle préservée de tout danger pour la santé ? Pas si simple.

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Comme nous le signale par mail un lecteur, il est important de définir la toxicité "aiguë". Car ce terme ne rime pas forcément avec "aucune toxicité". Ainsi, en toxicologie médicale, comprenez l’étude des substances létales, il est souvent signifié par l'acronyme LD50. Et indique dès lors la dose à partir de laquelle 50% des individus testés décèdent suite à une exposition unique.

Le seuil au-dessus duquel "on observe des effets létaux"

Mais ici, il y a fort à parier que la préfecture a utilisé cette expression en se basant plutôt sur la définition avancée par l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (INERIS). Car c’est cet établissement, placé sous la tutelle du ministère de la Transition Écologique, qui désigne le seuil d’effets "irréversibles" en cas "d’exposition accidentelle". C’est-à-dire qu’avec des études réalisées sur plusieurs composants, comme le mercure, mais aussi des "produits intermédiaires" utilisés dans l’industrie chimique, ils ont établi des caps de concentration dans l’air après lesquels les premiers "effets létaux" sont observés sur au moins 5% des personnes exposées durant une à 480 minutes. Dès lors, il apparaît que le nuage de fumée rouennais n'a pas dépassé lesdits seuils.

Mais que le décès touche la moitié ou 5% de la population, l’intoxication "aiguë" reste bien un mot pour désigner une situation particulièrement alarmante. Et bien que ce ne soit pas le cas à Rouen, il n’en reste pas moins que des répercussions moins tragiques restent possibles.

C’est en tout cas ce qu’a avancé Jean-Yves Lagalle, le directeur du Service départemental d’incendie et de secours de Seine-Maritime. En charge lors des opérations sur cet incendie "hors-norme", il expliquait dans les pages de Paris-Normandie qu’il ne fallait pas aller trop loin en déclarant qu’il n’y avait "pas de risque". "Ces fumées sont toxiques, comme toute pollution", confie ainsi, comme une évidence, le colonel des sapeurs-pompiers.

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