Les masques antipollution, gadget ou vraie protection ?

Les masques antipollution, gadget ou vraie protection ?

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SANTÉ - Force est de constater que la qualité de l'air préoccupe l'opinion publique. Aujourd'hui, la prise de conscience est générale au point que de plus en plus de personnes n'hésitent pas à arborer un masque antipollution. Pour autant, ces personnes-là sont-elles vraiment protégées ? Plusieurs experts nous répondent.

La pollution particulaire tue. Les chiffres de l’agence nationale de santé publique le démontrent. En France, 48.000 décès sont confirmés chaque année. Il s'agit de la 3e cause de mortalité enregistrée. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le problème n’affecte pas que les grandes villes. Si dans les zones urbaines de plus de 100.000 habitants les résultats montrent une perte de 15 mois d'espérance de vie, dans les zones rurales, elle est en moyenne de 9 mois.


La lutte contre la pollution, certains élus en ont fait leur cheval de bataille. Anne Hidalgo, la maire de Paris, a annoncé vouloir bannir les véhicules diesel dès 2024 et les voitures essences d’ici 2030. Dans un rapport publié début décembre, Airparif révèle que les pics de pollutions ont été en recul l’année dernière : 12 contre 18 en 2016. Les récents épisodes d’alerte additionnés à la mise en place d’une circulation alternée a provoqué "une prise de conscience" inéluctable chez certains citadins, constate le co-fondateur de la marque de masques R-Pur, Matthieu Lecuyer. L'heure est au changement d'habitudes. À pied, à vélo, dans les transports, certains n’hésitent plus à porter un masque antipollution. Un temps inusité, le voilà démocratisé. Mais pour autant, nous protège-t-il vraiment ?

"Les masques ne filtrent pas tout"

"C’est un peu complexe", ne nous cache pas le co-président de l’association Respire, Olivier Blond. Selon lui, "les masques ne filtrent pas tout". Pour étayer son raisonnement, il pointe du doigt la méconnaissance des utilisateurs sur le produit. "C’est souvent mal utilisé. Si c’est pour faire du vélo avec un effort intense, en général, c’est contre-productif. Il y a des fuites, l’air passe entre la peau et le masque. Le cycliste est en hyperventilation. L’air va pénétrer plus profondément dans les bronches et il va se faire du mal." La gène respiratoire est évidente et "cela ne permet pas de filtrer les particules fines, autrement dit les plus dangereuses", nous affirme une responsable d’AirParif, l’Association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France.

Comment bien choisir son masque ?

Il existe à ce jour trois grands types de masques, chacun ayant sa propre fonction :


Le masque chirurgical vise avant tout à limiter "la contamination des microbes", nous explique le pneumologue Armine Izadifar, membre de la Société de Pneumologie de langue française. "Mais ça ne change strictement rien aux gaz et surtout aux particules fines", assure-t-il. 


Le masque FFP3, la plus haute norme européenne des masques respiratoires, est capable de filtrer jusqu'à 98% des particules fines, "mais il est extrêmement difficile à supporter", assure le docteur. "Il n'assure pas de protection contre les gaz : le dioxyde de souffre et d'azote qu'on retrouve dans la pollution atmosphérique et les pots d'échappement des véhicules motorisés (...) Si c'est pour une balade plaisir, ça paraît mal parti". 


Le masque militaire s'avère le plus radical, le plus efficace, mais le moins adapté à la vie quotidienne. Avec ce type d'appareil, "aucune particule et aucun gaz" ne passe. 


Une jeune start-up française a peut-être trouvé le bon compromis en mettant au point le "premier filtre nano technologie composé de trois couches de filtrations innovantes" à destination des propriétaires de deux roues. "Ce sont les seuls produits au monde permettant de filtrer les particules fines et très fines - Pm25 - de l'ordre de 0,4 micromètre, responsables de maladies graves (…)", nous assure Matthieu Lecuyer. Le masque anti-pollution baptisé R-Pur est d'ailleurs "en passe d’obtenir" la certification FFP3, la plus haute norme européenne des masques respiratoires à ce jour. Cette technologie leur a valu le CES Innovation Award 2018 pour le titre Tech for a better world (Technologie pour un meilleur monde, ndlr). Nul doute, cela inspirera d'autres concurrents... 

Quelles alternatives ?

"Il y a tout un ensemble de petites choses qui s’avèrent plus efficaces que les masques", affirme le co-président de l’association Respire, Olivier Blond. "Recalculer son itinéraire, optimiser son trajet, permet de diminuer l'exposition à la pollution", explique-t-il. Cela est valable pour les cyclistes, les piétons et les joggeurs. "Entre un carrefour très embouteillé et ses rues avoisinantes, il peut y avoir une différence d'exposition à la pollution de 50%", étaye le spécialiste. Privilégiez donc les zones boisées - le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes à Paris, par exemple - ou encore les pistes cyclables à l'écart des grands axes. Des "mesures simples qui aident" en somme, estime le docteur Armine Izadifar. 


Enfin, c'est l'autre mesure à adopter : "Contrôler son effort". En cas de pic de pollution, mais pas seulement, "il faut continuer à faire du vélo, c'est moins toxique que de prendre la voiture et le métro. Un coup de pédale plus tranquille permet d'éviter la situation d'hyperventilation et de facto d'aspirer plus, plus vite et plus profondément les particules", nous assure-t-on. Dans ce cadre-là, "l'utilisation du vélo électrique peut s'avérer intéressant". Ça tombe bien, Paris vient de lancer son propre service. Reste à trouver la motivation... 

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