Les vaccins à ARN "contaminent" par les fluides ? Gare aux élucubrations sur Facebook

Les vaccins à ARN ont été visés par de multiples fake news ces dernières semaines.

CONSPIRATIONNISME - Les fake news sur les vaccins sont légion, en particulier avec ceux à ARN, méconnus jusque-là. Des théories fumeuses expliquent par exemple qu'ils se transmettent aux personnes non vaccinées par les fluides corporels...

Sur Facebook, l'heure est à l'affolement. Si l'on en croit certaines publications, "l'avenir de l'espèce humaine est en jeu" et il "ne reste plus beaucoup de temps pour agir". Des internautes relaient en nombre un message catastrophiste, assurant que les partisans de la vaccination n'ont aucun intérêt à ce que l'ensemble de la population reçoive une dose. Et pour cause : il suffirait de vacciner 30% de la population et de "laisser le temps faire le reste"

La théorie défendue est la suivante : "avec la technologie ARN", les humains "contaminés par la piqûre vaccinale" vont devenir "contaminants pour les autres par les fluides corporels". Il faudrait ainsi se méfier du sang, de la salive ou des "secrétions sexuelles", sous peine de voir "l'humanité contaminée par ce poison mortel et les nanoparticules"

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Un vaccin actif quelques jours seulement dans le corps

Largement relayé, ce message traduit non seulement les craintes qui entourent les vaccins, mais surtout la méconnaissance totale de leur fonctionnement. Commençons par préciser que leur composition est rendue publique, et que les autorités sanitaires y sont attentives dans leurs évaluations. Évoquer un "poison mortel" ne repose sur aucune donné scientifique puisque les essais cliniques de grande ampleur menées par les différents laboratoires ont permis de mettre en évidence non seulement l'efficacité des vaccins, mais aussi le fait que les  effets secondaires se révèlent dans leur très grande majorité bénins. 

Il est ensuite nécessaire de rappeler le fonctionnement des vaccins à ARN messager, afin de mieux comprendre en quoi ces messages sont faussement alarmistes. Dans les vaccins courants, il est d'usage d'injecter un virus inactivé, et donc inoffensif, qui va déclencher une réponse immunitaire. Dès lors, si le virus pénètre à l'avenir dans notre organisme, les anticorps présents pourront le neutraliser. C'est un principe similaire qui est à l'œuvre pour le vaccin à l'ARN, sauf que l'on injecte cette fois de l'ARN messager, un morceau d'information génétique du virus. Pour l'expliquer avec des mots simples : si l'ADN était une bibliothèque, l'ARN serait la photocopie d'un des livres. Cet ARN sera le même peu importe le laboratoire. C'est l'enveloppe qui l'entoure et le protège qui sera différent en fonction du fabricant du vaccin.

En vidéo

Vaccin ARN : une nouvelle technologie à la loupe

Il est important de préciser que l'ARN ne demeure par dans notre corps ad vitam æternam. Comme le souligne le professeur en immuno-virologie François Meurens, "que ce soit hors ou dans les cellules, les ARNm disparaissent vite, en raison de leur structure moléculaire". Sa mission, durant les quelques jours passés dans notre corps, consiste simplement à pousser l'organisme à "déclencher une réponse immunitaire et produire des anticorps capables de neutraliser le Sars-CoV-2 s'il venait à nous infecter", résume l'AFP. "Il est certain qu’au bout de très peu de temps, après avoir entraîné la synthèse des antigènes (ou protéines, ndlr) contre lesquels se développent les anticorps, l'ARN vaccinal sera détruit", précise quant à lui le généticien Axel Kahn.

Lire aussi

Une transmission de l'ARN d'une personne à une autre ne repose sur aucun élément scientifique. Cette théorie fait écho à celles expliquant que notre ADN serait modifié par les vaccins à ARN, et qu'il serait, de fait, altéré à l'avenir, y compris pour les générations futures. "L’ARN, pour pouvoir s’intégrer dans le génome, il faut qu'il soit ce qu'on appelle transcrit de façon inverse [en ADN] -on dit rétrotranscrit- et ça, ça ne se fait pas spontanément dans les cellules", expliquait l'été dernier Christophe D'Enfert, directeur scientifique de l'Institut Pasteur. Suggérer que l'ARN messager transforme l'ADN via un vaccin reviendrait à "dire qu'un enfant peut donner naissance à sa mère", tranche pour sa part le professeur d'immunologie Jean-Daniel Lelièvre.

L'usage du terme de "nanoparticules" dans les messages sur Facebook doit enfin être explicité. Au cœur des nouveaux vaccins à ARN, ces nanoparticules ont en effet une mission précise. Camille Locht, microbiologiste et directeur de recherche à l’Institut Pasteur de Lille expliquait au Monde que "si l’on injecte directement l’ARN messager, il va être détruit. Avec les nanoparticules, l’ARNm se retrouve entouré d’une couche de lipides. Une fois qu’il est introduit, les nanoparticules peuvent fusionner avec la membrane de la cellule, et ainsi injecter l’ARN pour qu’il puisse être traduit et produire l’antigène, la substance active du vaccin." 

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : plus de 16.600 cas ces 24 dernières heures

ENTRETIEN EXCLUSIF - Brigitte Macron se confie sur son expérience du Covid-19

Fin du "Muslim ban", retour dans l'accord de Paris... ce que Joe Biden fera dès son investiture

Variants du coronavirus : faut-il privilégier le masque FFP2 dans les lieux à risques ?

À quoi ressemblent les dernières heures de Donald Trump à la Maison-Blanche ?

Lire et commenter