L'étude santé du jour : découverte d'une molécule contre l'addiction au cannabis

L'étude santé du jour : découverte d'une molécule contre l'addiction au cannabis

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CERVEAU - Des chercheurs de l'Inserm ont découvert un mécanisme naturel du cerveau, jusqu'ici inconnu, protégeant le cerveau des troubles majeurs du comportement liés à la consommation du cannabis.

Pourra-t-on se "sevrer" du cannabis grâce à son propre corps ? Considérée comme une drogue douce, cette substance apporte détente et bien-être à ses consommateurs. Mais sa consommation régulière entraîne aussi des déficits cognitifs (troubles de la mémoire), une perte de motivation et une forte dépendance au produit. Ainsi, elle "est devenue l'un des premiers motifs de consultation dans les centres spécialisés dans le soin des addictions", précise l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Des chercheurs de cet institut ont découvert qu'une molécule produite par le cerveau constituait un mécanisme naturel de défense contre ces effets néfastes. Leur étude, parue dans la revue Science, s'intéresse au rôle de la prégnénolone, jusqu'ici connue pour être impliquée dans la fabrication de toutes les hormones stéroïdiennes (progestérone, testostérone,…). Cette dernière aurait la capacité d'empêcher le principe actif du cannabis, le THC, d'agir sur le cerveau par l'intermédiaire des récepteurs situés sur les neurones.

Bientôt un dérivé sous forme de médicament ?

Pour confirmer cette découverte, les chercheurs ont administré du cannabis à des rats et des souris. Les doses étaient trois à dix fois plus supérieures que celles auxquelles peuvent être exposés les consommateurs de cannabis. Ils ont découvert que cette administration externe a permis d'augmenter encore plus la concentration de cette hormone dans le cerveau. Au niveau neurobiologique, la prégnénolone agit en diminuant fortement la libération de dopamine, déclenchée par le THC.

Or, c'est une libération excessive de dopamine, "l'hormone du bonheur", par les drogues qui entraîne ces effets addictifs. Des tests réalisés en laboratoire sur des neurones humains ont fait apparaître les mêmes résultats. Mais comme la prégnénolone est une hormone naturelle, elle connaît ses limites. "Cette hormone ne pourra pas être utilisée  telle quelle comme  médicament car elle est mal absorbée et rapidement métabolisée par l'organisme", explique Pier Vincenzo Piazza, l'un des auteurs de l'étude.

Toutefois l’espoir de voir surgir une nouvelle thérapie à la suite de cette découverte est important. "Nous avons développé des dérivés de la prégnénolone qui sont stables et bien absorbés et qui sont en principe utilisables comme médicament", ajoute le chercheur. Ces derniers espèrent commencer dans d'ici un an des essais cliniques afin de vérifier si leurs attentes se confirment et s'ils ont véritablement découvert la première thérapie pharmacologique de la dépendance au cannabis.

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