L'étude santé du jour - Gluten : 2/3 des "intolérants" diagnostiqués à tort

Santé
ALIMENTATION - Seulement un tiers des personnes diagnostiquéss comme intolérantes au gluten ont déjà ressenti les effets secondaires, indique une étude. En cause, l'effet nocebo. Explications.

En France, une personne sur trois déclare avoir déjà goûté un aliment sans gluten. Une nouvelle tendance qui séduit aujourd'hui une clientèle qui ne se limite plus aux seuls intolérants. Pâte, jambon, sucreries, gâteau, etc. A l'origine, ces produits sont destinés aux personnes souffrant de maladie cœliaque, c'est-à-dire qui ne peuvent pas ingérer certaines protéines (la glutamine et la gliadine) qui se trouvent dans le gluten.

Et pourtant : d'après les résultats d'une nouvelle étude menée par des chercheurs italiens, parue dans la revue Alimentary Pharmacology & Therapeutics , les deux tiers des personnes diagnostiquées comme "sensibles au gluten mais non cœliaque" n'auraient jamais ressenti de maux de ventre ou de la fatigue chronique. De quoi alimenter un peu plus la polémique autour des prétendus effets (ou non) du régime sans gluten chez les personnes ne souffrant pas de maladie cœliaque.

Méthodologie : des dégustations à l'aveugle pour évaluer les effets
Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques de l'Université de Brescia (Italie) et de l'agence sanitaire Spedali Civili ont suivi 35 volontaires qui avaient été diagnostiqués comme sensibles au gluten mais non cœliaque, un trouble auto-immune mis en évidence pour la première fois lors d'une petite étude parue en 2011. Les "NSGS", pour Non Coeliac Gluten Sensitivity.

Les gastro-entérologues ont demandé aux cobayes d'arrêter de manger sans gluten pendant au moins six mois avant le début de l'étude. Puis ils leur ont demandé de relever une série de "défis" culinaires à l'aveugle. Chaque cobaye recevait chez eux un sachet contenant 10 grammes de farine avec la mention "A" ou "B". À chaque fois, l'un des sachets contenaient de la farine sans gluten et l'autre de la farine avec gluten.

Pour la première étape de l'expérience, les chercheurs ont demandé aux participants de saupoudrer le sachet de farine étiqueté "A" dans leur menu, une fois par jour sur une période de dix jours. Ensuite, ils leur ont accordé une "pause" de 14 jours au cours de laquelle les volontaires ont dû reprendre leurs régimes alimentaires initiaux. Puis, rebelote pendant encore 10 jours. Mais cette fois avec le sachet de farine étiqueté "B".

Ce que l'étude a montré : chez la majorité des gens, l'intolérance au gluten est psychologique
Tout au long de l'expérience, les cobayes ont été invités à signaler tout leurs symptômes (maux de ventre, ballonnements, reflux gastriques, indigestion, diarrhée ou bien encore constipation), en les évaluant sur une échelle de 1 (pas d'effets indésirables) à 7 (effets néfastes graves). Une fois le test terminé, les chercheurs ont demandé aux cobayes de désigner le sachet contenant les farines de gluten. Ceux qui y sont parvenus, parce qu'ils avaient ressenti des effets secondaires, ont été classés dans la catégorie NCGS.

Résultat ? Seulement 12 cobayes sur 35 ont ressenti des effets en lien direct avec la consommation de farine de gluten. Parmi les sujets restants, dix-sept ont identifié la farine sans gluten comme étant à l'origine de leurs symptômes et six autres n'ont ressenti aucun effet au cours de l'expérience. En outre, la plupart des cobayes avaient tendance à éprouver des symptômes très légers. Les participants ont évalué la majorité des symptômes gastro-intestinaux à 3 ou moins sur l'échelle en moyenne.

En cause ? La peur de tomber malade, expliquent les chercheurs. Ce qu'on appelle couramment l'effet nocebo, l'alter-égo néfaste de l'effet placébo. Autrement dit, croire que l'on est malade peut suffire pour développer des symptômes d'une maladie. Autre théorie : la présence d'hydrates de carbone, les "FODMAPS" : des sucres particuliers qui seraient difficiles à digérer par certaines personnes

Ce que cela va changer : pas plus de bienfaits sur la santé que les produits classiques
Evidemment, ces résultats sont à nuancer, notamment en raison de la méthode. L'étude a porté sur un faible échantillon, 35 personnes. En outre, les symptômes ont été auto déclarés par les cobayes. Toutefois, elle rejoint les conclusions d'une récente étude menée par des chercheurs australiens, comme le souligne le site Real Clear Science. En fin de compte, tous les régimes de traitement, même le placebo, ont causé des douleurs intestinales, des ballonnements, des nausées ou encore des flatulences, soulignent les auteurs de l'étude.

L'intolérance au gluten, qu'on appelle aussi maladie cœliaque, touche près de 150.000 personnes en France selon l'Association française des intolérants au gluten. S'ils sont une excellente alternative pour les personnes souffrant de maladie cœliaque et chez certaines personnes sensibles, les aliments sans gluten n'offrent pas plus de bienfaits sur la santé que les produits classiques. Pire, ils sont même deux à cinq fois plus chers. Petite note positive, cette nouvelle aura au moins permis d'augmenter le nombre de produits disponibles sur le marché.

EN SAVOIR + >> Les produits étiquetés sans gluten ne sont pas meilleurs pour la santé

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