Levothyrox : une cinquantaine de nouvelles plaintes déposées après le changement de formule du médicament

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SANTÉ - Ils ne désarment pas. Une cinquantaine de patients mécontents de la nouvelle formule du Levothyrox, dont l'actrice Annie Duperey, vont déposer plainte ce jeudi après-midi. En cause, les effets secondaires qu'ils subissent depuis le changement de ce médicament permettant de réguler la thyroïde. Une colère visiblement entendue, puisque La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé vendredi 15 septembre que l'ancien Levothyrox serait remis sur le marché "d'ici 15 jours".

Pour eux, c'est "une urgence sanitaire". Une cinquantaine de patients mécontents de la nouvelle formule du Levothyrox, qui rejettent les discours rassurants des autorités de santé sur ce médicament pour la thyroïde, vont déposer plainte contre X ce jeudi après-midi, a annoncé l'avocate et ancienne magistrate Marie-Odile Bertella-Geffroy. Parmi eux, l'actrice Annie Duperey, qui dénonce les effets secondaires liés au changement de formule et a mis en cause l'attitude du gouvernement dans ce dossier. Un coup de pression qui a donc été entendu, comme le montre les annonce de la ministre de la Santé.


Les nouvelles plaintes annoncées, dont celle d'Anny Duperey, vont être déposées auprès du pôle santé publique pour quatre motifs: "non assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d’autrui, atteinte à l'intégrité de la personne et tromperie sur les qualités substantielles du médicament aggravée par une atteinte à la santé", a détaillé Me Bertella-Geffroy, ex-juge du pôle santé publique de Paris et conseil de l'association française des malades de la thyroïde (AFMT). 


Douze premières plaintes ont déjà lancées vendredi à Paris par l'avocat David-Olivier Kaminski, qui compte en déposer encore une dizaine ces jours-ci. Une plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui" a également été déposée à Mougins (Alpes-Maritimes) contre le laboratoire par une avocate, Anne-Catherine Colin-Chauley, elle-même traitée au Levothyrox.


Vendredi, quelques dizaines de personnes s'étaient rassemblées devant l'Assemblée nationale à Paris à l'initiative de l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Leur but : demander l'abandon de la nouvelle formule du produit du laboratoire allemand Merck, qu'elles accusent de provoquer d'importants effets secondaires (crampes, maux de tête, vertiges...).

Plainte contre X

L'avocate et ancienne magistrate Marie-Odile Bertella-Geffroy était présente à la manifestation. Elle a expliqué avoir accepté de devenir "le conseil juridique" de l'association et vouloir porter l'affaire devant la justice. "J'ai été contactée par la présidente de l'AFMT pour déposer une plainte auprès du parquet du pôle de santé publique. Nous allons mettre en cause dans cette plainte contre X les autorités sanitaires et le labo", avait-elle affirmé.

Une nouvelle formule pointée du doigt

L'AMFT rejette catégoriquement les explications données par les autorités sanitaires. Ces dernières détaillent que les effets indésirables ressentis par certaines personnes sont transitoires car dus à des questions de dosage, et vont s'estomper quand le bon équilibre sera atteint pour chaque patient. "Je réponds à ça ce que répond Anny Duperey : 'on leur fera avaler la boîte et le carton avec !'", a rétorqué Chantal L'Hoir, reprenant une formule utilisée par l'actrice, qui prend elle-même ce médicament, dans sa lettre ouverte à la ministre de la Santé. "Cette nouvelle formule, celui qui veut la prendre et s'empoisonner, c'est son problème", a ajouté cette responsable associative, qui devait être reçue en fin de journée au ministère. 


"On va demander de débloquer en urgence les stocks (de l'ancienne formule, NDLR) qui existent en Allemagne et en Belgique", a affirmé Mme L'Hoir. L'AFMT avait refusé de participer à une première réunion convoquée dans l'urgence mercredi par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui avait reçu deux autres associations, Vivre sans thyroïde et France Assos Santé.


La nouvelle formule du Levothyrox a été mise sur le marché fin mars. C'est l'Agence du médicament (ANSM) qui l'a réclamée au laboratoire afin, selon elle, de rendre le produit plus stable. Le changement de formule ne porte pas sur le principe actif mais sur d'autres substances, les excipients.

Cette affaire est une "urgence sanitaire"Marie-Odile Bertella-Geoffroy

Avec l'ancienne formule, selon l'ANSM, la teneur en principe actif (la lévothyroxine, une hormone de substitution) pouvait varier d'un lot à l'autre, voire au sein du même lot, avec le temps. Or la précision du dosage du produit est cruciale dans le traitement des maladies thyroïdiennes. "Ces médicaments sont très sensibles et on ne peut pas, sans information ni procédure longue et scientifique en changer la formulation", a souligné Mme Bertella-Geffroy, pour qui cette affaire est une "urgence sanitaire".


"On est des cobayes", a déploré l'avocate, elle-même traitée avec ce médicament prescrit à 3 millions de Français. Les autorités de santé insistent sur le fait que les effets secondaires, bien que gênants, ne mettent pas en danger la vie des patients. Un argument qui ne convainc pas ces derniers. "J'ai perdu ma joie de vivre", assure Sonia Geay, une Parisienne de 74 ans, à l'AFP. Elle a subi une ablation de la thyroïde en 1982 et dit n'avoir "jamais eu de problème en 35 ans" avec l'ancien Levothyrox.

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