Maladie de Kawasaki : ce que l'on sait sur cette pathologie touchant les enfants

Maladie de Kawasaki : ce que l'on sait sur cette pathologie touchant les enfants

QUESTIONS - Si le rapport entre le coronavirus et la maladie de Kawasaki n'a pas encore pu être médicalement établi, la résurgence de syndromes inflammatoires proches de cette pathologie rare interpelle. Que savons-nous de cette maladie et faut-il s'en inquiéter pour les enfants ?

La mort d'un enfant de 9 ans, atteint d'une forme proche de la maladie de Kawasaki décrite chez de jeunes patients ayant été en contact avec le coronavirus, soulève des interrogations et des inquiétudes. C'est le premier cas en France, le "deuxième en Europe après la Grande-Bretagne", confirme Fabrice Michel, chef du service de réanimation pédiatrique de La Timone. 

Un syndrome proche de la maladie de Kawasaki qui reste toutefois rare. En France, 125 cas ont été recensés entre le 1er mars et le 12 mai, dont plus de la moitié en région parisienne, selon "Santé publique France". Soixante-cinq enfants ont dû être traités en réanimation et 25 en unité de soins critiques. Les autres enfants ont été hospitalisés en service de pédiatrie. Plus de la moitié des cas ont été déclarés en Île-de-France. Un tiers avait entre 5 et 9 ans, un peu plus d'un quart entre 10 et 14 ans et autant entre 1 et 4 ans. 

Les symptômes de cette pathologie sont une forte fièvre, des douleurs abdominales et troubles digestifs, une éruption cutanée, une conjonctivite et la langue qui rougit, gonfle et prend un aspect de framboise.

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Syndrome Kawasaki : ce que l'on sait sur cette maladie

Que savons-nous concrètement de ce syndrome de Kawasaki ? Il s'agit d'une "maladie rare" mais "bien connue des pédiatres français", assure Isabelle Kone Paut, rhumatologue à l’hôpital Kremlin Bicetre, à LCI : "450 enfants développent cette maladie par an. Elle est rare, saisonnière, induite par des virus, touche les petits enfants avant 5 ans, parfois des bébés et qui, du fait, de cette inflammation, elle peut donner des complications cardiaques qui sont, pour les plus fréquentes, pas celles qui se sont produits avec les 125 cas d’enfants recensés. La maladie de Kawasaki atteint les coronaires, les vaisseaux et les artères, qui nourrissent le coeur. Et le traitement donné par les pédiatres fonctionne."

Plus une "complication de la maladie de Kawasaki"

La rhumatologue invite donc à la prudence et à ne pas faire d’amalgame entre la maladie Kawasaki "habituelle", "qui survient par petites épidémies et qui peut être déclenchée par des virus", et le syndrome qui s'en rapproche : "Il ne faut pas confondre les 125 cas avec ce que l’on appelle la maladie de Kawasaki qui est une maladie saisonnière, arrivant tous les ans et qui se présente avec des enfants qui viennent aux urgences avec de la fièvre. Ce qui est particulier ici, c’est que ce sont des enfants qui sont arrivés dans des tableaux d'insuffisance cardiaque. Ce qui n’est pas ce que l’on retrouve habituellement dans la maladie de Kawasaki." 

Ainsi, le syndrome s’apparenterait davantage à une "complication de la maladie de Kawasaki" et qui reste encore plus rare, "concernant seulement 1% des enfants atteints de la maladie de Kawasaki". 

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Kawasaki : 125 enfants touchés en deux mois, qu'en penser ?

D’autres différences sont à noter avec la maladie classique, notamment l’âge, "touchant les enfants de moins de 5 ans, avec un pic entre 1 et 2 ans, et avec une petite prédominance de garçons" poursuit-elle. "Là, au contraire, la médiane est de 8 ans, on a même des adolescents qui en souffrent. Sur un panel de 2 à 17 ans, 60% des enfants concernés ont au-delà de 8 ans, avec un peu plus de filles que de garçons."

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Au moins 70% des 125 cas en contact avec le covid-19

Aussi, parmi ces 125 cas, combien ont été en contact avec le virus ? "On a eu la confirmation, soit par un test PCR soit par une sérologie, que 70% d’entre eux avaient été en contact avec le covid-19" poursuit Isabelle Kone Paut. "Il reste toutefois du travail pour récupérer tous les tests car tous les enfants n’ont pas bénéficié d’une sérologie. Ce qui reste frappant, c’est que le pic de l’épidémie de covid-19 est arrivé au début du confinement, début avril, et pour cette maladie qui frappe les enfants, l’alerte a été donnée le 30 avril et là, on a vu apparaitre le pic de cette manifestation. On n’est pas en phase." 

Qu'en déduire alors ? "La première hypothèse à évoquer, c’est que les enfants ont été contaminés par leurs parents, en contact avec le virus" poursuit la référente. Sans doute "parce qu’ils ont une prédisposition qui reste à déterminer, secondairement, leur organisme a hyper-réagi en produisant une tonne d’inflammation dont cette inflammation au niveau du coeur. Il y a un délai d’observation de ces signes qui est en décalé par rapport à l’infection comme elle a eu lieu.

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Virus : "S'il y a eu 125 cas, ça reste extrêmement marginal par rapport aux adultes"

Après une première alerte au Royaume-Uni fin avril, des cas similaires ont été signalés à New York, en Italie ou en Espagne. Toutefois, ce syndrome "paraît actuellement en cours de régression", insiste Santé publique France. 

Le décès de cet enfant, le premier à mourir en France d'une maladie inflammatoire vraisemblablement liée au Covid-19, intrigue les autorités sanitaires de plusieurs pays, alors même que les enfants ne sont que très peu atteints par les formes graves du Covid-19. 

Des tests de sérologie ont effectivement montré que cet enfant décédé à Marseille "avait été en contact" avec le coronavirus, mais n'avait pas développé les symptômes du Covid-19. Mais selon le chef du service de réanimation pédiatrique de La Timone, dans des propos rapportés par l'AFP, la présence de cette autre maladie n'a joué aucun rôle dans son décès : "Qu'il l'ait eu ou pas, ça ne change rien".

L'OMS a indiqué vendredi étudier un possible lien entre la maladie Covid-19 et la maladie de Kawasaki. "Nous appelons tous les cliniciens dans le monde à travailler avec leurs autorités nationales et l'OMS pour être en alerte et mieux comprendre ce syndrome chez les enfants", a déclaré le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. L'OMS avec son réseau mondial de cliniciens a donc développé une définition préliminaire et mis à disposition des médecins un formulaire de déclaration pour tout cas suspect de Syndrome de réponse inflammatoire systémique (SRIS).

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