Manger la cervelle de ses proches immunise contre les maladies neurodégénératives

Manger la cervelle de ses proches immunise contre les maladies neurodégénératives

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ÉVOLUTION DARWINIENNE - La consommation de cervelle humaine a rendu une tribu de Papouasie-Nouvelle-Guinée résistante à une maladie, nous apprend une étude britannique.

Manger du cerveau d'humain mort. L'idée peut paraître peu ragoutante. Mais voilà : la consommation de cervelles humaines aurait immunisé la tribu des Fores en Papouasie-Nouvelle-Guinée contre l'apparition d'une maladie neurodégénérative, relève une étude très sérieuse parue le 10 juin dernier dans la revue Nature. Cette découverte pourrait apporter une meilleure compréhension d'autres maladies dégénératives, tels que Alzheimer ou Parkinson.

Le kuru , qui signifie "trembler de peur" en foré, est semblable à la maladie de Creutzfeldt-Jakob (ou maladie de la vache folle). Jusque dans les années 50, les femmes et les enfants de la tribu des Foré en Papouasie-Nouvelle-Guinée mangeaient la cervelle des morts avant leur enterrement. Les hommes, eux, se chargeaient du reste de la chair du défunt. La coutume a été finalement interdite au milieu des années 60, sous la pression des autorités australiennes.

Un gène protecteur contre la démence

La maladie touchait principalement les femmes. Ce qui a permis aux chercheurs de faire un lien entre ce rite funéraire anthropophage et l'augmentation du nombre de personnes atteintes par le kuru. Plus surprenant encore, un partie des membres de la tribu des Fores semblaient totalement immunisés contre la maladie. Un bouclier naturel qu'ils se transmettaient de génération en génération. Une équipe de chercheurs britanniques a donc tenté de percer ce mystère.

L'équipe de scientifiques dirigé par le neurologue anglais John Collinge a donc recréé dans un laboratoire ces mutations génétiques chez des souris. Leur ADN a été modifié afin que les cobayes ne produisent que la variation de la protéine identifiée dans la tribu des Fores de Papouasie (pour être immunisés). Résultat, les rongeurs étaient devenus résistant aux maladies à prions (entendez, TOUTES les maladies dégénératives qui touchent le système nerveux).

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Des cas de mutations similaires en Europe et au Japon

Un exemple d'évolution Darwinienne qui prouve une nouvelle fois la faculté d’adaptation de l'homme. "L'épidémie de maladie à prion a sélectionné un changement génétique pour protéger contre cette dégénérescence fatal, note John Collinge, l'un des auteurs de l'étude, interrogé par l'agence Reuters . D'autant que ce n'était pas la première fois que de telles mutations génétiques étaient observées chez l'homme".

Michael Alpers, l'un des auteurs de l'étude, indique avoir découvert, il y a plusieurs années, des mutations similaires chez des patients européens et japonais. Certes, elles étaient beaucoup moins protectrices que chez les membres de la peuplade des Fores. Mais cela laisserait entendre qu'un passé cannibale et des épidémies de kuru sont probablement apparus dans ces régions au cours de l'évolution humaine.

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