Manger son placenta ? Le mythe des vertus curatives s'effondre

Santé
DirectLCI
PLACENTOPHAGIE - Les conclusions d'une étude américaine affirment que manger son placenta après la naissance de son enfant pourrait être dangereux pour la santé de la mère. En cause ? La présence de métaux lourds filtrés durant la grossesse pour protéger la santé du foetus.

Au menu du jour, du placenta sauté aux oignons avec une pointe d'ail, et un bon vin italien en accompagnement. Alléchant, non ? L'histoire du festin peu ragoûtant d'une mère britannique, relatée sur le site du quotidien anglais The Telegraph , ne fait pourtant pas exception. Manger son placenta après la naissance de son enfant serait une pratique de plus en vogue, et ses adeptes toujours plus nombreux. La pratique est illégale en France.  Mais elle existe

Le placenta est mangé cru, cuit ou encore sous forme de cookies

Si aucun livre de recettes de cuisine n'en fait encore l'éloge (à l'exception de quelques sites web plus ou moins sérieux), les arguments en faveur de cette pratique aux vertus prétendument curatives (aussi appelé  Placentophagie ) ne manquent pas pour séduire les jeunes mamans : augmentation de la production de lait, baisse du risque de dépression post-natale, amélioration du lien entre la mère et l'enfant, etc.

Riche en protéines, cet organe éphémère, collé à la paroi utérine de la mère, est essentiel au développement du fœtus. Il lui apporte notamment tous les nutriments et l’oxygène via le cordon ombilical. Dix minutes après l'accouchement, le placenta (d'un poids moyen de 613 g) est rejeté par l'organisme.

Prêt à être dégusté, ou presque. Profitant de l'effet de mode, des sociétés américaines se sont lancées sur le marché, en proposant des chips, des smoothies, des cookies ou encore des gélules contenant à base de concentré de placenta. Business is business, comme on dit outre-Atlantique.

"La pratique est beaucoup plus répandue qu'on ne l'imagine"

Face à l'engouement pour cette nouvelle coutume, les chercheurs de la Northwestern University Feinberg School of Medicine à Chicago (États-Unis) ont voulu en savoir plus : "La pratique est beaucoup plus répandue qu'on ne l'imaginait", a indiqué au Washington Post le Dr Crytal Clark, une psychiatre spécialiste de la dépression post-natale, coauteure de l'étude.

Et voilà donc que le mythe s'écroule : les conclusions de leurs travaux , publiées dans la revue Archives of Women's Health, ont démontré que cette nouvelle tendance pouvait être dangereuse pour la santé de la mère. "Les femmes ne savent vraiment pas ce qu'elles ingèrent", relève la chercheuse. En effet, celui-ci contiendrait des métaux lourds, tels que le mercure ou le plomb. Ces derniers sont retenus par la placenta pendant la grossesse pour ne pas atteindre le fœtus.

Des études menées sur les animaux, et non sur l'homme !

"Sur toutes les études disponibles, une seule a montré un potentiel bénéfice pour la santé, la diminution de la douleur post-natale", reprend le Dr Clark. L'étude, bien que rigoureuse et convaincante, suggérait que le placenta devait être mangé juste après l'accouchement, intégralement, et qu'il ne devait pas être conservé ni chauffé, note l'étude. Or aucune femme ne fait cela.

En outre, la majorité des études portant sur le sujet concernaient des expériences menées non pas sur l'homme mais sur des animaux. Il est courant en effet chez certains animaux mammifères de manger le placenta après la mise bas.Un argument qui, espérons-le, devrait décourager les plus téméraires.

En France, une circulaire d'août 2012 spécifie que le placenta doit être détruit après l'accouchement et qu'il est interdit aux femmes venant d'accoucher de le récupérer. Le Dr Clark espère, quant à elle, que les conclusions de cette étude inciteront parents et médecins à faire preuve de vigilance.

À LIRE AUSSI >> Elle vient d'accoucher, on lui vole son placenta

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter