Masques, R0 <1, suivi des patients... voici cinq conditions pour sortir du confinement

Masques, R0 <1, suivi des patients...  voici cinq conditions pour sortir du confinement
Santé

CRISE SANITAIRE – Plusieurs pays européens - Autriche, Norvège, Danemark - souhaitent assouplir les conditions du confinement. La France n'en est pas là. Et pour cause. Il faudrait qu'un certains nombre de critères soient réunis. LCI fait le point.

L'avertissement est clair : afin d’éviter une deuxième vague tant redoutée, qui semble débuter dans certains pays d’Asie, les états touchés par l'épidémie ne doivent pas "lever les restrictions trop rapidement" car elles "pourraient entraîner une résurgence mortelle", a prévenu le patron de l’Organisation mondiale de la santé. "Il faut être très humble et très prudent avec ce virus parce qu'on s'est déjà trompé", prévient de son côté l'ancien patron de l'Inserm, Christian Bréchot.

En Europe pourtant, certains pays ont déjà commencé à réduire leurs mesures de protection. L'Autriche va par exemple rouvrir ses petits commerces après Pâques, estimant avoir suffisamment "aplati" sa courbe des infections. Le Danemark va ouvrir crèches, écoles maternelles et primaires le 15 avril, tandis que le gouvernement tchèque a déjà assoupli ses règles. La Norvège, qui juge l’épidémie "sous contrôle", ouvrira partiellement ses écoles à compter du 27 avril. Ces pays emboîtent le pas à la Chine, qui a levé le 8 avril le strict cordon sanitaire entourant Wuhan, ville épicentre de la contamination, et qui semble avoir jugulé son épidémie.

La France pourrait-elle faire de même? Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron annoncera lundi non un déconfinement, mais un prolongement du confinement au delà du 15 avril. Car au delà du seul nombre de malades, d'autres conditions ne sont pas encore réunies pour pouvoir envisager des mesures s'assouplissement. On vous les liste.

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1. Attendre une décrue des courbes épidémiques

Pour envisager un assouplissement du confinement, il faudra d'abord attendre que la courbe du nombre de malades hospitalisés dans les services de réanimation soit en baisse constante. Le "très haut plateau" auquel semble arrivée la France ne suffit pas.  "Ce n'est pas lorsqu'on est arrivé à un plateau qu'il faut déconfiner alors que les mesures ont permis d'éviter l'engorgement massif des hôpitaux", estime ainsi l'épidémiologiste Antoine Flahault. La sortie de confinement ne pourra intervenir que plus tard, "quand on verra une décrue" ajoute celui qui dirige l'Institut de santé global à l'Université de Genève. Attendre la décrue du nombre de personnes en soins intensifs permettra notamment de faire souffler les hôpitaux, en première ligne dans la crise sanitaire que traverse le pays depuis le mois de mars.

Selon le chercheur Christian Bréchot, cité par l’AFP, cette baisse pourrait intervenir d’ici un mois. "J’espère qu'à partir de la mi-mai, nous serons dans une situation de décélération" qui permettrait un "relâchement progressif." "On ne va pas passer du noir au blanc, mais du noir au gris avec une poursuite du confinement, en particulier pour certaines populations", anticipe de son côté Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, qui éclaire le gouvernement français sur l'épidémie.

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2. Contamination : attendre "que le R0 soit inférieur à 1."

Autre élément nécessaire au déconfinement : que le taux de contamination soit inférieur à 1. Ce taux, appelé R0, représente le nombre de personnes infectées par le coronavirus par un patient déjà contaminé. Au début de l’épidémie, Etienne Decroly, chercheur au CNRS, indiquait que "le facteur R0 serait compris entre 2,5 et 5, selon les publications". "C’est beaucoup", expliquait-il début mars à LCI, mais "si R0 est inférieur à 1, alors la propagation du virus s’atténuera." Limiter le nombre de contacts grâce au confinement permet de faire tendre ce facteur vers 0, et ainsi endiguer l’épidémie.

3. Des masques et des tests en grand nombre

Pour que le déconfinement n’entraîne pas une deuxième vague, et afin d’avoir une meilleure visibilité sur la propagation de la pandémie dans le pays, les capacités de dépistage vont être augmentées. En France, selon le professeur Delfraissy, entre 100.000 et 150.000 tests par jour seront disponibles d’ici fin avril.

Le nombre de masques, dont leur utilisation fait débat dans tout le pays, va lui aussi être augmenté. "10 millions de masques par semaine seront produits en France d’ici fin avril", a notamment annoncé Emmanuel Macron il y a quelques jours, au cours d’une visite dans une usine de production. En parallèle, "un milliard de masques" a été commandé à la Chine. Nécessaire pour le personnel médical, ce matériel doit être "rendu obligatoire" pour tous pendant la période de confinement et lors de sa levée, recommande de son côté l’Académie nationale de médecine.

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4. Suivi individuel des contaminés : tracking ou pas ?

Autre élément nécessaire : être capable d’identifier les personnes ayant été au contact des patients contaminés. Mais comment faire ?  Le gouvernement envisage de développer un outil de traçage numérique, via l’application StopCovid. Mais son usage fait débat. Faut il la rendre obligatoire ? Plusieurs personnalités s'y opposent. Une initiative que 6 Français sur 10 sont prêts à accepter, à condition que leurs données personnelles soient protégées.

La France n’est pas la seule à envisager cette solution. L’Allemagne s’apprête aussi à lancer une application mobile, inspirée de Singapour, pour faciliter le suivi individuel des cas et l’identification des chaînes de contamination.

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5. Déconfiner progressivement pour éviter "l’effet coupe du monde"

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Le déconfinement, quand il arrivera, ne signifiera pas un retour à la normale pour autant. "Ce n’est pas parce que nous parlerons de déconfinement que le virus aura disparu", analyse une infirmière de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, interrogée par le Huffingtonpost. "Nous avons peur de l’effet Coupe du monde, avec des gens qui se retrouveront dans des bars, entre amis, dans des parcs, pour faire la fête."

Pour l’éviter, un déconfinement progressif pourrait être envisagé, avec une levée des mesures les unes après les autres, à l’instar de ce qu’il se produit à l’étranger. Autrement, éviter une deuxième vague paraît "absolument inenvisageable", assurait à LCI Arnaud Banos, chercheur au CNRS, il y a quelques jours.

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