Médicaments sans ordonnance : c'est grave docteur ?

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SANTÉ - Le magazine 60 Millions de Consommateurs publie mardi un dossier sur les médicaments sans ordonnance, dans lequel il estime que près de la moitié des produits les plus vendus présentent plus de risques que de bénéfices. Deux acteurs de la santé donnent leur avis.

La moitié des médicaments sans ordonnance les plus vendus "à proscrire" ? C'est ce qu'affirme une étude publiée mardi par 60 Millions de Consommateurs. Parmi les 62 médicaments étudiés, censés agir contre le rhume, l'état grippal ou divers problèmes digestifs, 45% présenteraient un rapport bénéfice/risque défavorable en cas d'automédication. 


Est-il si risqué de se soigner tout seul ? LCI a posé la question à Gilles Bonnefond, président de l'Union syndicale des pharmaciens d'officine (USPO) et à Nicole Priollaud, directrice des relations publiques à l'Académie de médecine et fondatrice du think-tank Centrale Santé. 

Médicaments ou gadgets dangereux ?

Cette étude de 60 Millions de Consommateurs est jugée très durement par Gilles Bonnefond, qui y voit un "affichage" ayant pour but de "faire du papier" : Les médicaments sans ordonnance "ont un statut de médicament" et "sont contrôlés par l'Agence nationale du médicament. La balance bénéfice/risque est régulièrement réévaluée et, quand les autorités se trompent, elles sont lourdement rappelées à l'ordre", affirme le président du syndicat de pharmaciens. L'interdiction depuis cet été de la vente libre de produits à base de codéine montre, selon lui, que ce système d'évaluation fonctionne.


Nicole Priollaud affirme, au contraire, que l'absence de prescription a d'abord pour conséquence de mettre sur le marché des médicaments inefficaces : "L'homéopathie, par exemple, a passé ces contrôles d'inoccuité, mais ça ne veut pas dire que c'est efficace." Pour la responsable des relations publiques à l'Académie de médecine, qui s'exprime néanmoins en son nom propre, "l'erreur, c'est d'appeler 'médicaments' ces produits sans ordonnance". Et de mettre en garde contre un déficit d'information : "Imaginons une femme enceinte qui se fait une entorse, et qui va à la pharmacie acheter de la pommade. Elle peut commettre une grave erreur, car certaines pommades pevent donner une malformation à son enfant." 

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Médecin, pharmacien, patient : quel rôle ?

"L'automédication, c'est très dangereux", prévient d'emblée Nicolas Priollaud. "En principe, c'est au médecin de prescrire et au pharmacien d'obéir. Ce n'est pas pour rien. La prescription se fait en fonction de la personne. Un médicament n'est pas un bonbon. Même si dans neuf dixième des cas, l'automédication n'engendre pas de problème, il y a toujours un risque", poursuit-elle, estimant d'un côté que les pharmaciens ont un devoir d'informer les patients, mais aussi que les patients ne doivent pas faire l'erreur de considérer les produits sans ordonnance comme inoffensifs. 


Pour Gilles Bonnefond, "le pharmacien n'est pas dans un parcours de consommation mais dans un parcours de soins". Il précise par ailleurs que certains médicaments en vente libre sont prescrits par les médecins eux-mêmes. "On constate qu'il n'y a pas de perte de confiance dans les pharmaciens", poursuit-il. Et d'argumenter sur la complémentarité entre médecins et pharmaciens : "Les médecins ont de moins en moins de temps à consacrer aux petites pathologies, et les pharmaciens peuvent s'en charger."

Pharmacie ou supermarché du médicament ?

Le représentant des pharmaciens accuse l'étude de 60 Millions de Consommateurs d'être "malhonnête" : "Sur les prix, les pharmaciens ne sont pas opportunistes. L'étude en question ne précise pas que la TVA pour les médicaments sans ordonnance est de 10%, contre 2,1% pour les autres. Elle ne mentionne pas non plus le fait que nous vendions des médicaments génériques, beaucoup moins chers." Pour Gilles Bonnefond, les prix pratiqués dans les pharmacies françaises, tirés vers le bas par la concurrence, sont "parmi les plus bas d'Europe".


Nicole Priollaud estime au contraire que "les pharmacies sont devenues en partie des supermarchés". Mais ajoute que "les patients ont également changé. Aujourd'hui, ils contestent la prescription du médecin ou demandent leur avis à d'autres patients, voire conseillent un médicament à un proche, sans aucune attention à la prescription." Une démarche "dangereuse", selon elle. 

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