"Mercenaires" de l’hôpital : les médecins intérimaires gagnent-ils vraiment 3000 euros par jour ?

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POLEMIQUE – Ce mercredi matin sur LCI, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn taxait les médecins intérimaires de "mercenaires" de l’hôpital, qui "profitent d’un système en tension" pour pratiquer des prix trop élevés, allant jusqu’à 3000 euros la journée. Face au décret du gouvernement qui plafonne les prix des intérimaires à 1400 euros, les professionnels menacent de boycotter les hôpitaux cet été. Un "bras de fer" est engagé.

Des médecins "mercenaires" des hôpitaux, qui "profitent d’un système en tension". C’est avec ces mots que la ministre des Solidarités et de la Santé a taclé les médecins intérimaires ce mercredi matin dans l’émission L’invité politique sur LCI. En cause, le manque d’effectifs de médecins dans les hôpitaux français "du fait de la limitation du numerus clausus pour la formation des médecins pendant trente ans", Agnès Buzyn. 


Bloqué pendant des décennies à 4000 étudiants admis en 2e année, ce chiffre est passé à 9000 depuis 2005. Une solution qui produira des effets... mais à long terme. 


En attendant,  le problème des médecins intérimaires "qui se font payer entre 2000 et 3000 euros la journée", comme l'a noté la ministre, se pose. Un abus selon celle-ci, qui contribue au déficit public de certains hôpitaux, "qui sont souvent de petits hôpitaux en difficulté". C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement a signé un décret le 1 er janvier 2018 pour plafonner le salaire des médecins intérimaires à 1404,05 euros bruts la garde de 24 heures  (soit 58,50 euros l'heure). Plafond qui descendra de manière progressive pour atteindre 1070 euros (44,60 euros l'heure) en 2020. 

Les hôpitaux boycottés pour l'été

En réaction à ce plafonnement des salaires, le Syndicat National des Médecins Remplaçant des hôpitaux, s’est constitué en mars dernier. Dans un communiqué, l’organisation dénonce "les caricatures volontaires sur les rémunérations" des intérimaires. Elle défend un salaire raisonné "au vu de ses contraintes" - précarité du métier, responsabilité du métier et horaires contraignants et souligne que ce salaire n'a pas été revalorisé depuis 17 ans. Le syndicat a donc lancé un mouvement de boycott des hôpitaux pour la période estivale, au moment où les intérimaires sont le plus sollicités.  Le Syndicat a également dressé une liste des "hôpitaux appliquant le décret", pratiquant un prix de moins de 65 euros de l'heure (1560 euros la garde). 

Certains hôpitaux payent encore leurs anesthésistes plus de 2000 euros pour 24 heuresJean-Paul Ortiz, président de la Confédération des Syndicats Médicaux français

Pour Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des Syndicats Médicaux français (CSMF), "si le ministère a fixé un plafond à 1404 euros, c’est bien que les hôpitaux payaient forcément des salaires plus élevés à leurs intérimaires", estime le médecin. Encore aujourd’hui, et malgré le décret du gouvernement, "certains hôpitaux payent encore leurs anesthésistes plus de 2000 euros pour 24 heures", (soit 84 euros de l'heure) regrette-t-il. Les salaires des médecins intérimaires sont opaques. "On assiste à une omerta généralisée, les intérimaires n’avoueront jamais leurs salaires, explique Jean-Paul Ortiz. Et les hôpitaux acceptent de payer autant car sinon ils doivent mettre la clé sous la porte". En effet, sans remplaçants, surtout en été, si les services des hôpitaux n’ont pas de médecin, ils sont hors-la-loi. "Cela concerne surtout les services anesthésie et obstétrique, et parfois les urgentistes". Les petits hôpitaux sont souvent les plus concernés. 

"Les tarifs que l’hôpital public paye sont largement supérieurs à ce qu’un médecin remplaçant dans un cabinet libéral ou une clinique privée toucherait, compare Jean-Paul Ortiz. On subit un réel déséquilibre entre le public et le privé, et cela crée un désavantage". Selon lui, le remplacement d’un médecin dans une clinique privée pour 24 heures tourne entre 800 et 1100 euros. De quoi saluer pour le syndicaliste le décret du mois de janvier et "le plafond régressif de 1404 euros cette année puis de 1170 euros en 2020 me semble honnête car il s’aligne avec nos prix" conclut-il. 

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