Santé : pourquoi nous ne grelottons pas tous par ce froid ? Un médecin vous explique

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ÉCLAIRAGE – C’est un fait, face aux températures polaires, nous ne réagissons pas tous de la même manière. Quand certains semblent s’en accoutumer plutôt aisément, d’autres supportent particulièrement mal la situation, voire en souffrent. Au sens figuré, comme au sens propre. Comment expliquer cette différence ?

Mes dents claquent, les siennes non. J’ai superposé quatre couches de vêtements, lui se contente de son sweat habituel. Je rêve de mettre le radiateur à fond quand il me demande de le baisser. Si les occasions d’observer notre inégalité face au froid ne manquent pas au quotidien, les explications (souvent) oui. Alors, pourquoi certaines personnes sont-elles plus frileuses que d’autres ? Est-il possible d’y remédier ? Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président de la Fédération des Médecins de France (FMF), livre quelques clés pour LCI sur les sensations provoquées par les variations de température et cette différence de perception d'une personne à l'autre. 

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Journaliste : Est-ce qu’une impression ou sommes-nous réellement inégaux face au froid. Et pourquoi ?

Dr Hamon : C’est avéré. Certaines catégories de personnes sont bel et bien plus sensibles au froid. C’est le cas des personnes âgées ou encore des jeunes enfants du fait de leur mécanisme de thermorégulation qui se voit perturbé. Chez les nourrissons de moins de trois mois, il n’est par exemple pas assez mature, ce qui explique que ces derniers soient particulièrement exposés au froid. De manière générale, les femmes ont également tendance à être plus sensibles au basses températures. L’explication la plus évidente se trouve du côté de la masse graisseuse et de la masse musculaire. Il est reconnu en effet que les personnes un peu enveloppées, qui ont un indice de masse corporelle (IMC) trop élevé (la moyenne se situant entre 20 et 23) sont mieux protégées face au froid : c’est le seul moment où ça leur rend service. Or, les femmes ont en général moins de masse musculaire que les hommes. Mais bien d’autres paramètres peuvent entrer en ligne de compte.

Journaliste : Lesquels ?

Dr Hamon : Il y a notamment une théorie selon laquelle les œstrogènes, à savoir les hormones naturellement sécrétées par le corps, et principalement par les ovaires, favoriseraient la sensibilité au froid. Les personnes qui consomment beaucoup de café et d’alcool ont également tendance à se révéler plus frileuses car l’alcool, comme la caféine dans une moindre mesure, dilate les vaisseaux sanguins en périphérie et la chaleur de l’intérieur se déporte vers l’extérieur. En conséquence de quoi, le corps se refroidit beaucoup plus vite. De même, l’anémie, le manque de sommeil ou encore les problèmes de thyroïde peuvent impacter la perception du froid. Ainsi, quand les patients qui souffrent d’hyperthyroïdie ont souvent trop chaud, ceux qui souffrent d’hypothyroïdie, ont très froid. Enfin, les problèmes vasculaires peuvent entrer en ligne de compte : quand le sang circule mal, il n’atteint pas forcément les extrémités. Or, les personnes qui souffrent de problèmes cardiovasculaires, s’exposent à des infarctus ou à des accidents cardiovasculaires du fait de la vasoconstriction des artères, qui se caractérise par l’épaississement du sang. A noter que les personnes atteintes par la drépanocytose, souvent d’origine antillaise ou africaine, sont particulièrement exposées à ces risques d’accidents cardiovasculaires.

Journaliste : Tombe-t-on plus malade parce qu’on est plus sensible au froid ?

Dr Hamon : En aucun cas. La frilosité est avant tout une affaire de ressenti : elle ne signifie ni qu’on est plus fragile, ni qu’on est plus exposé aux maladies. En témoigne notamment, la température du corps des frileux, a priori normale : entre 36,8 et 37 degrés. En revanche, inhaler de l’air froid sans le filtre de l’écharpe ou de la main, diminue l’immunité des bronches et expose aux affections. Enfin, j’insisterais sur le fait qu’être sensible au froid n’est pas une fin en soi. Pour des personnes en bonne santé, il est possible de s’adapter aux basses températures en prenant quelques précautions et en jouant sur les habitudes de vie : en s’entraînant en quelque sorte, comme dans le sport. D’ailleurs, être actif est une des options pour dompter la frilosité. En outre, l’alimentation peut réchauffer la température du corps, ce qu’ont bien compris les habitants des pays nordiques en apprenant à se nourrir correctement en période hivernale. D’où, la tendance à cuisiner des plats plus riches en hiver qu’en été : par grand froid, sept calories au gramme, valent mieux que quatre calories au gramme. Pour finir, opter pour un coupe-vent : la température peut ne pas être très basse, notre ressenti sera de 5 à 6 degrés de moins s'il y a du vent.

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