Mortalité accrue, séquelles : de nouvelles études révèlent l'impact du Covid à long terme

Sortir de l'hôpital après une forme grave du Covid n'est pas forcément de retour à une vie normale.

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Les premiers résultats d'une étude alertent sur les conséquences majeures, même après plusieurs mois, chez des patients touchés par les formes graves du Covid-19. LCI fait le point sur les connaissances dont nous disposons aujourd'hui.

Il s'agit, pour ainsi dire, d'une double peine. À en croire des travaux récemment publiés dans la revue Nature, les patients qui ont été touchés par une forme grave du Covid-19 et qui en ont réchappé sont nombreux à souffrir de séquelles. Physiques d'une part, mais aussi psychologiques. Le trio de chercheurs américains qui a accompagné des personnes touchées par le virus a observé une hausse flagrante de la mortalité dans les mois qui ont suivi leur sortie de l'hôpital. 

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

Pour évaluer la fiabilité de ces travaux et évoquer l'impact à long terme du Covid-19 chez les patients, LCI a sollicité le Pr Jade Ghosn. Evoluant au Service des Maladies Infectieuses et Tropicales AP-HP.Nord, Hôpital Bichat - Claude Bernard, il est aussi l'investigateur principal de la cohorte French Covid de l'Inserm. Cette dernière permet un suivi de patients ayant été hospitalisés pour des formes graves de COVID-19 et analyse l'impact du virus dans leur vie avec un suivi jusqu’à 18 mois après l’épisode aigu. Dans le cadre du partenariat qui lie l'institut avec les Vérificateurs, le Pr Jade Ghosn nous éclaire sur les observations réalisées outre-Atlantique et revient sur celles effectuées ces derniers mois dans l'Hexagone.

Un impact majeur

Relayée ces derniers jours par l'association Citizen4Science, l'étude américaine dont il est question met en avant des conséquences graves chez des patients ayant été touchés par des formes graves du virus. Si ces derniers ont survécu à leur passage à l'hôpital, ils ont fait l'objet à leur sortie d'un suivi qui a notamment permis d'observer une surmortalité en hausse de 59% à 6 mois.

Les auteurs indiquent aussi que les patients ont davantage recours aux services de santé, ou qu'ils "présentent un large éventail d'incidents pulmonaires et extrapulmonaires, y compris des troubles du système nerveux et neurocognitifs". Sans oublier "des troubles de la santé mentale, des troubles métaboliques, des troubles cardiovasculaires, des troubles gastro-intestinaux et des signes et symptômes liés à un mauvais bien-être général, notamment des malaises, de la fatigue, des douleurs musculo-squelettiques et de l'anémie". Il faut enfin souligner les risques liés à des usages de médicaments, observés en forte hausse. Que ce soit des "analgésiques (opioïdes et non opioïdes), des antidépresseurs", ou d'autres encore permettant par exemple de lutter contre la tension.

Lire aussi

Faut-il se fier à ces travaux ? Jade Ghosn le reconnaît, on a pu observer dans le cadre de l'épidémie "des publications qui ne correspondaient pas aux standards scientifiques". Mais il constate ici que "les auteurs ne s'aventurent pas sur des conclusions qu'ils ne peuvent pas corroborer", s'appuyant uniquement sur des observations. Les constats réalisés ont de quoi interpeller : "Il y a quelques mois, il n'était pas du tout attendu qu'avec une maladie respiratoire aiguë, on observe de telles séquelles à moyen/long terme", analyse le spécialiste. "Quand vous développez une grippe sévère, vous n'êtes pas confronté à des conséquences de cette nature. D'ordinaire, ce sont plutôt d'autres virus qui peuvent induire d'importantes séquelles, je pense par exemple au virus d'Epstein-Barr ou à celui de l’hépatite C."

Le fait que les patients suivis soient américains doit toutefois être pris en compte. Et nous mettre en garde : rien ne dit en effet que de telles observations puissent être transposées à des patients français, "sachant que le profil ethnique et socio-démographique de la population n'est pas le même aux USA, par exemple la proportion de personnes obèses ou diabétiques." Un autre point doit être nuancé, celui du coût induit pour les patients. Contraints de multiplier les rendez-vous en raison de leurs séquelles, ces derniers ne feront pas face aux mêmes dépenses d'un côté de l'Atlantique ou de l'autre. "La couverture sociale n'a rien à voir ! Il y a un coût dans les deux cas, certes, mais il ne sera pas assumé de la même manière."

Une large cohorte de patients suivie en France

La cohorte de patients suivie par l'Inserm compte aujourd'hui 4000 personnes, contaminées lors de la 1ère ou de la 2e vague et qui ont fait face à une forme grave du Covid. Si les entretiens à "M12", soit douze mois après la sortie de l'hôpital, sont actuellement en cours, le professeur Ghosn et son équipe disposent déjà de résultats à M6, relatifs à des patients touchés durant la 1ère vague. Des analyses qui feront dans les jours qui viennent l'objet d'une publication et qui mettent en avant quelques différences avec les observations des chercheurs américains.

Les données de mortalité, par exemple, diffèrent de manière assez nette. "Ici, les décès interviennent essentiellement dans les 60 premiers jours", analyse le spécialiste. "Pour vous dire, on se trouve à peine à 1% de mortalité supplémentaire entre sortie de l'hôpital et les rendez-vous organisés six mois plus tard." Avec 2900 participants pour lesquels ces données sont disponibles, on peut donc juger solides ces résultats. Sachant, qui plus est, que rien ne permet par ailleurs d'imputer avec certitude au Covid les décès rapportés chez ces patients hospitalisés quelques mois plus tôt.

En vidéo

VIDÉO LCI PLAY - Le Covid long, quand la maladie s’éternise

Cela ne signifie pas pour autant que l'impact de l'épidémie aura été négligeable pour eux, loin de là. "Ce que l'on a observé", explique Jade Ghosn, "c'est la persistance, après six mois, d'au moins un symptôme chez des patients suivis. Chez 25%, on constate même trois symptômes qui perdurent : les douleurs musculaires et articulaires, la fatigue et des difficultés respiratoires." Parmi les constats marquants, on peut aussi noter le fait qu'un tiers des patients qui travaillaient avant leur hospitalisation n'ont pas pu reprendre leur activité professionnelle après six mois. Une illustration nette de l'impact du virus sur la vie de tous les jours, et de la gêne occasionnée par les symptômes rencontrés.

Pour mesurer les conséquences liées à la généralisation des variants, devenus majoritaires, les équipes de l'Inserm vont poursuivre leurs travaux. La cohorte va bientôt inclure 1000 nouveaux participants, dont le suivi sur un an permettra peut-être de faire émerger des différences par rapport à la souche initiale du virus. Positives... Ou négatives. Notons aussi que les séquelles psychologiques n'ont pour l'heure pas été évaluées par Jade Ghosn et les chercheurs de l'Inserm. Elles feront l'objet d'une fine analyse à "M12". Il ne faut pas exclure leur importance, d'autant "que les études menées sur les confinements ont pu mettre en évidence des troubles apparus dans la population générale", y compris chez des personnes n'ayant pas contracté le virus. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Proche-Orient : Macron et Al-Sissi s'entretiennent avec le roi de Jordanie

Covid-19 : un tiers de la population de l'UE a reçu au moins une dose

La Commission européenne préconise-t-elle réellement de fixer la retraite à 70 ans ?

Gérald Darmanin s'invite à la manifestation des policiers devant l'Assemblée le 19 mai

Carte bancaire : vos achats en ligne de plus de 30 euros désormais soumis à l'authentification forte

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.