1432 morts de la canicule : le ministère de la Santé a-t-il des moyens fiables pour les comptabiliser ?

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À LA LOUPE – Agnès Buzyn a présenté les chiffres de la surmortalité liée aux violentes canicules de l'été. Comment fait-on pour attribuer aux fortes chaleurs un décès ? LCI s'est penché sur les méthodes de calcul utilisées.

Avec les températures extrêmes enregistrées durant l'été, on pouvait craindre que la canicule ne fasse de nombreuses victimes. Les chiffres du ministère de la Santé, présentés par Agnès Buzyn, montrent pourtant une surmortalité réduite, avec "seulement" 1500 décès supplémentaires par rapport à une période "normale". Nous sommes bien loin des 15 000 morts supplémentaires enregistrés en 2003, qui avaient entraîné une série de réformes pour mieux appréhender les épisodes de fortes chaleurs. 

1500 décès de plus par rapport à un été moyen , d'où vient un tel chiffre ? Si comptabiliser les décès liés au cancer ou à des accidents de la circulation semble plutôt aisé, à quoi peut-on se fier pour déterminer avec certitude qu'une personne âgée ou tout autre citoyen a succombé d'une canicule ?  Explications.

Des effets directs et observables

"Les très fortes chaleurs peuvent entraîner des symptômes très variés", assure Mathilde Pascal, épidémiologiste au sein de l'agence de santé, "elles sont notamment susceptibles de conduire à l'hyperthermie". Derrière ce terme, souvent résumé par l'expression "coup de chaleur", la spécialiste décrit "une température du corps qui augmente, pouvant entraîner la mort au-delà de 41 degrés". 

Le patient va rapidement sentir et observer les effets : "la peau qui devient rouge, un état de confusion, des malaises… Il est indispensable de contacter rapidement les secours car l'évolution est très rapide et risque d'entraîner la mort." Conscientes des risques, les autorités de santé ont développé des supports de prévention spécifiques afin d'alerter les populations et réduire les risques. "

L'hyperthermie n'est pas la seule conséquence : l'épidémiologiste précise que "si le corps est exposé à des chaleurs très importantes, il va fournir des efforts très importants pour maintenir sa température interne. S'il y parvient, c'est parfois au prix d'un effort tel qu'il entraîne des conséquences parallèles, en mesure d'entraîner la mort".

Une méthodologie éprouvée

Si les symptômes de la canicule sont observables, comment fait-on pour comptabiliser les décès ? Mathilde Pascal tente de décrire la méthodologie utilisée : "Pendant la période de chaleur", indique-t-elle, "on regarde le nombre de personnes décédées, toutes causes confondues. On le compare alors à la mortalité qui est attendue sur une telle période." Quid des variations démographiques, qui pourraient fausser les résultats ? "Leur impact reste minime, d'autant que pour évaluer la mortalité attendue, nous nous basons sur une période de référence de plusieurs années."

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L'experte de Santé publique France souligne par ailleurs que les chiffres relayés par Agnès Buzyn ne sont pas définitifs : "Il s'agit en réalité d'une extrapolation. Les données définitives de mortalité sont très longues à obtenir en France, cela peut prendre des années. Pour disposer d'une évaluation plus rapide, on s'appuie sur un groupe de villes qui transmettent des données de manière informatisée. Réunies, elles rassemblent 80% des décès enregistrés en France." Dans les mois/années qui viennent, il est donc probable que les 1435 décès supplémentaires mis en avant par le ministère de la Santé soit légèrement réévalués, à la hausse ou à la baisse. 

Cette méthode, pas infaillible, n'en demeure pas moins efficace. Déjà utilisée en 2003 pour mesurer les conséquences de la canicule, elle a depuis fait l'objet de nombreux tests qui ont permis de juger de sa pertinence. Au point d'intéresser certains de nos voisins européens, qui l'ont prise en exemple et s'en s'ont inspirés.

Des dispositifs complémentaires

Du côté de Santé publique France, on s'appuie également sur d'autres systèmes. "Il y en a un qui permet de récupérer des informations concernant les passages aux urgences, ainsi que sur les appels reçus par SOS médecins. Il ne s'agit pas ici de données de décès", note Mathilde Pascal, "mais de recours aux soins. Nous disposons ainsi chaque jour des infos sur ce qui s'est passé la veille, un retour très précieux qui permet d'accompagner la mise en place de mesures spécifiques." 

Le dernier dispositif s'articule autour des inspecteurs du travail. "Si l'un d'entre eux est au courant d'un décès sur le lieu de travail d'un salarié, il enquête et nous fait une remontée. Cela ne concerne qu'un nombre très limité de personnes : nous n'avons par exemple enregistré que 10 décès de la sorte cette année."

L'impact d'une canicule sur le plus long terme reste lui difficile à évaluer. L'épidémiologiste le confirme, mais explique que des études sont mises sur pied peu à peu. "Les premiers résultats montrent que le pic de mortalité intervient le jour même, et qu'un risque de mortalité accru est observé jusqu'à dix jours après une exposition aux très fortes chaleurs. Dans le futur, nous en saurons davantage, notamment concernant l'impact sur les maladies chroniques ou sur les femmes enceintes."

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