Mutilation du pénis : cette blessure de guerre dont on ne parle pas

Santé

GREFFE - Ils ont fait l'Irak ou l'Afghanistan. Ils ont servi l'uniforme américain et sont parfois rentrés sans bras ou sans jambes. Parfois sans verge. Cette mutilation, jusqu'alors laissée sous silence, va trouver une réponse grâce à une équipe médicale qui va procéder à des greffes de pénis. Explications.

C'est la blessure invisible des vétérans. Si les blessures aux jambes et amputations sont devenues des symboles des traumatismes des soldats américains ayant combattu en Irak et en Afghanistan, les mutilations génitales demeurent sous silence. Personne n'en parle mais elles sont pourtant nombreuses, en raisons de l'usage massif de bombes artisanales par les combattants ennemis des Américains. 

Entre 2001 et 2013, près de 1400 soldats ont perdu leur pénis au combat, selon le ministère de la Défense. Une blessure invisible mais qui fait souffrir plus encore ceux qui en sont victimes. Une solution pour ces mutilés de guerre : la greffe.  

Un traumatisme plus profond que la perte des jambes

"La verge et les testicules sont très fortement associés à votre identité en tant qu’homme. Si vous rencontriez ces hommes, vous comprendriez à quel point c’est important pour eux", a expliqué au New York Times le Dr Richard Redett, directeur de la chirurgie reconstructive de l’Université de Baltimore, qui va procéder à la première greffe en 2016. " 

"Nos jeunes patients masculins préfèrent perdre les deux jambes et un bras plutôt que d'avoir une blessure urogénitale", explique Scott Skiles, l'homme en charge de l'assistance sociale des anciens combattants polytraumatisés à l'hôpital de Palo Alto. Il était donc temps de considérer aussi ce traumatisme et de lui apporter une réponse. 

La greffe du pénis : comment ça marche ? 

Si la chirurgie reconstructive, consistant à reconstituer une verge avec la peau du patient, est aujourd'hui au point et présente l'avantage d'éviter le problème du rejet, elle ne permet pas pour autant d'obtenir des érections. Cette solution n'apporte donc qu'une réponse urologique mais pas génitale. Or, les médecins souhaitent rendre aux jeunes soldats, généralement âgés de 20 à 35 ans, le possibilité de retrouver une vie sexuelle et d'avoir des enfants naturellement. 

La greffe du pénis est toujours au stade expérimental mais elle permet, si les testicules fonctionnent, de rendre au patient toute sa capacité reproductrice. Il s'agit de relier au patient la verge d'un donneur qui a accepté le prélèvement de l'organe en connectant l'urètre, les veines, les artères et les nerfs (voir schéma). Une bonne liaison des corps caverneux pourra en outre permettre l'érection. Il existe deux précédents dans l'histoire. Une première greffe en Chine en 2006 mais le patient avait fait un rejet psychologique et avait demandé à se faire retirer le greffon. 

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Une autre a eu lieu en 2014, avec succès. Le patient a même pu mettre sa compagne enceinte. 

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L'Université de Baltimore a donné son feu vert pour 60 premières greffes. Des patients sont en ce moment sélectionnés. L'opération, estimée à entre 200.000 dollars et 400.000 dollars (370.000 euros), sera entièrement prise en charge par l'Université et les médecins travailleront bénévolement. Le ministère de la Défense assumera le coût des médicaments anti-rejet. Et des vétérans pourront bientôt de nouveau se sentir des hommes... complets. 

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