Non, l'Insee ne montre pas "qu'il est impossible d'avoir 30.800 morts" à cause du Covid-19

Non, l'Insee ne montre pas "qu'il est impossible d'avoir 30.800 morts" à cause du Covid-19
Santé

DÉCRYPTAGE - Dans une tribune, un médecin assure ce lundi que les chiffres de l'Institut national de la statistique prouvent que le nombre de morts à cause du coronavirus est surévalué. Une "démonstration" à la méthodologie trompeuse.

Le titre de la tribune est plein d'assurance : "Les données Insee démontrent qu'il est impossible d'avoir 30.800 morts en plus en 2020 à cause du COVID-19!" Citant les chiffres de l'Institut national de la statistique et des études économiques, son auteur avance ainsi ce lundi 14 septembre que les chiffres des décès cette année vont à l'encontre des prévisions de surmortalité. Un argumentaire et des conclusions qui font bondir l'Insee.

Une méthodologie erronée

L'Institut, qui a à charge la production, l'analyse et la publication des statistiques officielles dans le pays, le confesse aisément auprès de LCI. Il n'a "pas pour habitude" de répondre aux provocations sur les réseaux sociaux. Mais ici, l'erreur est telle qu'il était impossible de faire autrement. Sur Twitter, il rappelle que "l''analyse à laquelle FranceSoir fait référence" ne provient pas de ses évaluations. 

De fait, dans son texte, l'auteur prend bien en compte les données officielles de l'Insee. Mais si la source est bonne, la "démonstration" l'est moins. Par une simple addition du nombre de morts toutes causes confondues du 1er janvier au 31 juillet 2020 en France, il pense prouver que "logiquement" il n'y a pas de réelle surmortalité et qu'il est "impossible qu'il y ait plus de 16.300 morts de plus en 2020 (quelqu'en soit la cause, COVID ou PAS COVID)."

Seulement voilà, on ne s'invente pas statisticien. Auprès de LCI, l'Insee note ainsi que la méthodologie est totalement erronée. D'ailleurs, depuis le début du confinement, l'organisme public appelle à la vigilance face aux chiffres, relevant que ces derniers n'ont "pas vocation à être directement interprétés en termes de surmortalité". C'est d'ailleurs pour éviter la confusion que l'institut avait publié, dès la mi-mai, un "mode d'emploi des données" pour décrypter les décès en France. Déjà à l'époque, on soulignait qu'il fallait prendre plusieurs éléments en compte dans l'analyse des chiffres, notamment pour neutraliser certains effets, comme ceux de la grippe saisonnière. Pour ce faire, il fallait donc une période "référence". "L'avantage d'une référence en moyenne est de lisser les évolutions survenues dans le passé."

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Donc, pour mesurer la surmortalité liée à l'épidémie, l'Insee préconise depuis plus de quatre mois de "comparer les décès comptabilisés à partir du 1er mars 2020", date à laquelle le Covid-19 s'est installé en France, "à ceux de 2019 ou de la moyenne 2015-2019". Cela permet notamment d'estomper les effets de l'hiver 2018, marqué par une forte épidémie de grippe. 

Une fois les bons chiffres et la bonne méthodologie, on découvre alors qu'entre le 1er mars et le 24 août de cette année, "la surmortalité toutes causes confondues est, à ce jour, de 26.000 par rapport à 2019". 

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L'info passée au crible

C'est ainsi que l'auteur de la tribune, volontairement ou non, en arrive à des conclusions erronées en partant de chiffres officiels. Ce n'est d'ailleurs par la seule erreur qu'il commet. Dans le même article quelques lignes plus tard, il assure, en ne citant aucune source, qu'il y aurait eu une "incitation financière à cocher la case Covid" sur les certificats de décès pendant l'épidémie. Une fausse information qui nous vient directement de Belgique.

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