Non, les courbes n'illustrent pas de pic de décès lié aux vaccins en Israël et au Royaume-Uni

En Israël, le président Netanyahu a donné l'exemple en se faisant vacciner dès le premier jour.

ARGUMENTS DOUTEUX - Régulièrement citée pour étayer des thèses conspirationnistes, la généticienne Alexandra Henrion-Caude a livré une analyse trompeuse de données officielles lors d'une intervention sur C8.

La voilà, dixit Le Parisien, "devenue l’égérie des complotistes". Alexandra Henrion-Caude, généticienne de formation, a multiplié ces derniers temps les sorties médiatiques. Déjà très populaire sur les réseaux sociaux, où ses positions hostiles à la vaccination et aux mesures sanitaires trouvent un large écho, elle a gagné en notoriété à la faveur d'interventions à la télévision. Sur C8 notamment, où ses passages ont, à chaque fois, été très commentés.

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Ces derniers jours, un extrait de l'émission "Balance ton post" a été relayé en masse avant d'être supprimé ce lundi. Un passage déjà assez ancien puisqu'il remonte au 18 mars dernier, mais qui a entraîné une salve de réactions. En plateau, la chercheuse a expliqué que des données permettaient de constater un lien entre la vaccination en Israël et au Royaume-Uni, et un pic des décès. "Nous avons en Israël essuyé le pic de mortalité Covid le plus meurtrier de l'histoire covid du pays post vaccination", a-t-elle lancé, ajoutant quelques instants plus tard qu'il en avait été de même outre-Manche. Dans son exposé, elle indique s'appuyer sur des chiffres publics, fournis par le site Our World in Data. Des éléments faciles à retrouver et authentiques, mais présentés de manière à étayer une théorie se heurtant à une succession de contre-arguments.

Un raisonnement qui ne tient pas

Avant toute chose, il convient de retrouver les données sur lesquelles se base Alexandra Henrion-Caude. Quelques clics suffisent pour mettre la main dessus, et l'on peut estimer qu'il s'agit de chiffres fiables, puisque récupérés à partir des sources gouvernementales officielles. Avant même de s'interroger sur le lien potentiel entre vaccins et décès, il faut souligner qu'en 2020, avant même que les premières doses soient injectées, plusieurs vagues d'ampleur ont été observées. Des périodes durant lesquelles la mortalité a été massive, mais que n'ont eu – de fait –, aucun lien avec les vaccinations. 

La scientifique met toutefois en avant un pic qui aurait été le "plus meurtrier" de l'histoire de l'épidémie en début d'année 2021. Elle dit vrai sur ce point, puisqu'il a été atteint respectivement les 23 et 25 janvier pour Israël et le Royaume-Uni. Y voir une conséquence évidente de la vaccination apparaît pourtant très vite douteux : il faut en effet rappeler que les cas ne se déclenchent pas instantanément suite à une contamination. Ce qu'a d'ailleurs noté l'éditorialiste et ancienne porte-parole des Républicain Laurence Sailliet, plus tard dans l'émission. 

Le temps d'incubation est compris entre 3 et 14 jours, ce qui signifie que le pic des contaminations aurait été compris entre le 9 et le 20 janvier en Israël, et entre le 11 et le 21 janvier pour le Royaume-Uni. Or, à cette période, on comptait moins de 30% de la population vaccinée avec une dose au sein de l'État hébreu, et à peine 8% outre-Manche. Des chiffres encore inférieurs si l'on se réfère aux personnes totalement vaccinées : moins de 11% en Israël et moins de 1% au Royaume-Uni. Difficile au regard de ces données d'évoquer un impact massif de la vaccination.

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Par ailleurs, il faut souligner que les deux pays n'ont pas débuté la campagne vaccinale en même temps. Les Britanniques ont pris de l'avance, puisque les premières doses ont été injectées les 7 et 8 décembre. Du côté d'Israël, le coup d'envoi de la campagne nationale est intervenu le 19 décembre. Si l'on suit le raisonnement d'Alexandra Henrion-Caude, il aurait été logique d'observer un décalage identique entre les "pics" de mortalité, ce que les données ne mettent pas en évidence. Les pics sont quasi simultanés, éloignés que de deux jours. Autre constat qui s'impose rapidement : le fait que les courbes de mortalité n'augmentent pas à mesure que se multiplient les vaccinations. Bien au contraire.

Si les vaccins étaient responsables d'une hausse des contaminations, il serait logique que la progression de la campagne de vaccination dans les deux pays s'accompagne d'une flambée des décès. Or, on observe que le recul de l'épidémie s'est révélé massif une fois le pic atteint fin janvier. Et que le nombre de décès a diminué à des niveaux jamais observés depuis le début de l'épidémie en Israël.

La démonstration d'Alexandra Henrion-Caude se heurte à un dernier écueil. Si la vaccination était associée à une hausse de la mortalité, on l'aurait observée de manière identique dans d'autres pays. Cela n'a pourtant rien d'automatique : en France, la campagne a véritablement commencé début janvier et aurait donc dû conduire à un pic de mortalité à l'approche du mois de février. Il n'en a rien été, alors même que le vaccin majoritairement utilisé en France était le même qu'en Israël, celui développé par Pfizer. 

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