Non, les hôpitaux ne touchent pas une prime de 5.000 euros en attribuant un décès au Covid-19

Non, les hôpitaux ne touchent pas une prime de 5.000 euros en attribuant un décès au Covid-19
Santé

ÉLUCUBRATIONS – Le versement d'une prime de 5.000 euros pour chaque décès attribué au Covid-19 forcerait les hôpitaux à fausser les chiffres de mortalité liée au virus. Une affirmation démentie formellement par les autorités de santé et dont l'origine vient de Belgique.

Les autorités de santé chercheraient-elle à gonfler les chiffres de la mortalité liée au Covid-19 ? C'est ce que suggèrent des publications virales relayées sur les réseaux sociaux. "La majorité des certificats de décès cochés morts COVID-19, ne sont pas morts à cause du COVID-19", assure notamment une internaute, évoquant une "incitation financière à cocher la case Covid", d'un montant "de 5000 euros/certificat dans les hôpitaux".

Ces accusations sont graves puisque les responsables hospitaliers sont accusés de maquiller les causes réelles des décès pour essayer de récolter des fonds supplémentaires. Pour autant, il s'avère qu'aucune prime de ce type n'existe et qu'il s'agit ici d'arguments infondés, basés semble-t-il sur des documents mal interprétés diffusés par les autorités belges.

Aucune prime de cette nature

Surprenantes, ces publications s'avèrent surtout totalement fausses. La Direction générale de la santé (DGS) se montre catégorique et "dément formellement" des messages qui ne reposent "sur aucune information ni données". Qu'un patient décède du Covid-19 ou de toute autre pathologie ne change rien pour les hôpitaux, qui ne toucheront pas plus d'argent si davantage de patients sont déclarés victimes du virus. 

Cette rumeur infondée trouve en réalité sa source en Belgique, où elle s'est répandue avant de traverser la frontière. Contacté par l'Agence France Presse, le SPF Santé Publique (l’équivalent belge du ministère des Solidarités et de la Santé) avait lui aussi démenti l'existence d'un telle "prime Covid".

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L'agence allemande Deutsche Presse-Agentur (DPA) a trouvé deux origines potentielles à cette fake news. Dans un document publié par la région Wallonne et conçu par le service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, on peut lire qu'une "indemnité forfaitaire de 5.000 € sera octroyée aux secteurs d'activités qui doivent fermer leurs portes ou sont à l'arrêt". Aucun lien néanmoins avec le secteur hospitalier. 

Autre piste proposée, celle menant à "un article du Guide social, intitulé '115 millions d'euros pour aider les secteurs de la santé et du social'. Celui-ci fait mention d’une prime de 5.000 euros", note la DPA, mais "quand on clique dessus, on découvre que cela ne concerne que les indépendants durement touchés par la crise Covid-19." 

Une comptabilisation pas toujours aisée

Si les publications qui sont relayées en ligne s'appuient sur des affirmations fantaisistes, il est vrai que comptabiliser les décès liés au Covid ne s'avère pas toujours aisé. Comme le note RTL, "le nombre total de décès en France est calculé à partir de remontées dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux, principalement les Ehpad." La procédure est la suivante après un décès : "un médecin établit un certificat de décès, qui est ensuite transmis à l'état civil puis à l'Insee". Pendant longtemps, ajoute la radio, "le dépistage virologique n'était pas systématiquement effectué, et la cause de certains décès, notamment dans les Ehpad, se fondait donc sur une infection suspectée".

Si un patient se trouvait en parfaite santé avant de contracter le virus, qu'il en présente les symptômes et vient à décéder, il sera assez aisé de la comptabiliser comme un mort lié au Covid-19. En revanche, pour des malades souffrant d'autres pathologies, il revient aux médecins de déterminer quelle est la cause première/principale du décès. Côté belge, on indique ainsi s'appuyer "sur le guide de certification et de classification des décès dus à la Covid-10, publié par l’OMS, qui décrit la manière d’attribuer une hiérarchie dans les causes de décès quand plusieurs problèmes sont présents", indique la Voix du Nord.

Si elle a fait l'objet de critiques (parfois infondées, comme les montraient récemment les Vérificateurs), la méthode adoptée en France pour comptabiliser les décès liés au Covid-19 est généralement prise en exemple. "Le tableau général de la mortalité est plus précis" qu'ailleurs, soulignait dans ses colonnes le New York Times. Constat effectué également par The Economist, qui estime que dans "de nombreuses régions du monde, le bilan officiel sous-estime le nombre réel de décès". Sont pris en exemple la Belgique… Et la France.

En résumé, il est donc totalement faux d'affirmer que des hôpitaux auraient gonflé artificiellement le nombre de décès liés au Covid-19 dans le but de toucher des primes d'un montant de 5.000 euros. Si la comptabilisation des morts liés à l'épidémie n'est pas toujours facile en raison des comorbidités et des méthodes utilisées pour la remontée des informations, de nombreux observateurs s'accordent pour conclure que l'approche française est pertinente. Une méthodologie dont est garante l'Insee et qui est souvent jugée comme plus précise que celles utilisées à l'étranger. 

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