Non, une étude danoise ne montre pas que le masque est inutile à l'extérieur

L'étude danoise ne permet pas du tout de tirer des conclusions aussi tranchées.

BIAIS EN SÉRIE - Des opposants au port du masque à l'extérieur brandissent une étude danoise qui conclurait à leur inefficacité. Une lecture erronée de ces travaux, dont la méthodologie pose problème.

Chirurgicaux, en tissu, FFP2... Les masques sont devenus indispensables lorsque l'on s'aventure dans des lieux publics, et font partie des outils sur lesquels s'appuient les autorités sanitaires pour lutter contre la propagation de l'épidémie. Sur les réseaux sociaux, un mouvement s'étend pourtant afin de réclamer leur abandon à l'extérieur. Des internautes se rassemblent derrière le mot-clé #ArretMasqueExterieur, rejoints par des responsables politiques.

Le président des Patriotes et ancien bras droit de Marine le Pen, Florian Philippot, assure que "depuis le 18 novembre 2020 nous savons scientifiquement que le masque à l’extérieur ne sert strictement à rien". Il cite une "étude danoise sur 4862 personnes", qui aboutirait à un "même taux de contamination avec ou sans masque". Un constat qui l'incite à dire "stop à cette déshumanisation". Il semble toutefois que le Conseiller régional du Grand Est n'a pas (ou mal) lu l'étude en question.

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Des observations à relativiser

Ce n'est pas la première fois que Florian Philippot fait référence à cette étude danoise. Publiée le 18 novembre dernier, il s'en faisait l'écho le jour-même, la partageant à ses abonnés. Plusieurs mois plus tard, il en livre pourtant toujours une interprétation erronée. En effet, l'un des responsables de l'étude a réagi en personne pour expliquer que les travaux menés par son équipe étaient sur ou mal interprétés. 

Henning Bundgaard et ses collègues ont suivi "en avril et mai 2020, 4862 volontaires répartis en deux groupes", relate l'agence Science presse. "2392 portaient un masque et 2470 n’en portaient pas. Au bout d’un mois, test antigénique, PCR (tests d’amplification d’acide nucléique) ou diagnostic hospitalier, déterminaient si les participants étaient ou avaient été infectés par le SARS-CoV-2." Les résultats ont été les suivants : 2,1 % de personnes non masquées (53 sur 2470) ont contracté le Covid-19, contre 1,8 % des personnes masquées (42 sur 2393). Soit une différence très légère, presque infime.

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"Ces résultats ne doivent pas mener à conclure que la recommandation du port du masque n’est pas efficace pour réduire le nombre d’infections à Covid-19", préviennent les auteurs de l'étude, avant de préciser que la conclusion à leurs yeux est surtout d'expliquer que "nous devons porter des masques, non seulement pour nous protéger, mais aussi pour protéger les autres." Une prise de position claire qui s'explique par une série de biais méthodologiques.

Tout d'abord, il faut préciser que l'étude s'est déroulée en grande partie au printemps, à une époque où le Danemark se trouvait en plein confinement. Les commerces étaient fermés, le télétravail privilégié et les interactions sociales forcément très diminuées. Soulignons aussi que le virus a relativement peu circulé dans le pays en comparaison avec des pays comme la France, l'Italie ou le Royaume-Uni. L'équipe de chercheurs, ajoute Le Monde, fait remarquer que "la valeur « p », qui sert en statistiques à évaluer la probabilité de se tromper, est ici très élevée : p = 0,38, ont calculé les auteurs, soit 38 % que l’hypothèse retenue soit erronée. Cela tient à la fois au faible échantillon de personnes infectées (42 dans un groupe, 53 dans l’autre) et à l’écart limité entre les deux"

Dans le même temps, "seuls 46 % des participants déclarent avoir porté le masque de la manière recommandée", ce qui fausse logiquement les résultats. "47 % ont suivi les recommandations de manière lâche, 7 % ne les ont pas suivies. À l’époque où l’étude est lancée, le port du masque est encore une nouveauté mal maîtrisée en Europe, et de nombreux citoyens portaient par exemple le masque sous le nez." En conclusion, "c’est une étude clinique intéressante, publiée dans une revue reconnue, mais qui comporte trop de biais pour apporter des résultats significatifs ", résume le coprésident du groupe de travail permanent sur le Covid-19 du Haut Conseil de la santé publique, Didier Lepelletier.

Brandie par des opposants au masque, cette publication scientifique réalisée par une équipe danoise ne peut donc pas être utilisée pour affirmer que le port du masque à l'extérieur serait inutile. Les biais reconnus par leurs auteurs eux-mêmes doivent inciter aux plus grandes réserves. L'Inserm, l'été dernier, estimait en tout cas qu'il était difficile de statuer de manière définitive sur l'efficacité du masque dans l'espace public. Et observait que "la recommandation de porter un masque en extérieur doit avant tout s’appuyer sur une analyse des différentes dynamiques épidémiques au niveau local, en prenant en compte la possibilité ou non pour les personnes de respecter la distanciation physique dans les lieux publics ouverts".

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