"Nous aurons peu de doses" : comment expliquer la pénurie de vaccins en France ?

Des seringues contenant des doses du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19, préparées chez un médecin libéral à Paris le 25 février 2021.

CRISE SANITAIRE - Alors que la situation du pays est jugée "inquiétante" par le ministère de la Santé Olivier Véran, l'exécutif tente accélérer l'immunisation de la population. Mais encore faut-il avoir les vaccins. Explication.

La stratégie vaccinale du gouvernement repose...Sur quelques fioles. Alors que l'objectif de 10 millions de premières injections a été fixé d'ici mi-avril, la campagne reste tributaire du rythme des approvisionnements des sérums. Sauf que la livraison des précieux vaccins contre le Covid-19 piétine. "Nous aurons peu de doses" pour les trois semaines à venir, a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran lors de sa conférence de presse, ce jeudi. 

Selon la Direction générale de la santé, la France aura reçu fin avril l’équivalent de 29,2 millions de doses, soit neuf millions de moins que ce qui était espéré début janvier. Une pénurie qui tombe mal au vu de la situation sanitaire "inquiétante" avec un patient admis en réanimation "toutes les douze minutes" rien qu'en Ile-de-France. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Comment expliquer ce manque de doses ? Pour répondre à cette question, il faut revenir en arrière. Cette pénurie actuelle serait le fruit d'une "erreur qui a été faite en juillet 2020. L'Europe n'y croyait pas, y compris les médecins. On ne croyait pas à l'époque au vaccin ARN messager", soutient le professeur Patrick Berche, microbiologiste et membre de l'Académie de médecine, sur le plateau de LCI. "Il y a eu une erreur stratégique qu'on paie aujourd'hui."

Le spécialiste déroule son argumentaire et met en cause la stratégie adoptée par Bruxelles. "On a négocié pendant quelques mois et on a obtenu à la fin les prix les plus bas." Résultat ? "Nous sommes les derniers servis", reprend le microbiologiste. Cette analyse est partagée par Antoine Flahault directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève qui estime dans le quotidien régional Ouest-France que "contrairement aux États-Unis, au Royaume-Uni ou à Israël qui ont pris des risques, l’Union européenne a été soucieuse de négocier les vaccins" afin d'obtenir les meilleurs tarifs. 

La gestion de l'UE critiquée

"L’Europe a eu une gestion de bon père de famille (sic) mais pas une gestion de temps de guerre", poursuit Antoine Flahault dans les colonnes du journal régional. Plus précisément, c'est la Commission européenne qui a négocié les précommandes de vaccins anti-Covid. Ce jeudi, le ministre de la Santé a rappelé que "l'ensemble des gouvernements européens sont mobilisés pour faire en sorte que le vaccin AstraZenaca puisse livrer les vaccins comme ils s'y étaient engagés". 

Concernant l'AstraZeneca, les Vingt-Sept devaient recevoir près de 40 millions de doses ce trimestre, mais selon les informations d'Europe 1, seules 30 millions pourraient être finalement réceptionnées. Alors que les fioles manquent, l'autorisation du vaccin Johnson & Johnson ce jeudi au sein de l'Union européenne laisse penser que le nombre de doses pourrait augmenter d'ici le mois d'avril. Au total, huit millions de doses sont promises à la France avant la fin juin, rapporte l'hebdomadaire L'Express

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En attendant, la colère des professionnels de santé s'est exprimée cette semaine : "Quand j'entends qu'on va ouvrir un méga centre de vaccination dans le stade Vélodrome de Marseille - qui peut accueillir 60.000 personnes - on nous explique qu'on va pouvoir vacciner 500 personnes par jour [à Madrid, le stade du Wanda Metropolitano en vaccinait entre 350 et 400 par heures, ndlr]. C'est ridicule", s'exclamait Christophe Prudhomme, porte-parole des urgentistes hospitaliers de France à l'antenne de LCI. Dimanche dernier, les médecins généralistes ont appris dans une note de la Direction générale de la Santé (DGS) qu'ils ne pourraient pas commander de doses du vaccin d'AstraZeneca cette semaine. Faute de doses, la priorité est donnée aux pharmaciens qui pourront vacciner dès le 15 mars. 

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