Nous Homo sapiens, de plus en plus grands, plus gros et moins fertiles ?

Nous Homo sapiens, de plus en plus grands, plus gros et moins fertiles ?

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SCIENCE - Selon le biologiste Jean-François Bouvet, l’humanité vit actuellement une profonde mutation de son espèce qu’elle aurait elle-même provoquée.

Une étude récemment publiée tend à montrer que la quantité et la qualité des spermatozoïdes 'français' étaient en baisse vertigineuse pour tout plein de raisons liées à nos modes de vie : alcool, tabagisme, surpoids et peut-être surtout usage massif de pesticides. Dans un ouvrage à paraître ce 12 mars, "Mutants, à quoi ressemblerons nous demain ?", le biologiste Jean François Bouvet enfonce le clou. Selon lui, après 20.000 ans d'existence, l'Homo sapiens est en train de vivre une profonde mutation.

Pas une évolution au sens de Darwin, mais une sorte de régression

"C'est la première fois dans son histoire que la modification de son environnement par l'Homme est le principal facteur de son évolution, qui prend le pas sur la sélection naturelle. Ce n'est pas une évolution au sens de Darwin, ou plutôt c'est une rétro-évolution", explique M. Bouvet qui dans son dernier ouvrage passe en revue "la multiplicité des changements et des transformations, parfois radicales, qui affectent les humains dans différents domaines".

Pour ne prendre qu'un exemple près de chez nous, le fait est qu'en une trentaine d'années, la taille moyenne des Français a augmenté de cinq centimètres, tandis que la proportion de personnes obèses a doublé en moitié moins de temps, pour atteindre 15% de la population. Qu'on se rassure, ce n'est pas qu'un mal national. Ces dernières années, on a constaté la même tendance dans le monde entier, de même sur un tout autre terrain qu'une puberté de plus en plus précoce, chez les filles en particulier. D'après une étude menée aux Etats-Unis, cela commence désormais dès sept ans pour une fillette blanche sur dix et pour une enfant noire sur quatre.

Paradoxe : les femmes de plus en plus précoces, les hommes de plus en plus à la peine

Sexuellement 'apte' plus tôt, notre jeunesse n'est pas plus fertile pour autant, au contraire. Paradoxalement, M. Bouvet note comme d'autres qu'en un demi-siècle, la concentration du sperme en cellules reproductives a diminué de 40%, et pour la seule France, de pas moins de 30% en quinze ans. Selon lui, le taux de testostérone chez les hommes et donc les traits biologiques de sa masculinité sont en régression.

Pour explication, il estime que "bien sûr, des facteurs génétiques entrent en jeu", mais il avance qu'ils ne sont certainement pas les seuls responsables de cette évolution. Du bisphénol A aux phtalates, du DTT à l'atrazine, en passant par une interminable liste de pesticides, il pense que l'industrie est en cause dans ce "big bang chimique" que l'homo sapiens a déclenché, y compris avec les meilleures intentions, comme dans le cas des antibiotiques, sans doute facteur d'obésité.

A terme, tout n'est pas perdu de son point de vue. L'"Homo Perturbatus" comme il qualifie désormais le genre humain peut se remettre des effets à long terme de ces substances auxquelles il s'est exposé. Ou du moins, l'on saura demain de quoi l'on meurt et éventuellement on pourra l'éviter grâce à la médecine prédictive, telle Angelina Jolie, devançant le cancer du sein par une double mammectomie.

Définitivement optimiste, Jean-François Bouvet conclut :"On était déjà la seule espèce à savoir qu'on allait mourir, maintenant on va peut-être savoir de quoi, ce n'est pas forcément plus gai".

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