Le chef de file des gynécos provoque un tollé en assimilant l'IVG à un "homicide"

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POLÉMIQUE - Alors que des associations s'inquiètent des difficultés d'accès au droit à la l'IVG en France, le président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France, Bertrand de Rochambeau, a laissé entendre dans une interview à Quotidien que l'IVG était un homicide. Une prise de position inadmissible pour les défenseurs des droits des femmes comme pour le gouvernement.

Quelques jours à peine après que Marlène Schiappa a rappelé que "l'IVG est un droit", le président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof) fait savoir son opposition à cette pratique. "Moi, je fais un métier avec mes tripes. Je me lève à n'importe quelle heure. La nuit, je fais des opérations très difficiles, avec mes tripes. Et donc aux choses auxquelles je ne crois pas, je ne les fais plus", a déclaré Bertrand de Rochambeau, à nos confrères de Quotidien. Et d'ajouter, "nous ne sommes pas là pour retirer des vies".


La remarque n'a pas manqué de faire réagir la journaliste Valentine Oberti : "Ce n'est pas un homicide de faire une IVG", lui rétorque-t-elle. "Si, madame", lui répond le gynécologue. Et d'ajouter : "la loi me protège et ma conscience aussi".

L'IVG, un droit inscrit dans la loi française depuis 1975

Après la diffusion de l'interview,  tandis que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, ont condamné "fermement" ces propos, les réactions opposant défenseurs des droits des femmes et anti-IVG n'ont pas tardé.  Alors, que dit la loi ?


Tout d'abord, il faut rappeler que la loi française ne considère absolument pas que l'interruption volontaire de grossesse soit un homicide, autrement dit un crime. L'IVG est un droit que peut exercer toute femme enceinte jusqu'à 12 semaines de grossesse (soit 14 semaines d'aménorrhée et hors cas de mise en danger de la femme enceinte ou d'affection grave et incurable de l'enfant à naître). 


Bertrand de Rochambeau, comme tout médecin, a cependant le droit de refuser d'effectuer cet acte en invoquant sa "clause de conscience". La loi impose cependant quelques conditions. Un simple non n'est pas recevable, le professionnel doit informer "sans délai, l’intéressée de son refus et lui communiquer immédiatement le nom de praticiens susceptibles de réaliser cette intervention". C'est d'ailleurs ce que souligne le rapporteur général de l'observatoire de la laïcité, une institution gouvernementale.


Autre encadrement, certaines structures ne peuvent "se dérober" : les "établissements publics (...) qui disposent de lits ou de places autorisés en gynécologie-obstétrique ou en chirurgie ne peuvent refuser de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse", précise la loi.

Des difficultés d'accès au droit à l'IVG persistantes

Si cette interview a rapidement créé la polémique, cela ne s'explique pas seulement par la position radicale du gynécologue. Les défenseurs des droits des femmes s'étonnent que ces propos soient issus du président du Syngof, qui au vu de sa fonction a un certain poids dans la profession et dans l'opinion publique.


Surtout cette sortie intervient dans un contexte tendu. Cet été, le Planning familial alertait sur les difficultés d'avorter en périodes de vacances estivales, faute de médecins disponibles. Une situation qui ne se limite pas à cette seule période dans certaines régions. 


Dans la Sarthe, l'hôpital de Bailleul, ne pratique plus d'IVG depuis le mois de janvier faute de personnel "volontaire". Une situation qui obligeait les femmes désireuses d'avorter de se rendre dans un établissement du Mans ou d'Angers, à 50 km de là.

En vidéo

VIDÉO - Simone Veil raconte le très difficile débat sur l'IVG

Pour ce cas précis, la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes est montée au créneau. Une solution a pu être trouvée pour que l'accès au droit à l'IVG soit assuré dans cet hôpital. 

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