Nouvelles règles sur le don d'organes : "60.000 personnes supplémentaires se sont déjà fait connaître sur le registre des refus"

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INTERVIEW - Deux mois jour pour jour après l'entrée en vigueur de nouvelles règles encadrant le don d'organes le 1er janvier dernier, LCI a voulu dresser un premier bilan. Nous avons interrogé l'Agence de la biomédecine, qui note "une petite affluence des inscriptions" sur le registre national des refus de don, désormais accessible en ligne.

Depuis le 1er janvier, la règlementation en matière de don d'organes et de tissus a évolué. Comment cela s'est-il traduit concrètement ? Le docteur Patrice Guerrini, responsable de l'organisation du prélèvement et de la greffe en Ile-de-France au sein de l'Agence de biomédecine, a répondu aux questions de LCI.

LCI : Qu’est-ce qui a vraiment changé en matière de don d'organes depuis le 1er janvier 2017 ?

Docteur Patrice Guerrini : Depuis cette date, un nouveau décret concernant le don d’organes et de tissus est appliqué en France. Ce décret ne modifie pas les 3 grands principes de la loi de bioéthique, qui sont le consentement présumé (nous sommes tous des donneurs potentiels sauf si l'on s'y est opposé de son vivant), la gratuité du don, et l’anonymat entre le donneur et le receveur. Mais désormais, les modalités de refus sont précisées : le principal moyen de s’opposer au prélèvement de ses organes et tissus après la mort est de s’inscrire sur le registre national des refus. Et pour plus de simplicité, on peut désormais le faire en ligne, sur le site registrenationaldesrefus.fr, et non plus seulement par courrier. De plus, le refus peut désormais être partiel, et ne concerner que certains organes ou tissus. Sinon, vous pouvez également faire valoir votre refus de prélèvement par écrit et confier ce document à un proche. Enfin, vous pouvez communiquer oralement votre opposition à vos proches, qui devront en attester par écrit auprès de l'équipe médicale. Le but, c'est de ne plus faire porter le poids du choix sur le dos des familles. C'est à chaque personne de prendre en main sa destinée.

LCI : A-t-on déjà constaté une recrudescence des refus sur le site ?

Docteur Patrice Guerrini : Il y a eu une petite affluence des inscriptions. Depuis le mois de novembre 2016, et la grande campagne d'information que nous avons lancée, 60.000 personnes supplémentaires se sont déjà fait connaître sur le registre des refus, qui compte pour l'instant 185.000 inscrits. Mais on est loin du chiffre de 10% de la population opposée au don d'organes, avancé par toutes les enquêtes d'opinion. En France, on reste quand même dans un principe de solidarité. C'est dans la conscience collective : pour soigner des gens qui vont mourir, il faut pouvoir faire des greffes. Et puis, la liberté individuelle est respectée. A tout moment, on peut revenir sur sa décision. Enfin, il est important de balayer une idée reçue : même si on s'inscrit sur le registre des refus, on pourra un jour recevoir un greffon. Ce n'est pas parce qu'on ne veut pas donner que l'on ne peut pas recevoir.

LCI : Malgré cette évolution de la loi, espérez-vous une augmentation des dons ?

Docteur Patrice Guerrini : Oui, car cet amendement permet de clarifier les choses. Avant, faute de volonté exprimée, l'entourage refusait souvent le prélèvement. Un peu moins de 6.000 greffes ont été réalisées en 2016, pour plus de 22.000 patients toujours en attente d'un donneur. Il faut donc continuer à mener bataille et à faire évoluer les esprits.

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Don d'organes : les personnes opposés peuvent s'inscrire sur un registre en ligne

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