Optique : haro contre les fraudes à la mutuelle

Santé

SANTE - Dans une enquête publiée mardi, l'association UFC-Que Choisir assure que près d'un opticien sur cinq propose des fraudes à la mutuelle pour augmenter le remboursement des clients et ainsi vendre des lunettes plus cher. Or, cette pratique induit paradoxalement pour le consommateur des cotisations supplémentaires.

Attention aux pratiques troubles des opticiens. Dans une enquête publiée mardi, l'UFC-Que choisir met en garde contre les combines de certains professionnels, du manque de lisibilité des prix jusqu'aux fraudes. L'association de consommateurs, qui a mené une enquête auprès de 1 188 opticiens, soit 10,4 % des magasins français, se penche en particulier sur leurs "liaisons dangereuses" avec les complémentaires santé, au moment où le gouvernement entend réguler les prix en plafonnant les remboursements à 450 euros maximum.

"Il y a une double responsabilité des opticiens et des complémentaires, et les deux s'alimentent", selon Alain Bazot, président de l'UFC-Que choisir, qui précise que, avec un coût moyen de 470 euros, les lunettes en France sont parmi les plus chères d'Europe.

Le coût de la fraude évaluée à 142 millions d'euros

"Dans près de un cas sur cinq (17,9 %), alors que l’on était qu’au stade des renseignements, l’opticien a spontanément proposé de falsifier la facture envoyée à la complémentaire santé, pour augmenter le remboursement perçu", explique l'association. Un "tour de passe-passe" qui consiste à modifier le prix des lunettes en majorant artificiellement celui des verres pour parvenir au maximum remboursé de 390 euros, tandis que l'on réduit celui de la monture à 90 euros. Cette combine serait plus particulièrement répandue chez les opticiens indépendants (29,5 % des cas) que chez les grandes enseignes nationales (11,8 %).

Cet acte est préjudiciable à la collectivité car "tout remboursement par la complémentaire santé se traduit par des cotisations supplémentaires pour le consommateur ", souligne l'étude. Or, les complémentaires santé ont pris une part grandissante dans le remboursement optique - de 56,8 % en 2006 à 71,5 % en 2012 -, alors que celle de la Sécurité sociale est devenue marginale. Au total, le coût de cette fraude s'élèverait à 142 millions d'euros par an pour le consommateur.

L'enquête n'a pas tardé à faire réagir des enseignes d'optiques, qui ont déjà accueilli avec méfiance le projet gouvernemental de plafonnement des remboursements par les complémentaires. Il faut arrêter avec "la désinformation récurrente sur l'optique", s'est indigné le syndicat des opticiens entrepreneurs (Synope. Dans un communiqué, le directeur général de Krys Group Pierre Champion a de son côté demandé à l'UFC-Que choisir de lui transmettre ses dossiers "afin de mettre un terme à ce procédé" qu'il dit condamner "fermement". Le DG d'Atol, Philippe Peyrard a quant à lui jugé sur Europe 1 "que les opticiens ont été poussés à la fraude". Pour rappel, les fraudes aux complémentaires santé sont passibles de 45 000 euros d'amende et de 3 ans d'emprisonnement.

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