Parents, parler de l’attentat de Manchester avec son ado est "important"

Santé
EXPLIQUER - L’attaque de Manchester, qui a tué 22 personnes venues assister au concert de la chanteuse Ariana Grande ce lundi, a touché un public en plein cœur : les adolescents. Comment discuter de ce drame avec eux et les rassurer ? Eléments de réponse avec des spécialistes.

Ils étaient venus passer un bon moment en famille ou entre ami(e)s quand la fête a tourné au cauchemar. Lundi 22 mai, aux alentours de 22h30, un terroriste s’est fait exploser dans la Manchester Arena alors que le concert de la chanteuse américaine Ariana Grande venait de se terminer. Cet attentat, qui a été revendiqué par le groupe Etat islamique, a tué 22 personnes, dont des enfants, et a fait 59 blessés. L’âge des victimes et le contexte rendent cet attentat très particulier. 

"L’attaque du Bataclan visait des jeunes adultes, l’attaque de Nice, des familles, et celle de Manchester, un public d’adolescents", résume Catherine Pierrat, psychologue à Nice qui a notamment pris en charge des victimes de l’attentat survenue dans sa ville, en juillet 2016. Pour elle, comme pour le psychiatre Serge Tisseron, auteur de 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir (éditions érès), le sujet doit être abordé avec les adolescents. Et d’autant plus s’ils ont leur billet pour assister à la tournée française d’Ariana Grande, qui passera noramalement par Paris et Lyon le 7 et le 9 juin prochain. Voici leurs conseils. 

L’adolescent a absolument besoin d’être placé dans une situation de réciprocitéSerge Tisseron, psychiatre

"C’est important de parler de cet attentat avec son adolescent car, contrairement aux enfants, il n’est pas possible de contrôler son accès aux informations, souligne Catherine Pierrat. Ils savent bien qu’ils sont concernés, ils sont nés peu de temps avant l’attaque du World Trade Center. Cette 'génération-attentat' a besoin de comprendre dans quelle société elle évolue." 


"Il faut prendre l’initiative de lui en parler et lui dire que cet attentat qui visait des jeunes, est abominable, et qu’il est destiné à nous démoraliser, renchérit le Dr Tisseron. D’autant plus que, même s’il n’est pas un adepte des réseaux sociaux, il a probablement des camarades qui le sont et il a eu accès aux mêmes informations que nous, voire même probablement à des informations supplémentaires, dont les 'fake news' !" 

Comment aborder le sujet et trouver les mots justes ? Le psychiatre considère que "la meilleure façon d’entrer en contact avec un adolescent ne consiste pas à lui demander ce qu’il a vu ou lu, mais à lui parler, en tant qu’adulte, de ce que nous avons vu et lu, à la télévision, sur les réseaux sociaux et dans les journaux, de ce que nous avons ressenti et compris, et de lui demander s’il a eu les mêmes informations que nous, et ce qu’il en pense. L’adolescent a en effet absolument besoin d’être placé dans une situation de réciprocité." Et si vous n’avez pas les réponses à ses questions, pas de panique. "Disons-lui simplement que nous n’en avons pas, et proposons-lui de les chercher ensemble", recommande encore le Dr Tisseron

Accepter que son enfant ait un point de vue différent

Selon les spécialistes, ils n’y a pas un bon moment mais les situations propices à la discussion peuvent être créées. Serge Tisseron préconise "d’organiser un espace privilégié d’échanges qui ne lui apparaisse pas comme artificiel, et dans lequel il n’ait pas l’impression que ses parents viennent vers lui avec l’idée qu’il aurait besoin d’être aidé face à l’actualité." Le meilleur moment pour échanger est, d’après lui, lors du repas du soir pris ensemble, "sans télévision, ni téléphone ou tablette". Catherine Pierrat suggère, quant à elle, de regarder les informations en famille et de "débrifer ensuite". 

Au fil de la discussion, il peut être amené à exprimer un point de vue différent du vôtre. "Il faut accepter de nous y confronter, souligne le Dr Tisseron. Il est très important de favoriser, à cet âge, la capacité d’avoir plusieurs points de vue sur le même événement. Les parents doivent ouvrir le dialogue avec leurs jeunes non pas avec l’idée de l’amener à penser juste, mais bien au contraire avec l’idée de lui montrer que tous les points de vue sont recevables à partir du moment où il s’agit d’en parler et d’échanger des idées."

Ne nous empêchons pas de sortir pour voir des amis, et d’aller à des concerts et des spectacles Serge Tisseron, psychiatre

Malheureusement, des attentats, il y en a eus et il y en aura sûrement d’autres. Si vous avez déjà acheté une place de concert à votre adolescent, Catherine Pierrat propose d’aviser en fonction de la discussion. "S’il ne le sent pas, rien ne sert de le forcer et si, au contraire, il a envie d’y aller, il faut le laisser faire. C’est important qu’il ne s’arrête pas de vivre et qu’il garde l’envie de faire la fête."


"Continuons nos vies, apprenons à être vigilants, et apprenons à nos enfants à le devenir, ensemble et séparément. Mais ne nous empêchons pas de sortir pour voir des amis, et d’aller à des concerts et des spectacles, conclut le Dr Tisseron. Nous faire vivre repliés chacun sur soi dans la terreur, c’est exactement ce que cherchent les terroristes. Ne leur donnons pas cette joie ! La vie est belle, même si elle n’est pas sans risque."

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