Restos ouverts, pas de confinement et peu de malades... la recette de Monaco face au Covid

En principauté, gestes barrières et tests massifs semblent faire leurs preuves.

INTERVIEW – Didier Gamerdinger, homologue monégasque d'Olivier Véran aborde cette crise sanitaire avec humilité, mais se réjouit d'une faible mortalité sur le Rocher. Le résultat d'une stratégie basée sur les tests massifs et l'application des mesures barrières strictes.

Il y a quelques jours, LCI démontait une fake news largement relayée sur les réseaux sociaux. Contrairement à ce qu'indiquaient des internautes, Monaco n'a en effet pas autorisé les traitements à base d'hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19. À la suite de cet article, nous avons échangé avec le conseiller-ministre en charge des Affaires sociales et de la Santé, Didier Gamerdinger. Une manière de mieux comprendre la stratégie adoptée en principauté, où un couvre-feu a été préféré au reconfinement et où les commerces et restaurants restent ouverts. 

LCI – Les chiffres de l'épidémie à Monaco sont encourageants par rapport à la France, avec un peu moins de 600 cas et une mortalité rapportée à la population près de 10 fois inférieure (3 décès depuis mars). Pourtant, on pourrait penser que la principauté est très exposée.

Nous cumulons en effet une série de handicaps. Tout d'abord, le fait que Monaco soit un territoire très urbanisé. Les habitants, par ailleurs, sont assez âgés, un peu plus en moyenne que sur le reste de la Côte d'Azur. On peut aussi remarquer que notre population est très internationale.  Sans compter le fait que sur les 55.000 salariés du privé qui travaillent chez nous, 80% ne résident pas à Monaco. 

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Nous avons été très prudents lors du déconfinement- Didier Gamerdinger

À Monaco, comment a-t-on abordé cette épidémie ? Quelles réponses ont été apportées ?

Nous avons été très prudents lors du déconfinement, qui s'est effectué pas à pas. Nous avons été confinés lors de la première vague en même temps qu'en France, mais nous avons observé une stratégie dite du "Stop & go". Nous déconfinions certains secteurs et observions ensuite pendant 20 jours l'évolution de la situation avant de passer à l'étape suivante. 

Cela nous a pris du temps, nous avons commencé par les commerces le 20 mai avec l'adoption de mesures très strictes. Pas moins de 4 mètres carrés par client, l'obligation de distribuer du gel hydroalcoolique à l'entrée de chaque magasin… Et un protocole de marche en avant qui évite tous les croisements de flux. 

Nous avons distribué gratuitement des masques en tissu par la Poste- Didier Gamerdinger

Quid du port du masque ?  

Nous avons distribué gratuitement des masques en tissu à tous nos résidents [on en compte un peu plus de 38.000, NDLR]. On continue d'ailleurs : chaque mois, on envoie deux masques. Nous en avons aussi mis à disposition des entreprises, moyennant paiement, afin qu'elles puissent en fournir à leurs salariés. Le masque, on le sait, est un outil central et nous avons été capables de mettre en place cette mesure assez tôt. 

Est-ce toujours d'actualité ? 

Complètement. Dans les commerces, les ascenseurs, les circulations souterraines… Depuis la levée du confinement le 4 mai, le port du masque est obligatoire et contrôlé. Et très bien respecté. Attention, ce n'était pas toujours facile, durant l'été notamment, mais nous y veillons. Il a aussi été imposé dans tous les espaces clos ouverts au public, que ce soit les salles de spectacles, les cinémas... Dans certaines zones en extérieur aussi, où l'on observe des attroupements fréquents. Aujourd'hui avec la seconde vague, il est imposé partout, y compris à l'extérieur.

À Monaco, il n'a pas été décidé de reconfiner. On note aussi que les restaurants sont ouverts, ce qui interpelle en France où ce sujet se révèle sensible actuellement... 

Après la réouverture des commerces au printemps, nous sommes en effet passés aux restaurants un mois plus tard. Avec un maximum de 6 personnes à table, ajusté par la suite à 8 puis 10 [et avec une réservation obligatoire, NDLR], tout en s'assurant qu'il y ait au moins un mètre cinquante d'une table à une autre. La musique a été proscrite, afin d'éviter que les gens aient à hausser la voix. Parler fort, c'est risquer d'émettre plus de postillons, et donc de répandre davantage de virus. 

Tous les cas contacts, c'est simple, nous les testons- Didier Gamerdinger

Quelle a été votre politique en matière de tests ?

C'est un élément central. Dès le mois de mai, nous avons au niveau de l'État proposé à toute notre population de se faire tester sur la base du volontariat. Grâce à des tests sérologiques qui sont rapides et demandent juste une petite piqûre au bout du doigt. Au total, nous avons ainsi testé 38.000 personnes, des résidents bien sûr mais aussi des élèves scolarisés ou des salariés. 

Pharmaciens et médecins ont ensuite de leur côté réalisé 6.000 tests. Au total, cela fait donc 44.000 tests. Ils nous ont été très utiles, car nous avons rapidement observé qu'environ 40% des personnes positives n'avaient développé aucun symptôme. Et ce alors même qu'elles étaient potentiellement contaminantes à un moment donné, et donc dangereuses. Cela nous a permis de vite réaliser qu'il s'agissait d'un virus circulant assez largement sous les radars.

 

Continuez-vous à tester massivement ? 

Plus que jamais, avec des RT-PCR désormais. Pour vous donner un ordre d'idée, on teste à Paris en moyenne 1.571 personnes pour 100.000 habitants chaque semaine, contre 1.768 à Nice ou 2.328 à Marseille. En comparaison, nous en sommes à 5.489. Tous les cas contacts, nous les testons. Les personnes en pré-hospitalisation ? Également. Tout comme celles qui ont accès aux urgences aussi.

Dès la mi-mars, un centre d'appel a été mis en place, 7 jours sur 7, de 8 heures à 20 heures, accompagné d'un centre de suivi des patients positifs. Si l'on est positif, il est obligatoire de le déclarer aux autorités. Un suivi systématique de tous les positifs en ville est déployé, jusqu'à guérison. 

Cette stratégie semble potentiellement difficile à exporter, d'autant que Monaco demeure un petit territoire...

Il y a une densité urbaine importante, c'est certain, mais il y a aussi des moyens. L'État a la capacité d'aller au chevet des personnes, d'effectuer un suivi téléphonique par exemple… Et nous restons dans tous les cas prudents : il y a une importante volatilité de nos chiffres, surtout lorsque l'on sait que les ratios sont en général effectués sur une base de 100.000 ou 1.000.000 d'habitants. Or, nous ne comptons que 38.000 résidents. La situation est assez encourageante mais nous ne sommes pas à l'abri d'un cluster... Heureusement, nous observons comme partout ailleurs que la compréhension du virus s'améliore, tout comme la prise en charge des patients.

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