Passage de 3 à 11 vaccins obligatoires : est-ce vraiment utile ?

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GROS PLAN – Dans son discours de politique générale, Edouard Philippe a confirmé la volonté du gouvernement de rendre onze vaccins obligatoires, contre trois aujourd’hui. Alors que les détracteurs de la mesure commencent déjà à taper du poing sur la table, LCI fait le point avec deux spécialistes sur ses implications.

Peur des effets secondaires, doutes sur l'efficacité, manque de confiance dans l’industrie pharmaceutique… Les Français se méfient des vaccins. Un problème soulevé par un comité d’experts chargé de faire de nouvelles propositions mais son rapport, publié en novembre dernier, préconisait tout de même de rendre onze vaccins obligatoires au lieu de trois aujourd’hui (la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite). 


Cette proposition de la concertation citoyenne sur la vaccination semble avoir trouvé écho auprès du gouvernement d'Edouard Philippe. Dans son discours de politique générale, prononcé à l'Assemblée nationale mardi 4 juillet, le Premier ministre a confirmé le passage de 3 à 11 vaccins obligatoires. A cette occasion, LCI fait le point sur les implications d’une telle mesure avec Odile Launay, coordinatrice du réseau national de recherche clinique en vaccinologie du Centre d’investigation clinique en vaccinologie Cochin Pasteur et Annick Guimezanes, chercheuse à l'INSERM et co-auteure de Vaccination, agression ou protection, (éditions le muscadier Inserm).

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Il y a plus de bénéfices que de risques à faire vacciner son enfant Odile Launay

"La proposition part d’un constat : le taux de couverture des vaccins aujourd’hui recommandés est insuffisant pour prévenir les épidémies, explique Odile Launay. La rougeole revient par vagues d’épidémies depuis 2008 et on observe une augmentation des cas de méningites chez les petits enfants" (dans son interview au Parisien, Agnès Buzyn rappelle que le taux de couverture de vaccination contre cette maladie est de 75 % alors qu’il devrait être de 95 %). Face à ce constat, les autorités sanitaires luttent pour redorer le blason des vaccins, mais la confiance est loin d’être au rendez-vous. La faute aux polémiques- impliquant des vaccins contre le papillomavirus, la grippe H1N1 ou l’hépatite B qui ont secoué le pays. 

Pourtant, la spécialiste est formelle : "Il y a plus de bénéfices que de risques à faire vacciner son enfant". Certes, "il est possible d’avoir des effets indésirables comme des douleurs au niveau de la piqûre, une rougeur, voire de la fièvre lorsque le système immunitaire se met en route mais aucune étude ne prouve de lien avec des effets neurologiques et musculaires à long terme". Même chose pour les adjuvants : "Les sels d’aluminium ne sont pas dangereux, contrairement à ceque certains laissent entendre". 


"Comme tous les médicaments, les vaccins peuvent avoir des effets secondaires, résume Annick Guimezanes. Cependant, il n'y pas de vaccin qui comporte plus de risques qu'un autre."

Rubéole, coqueluche... des maladies pas si anodines

Finalement, la vaccination reste la meilleure des préventions, soulignent les deux scientifiques. "Plus il y a de personnes vaccinées, mieux on se protège soi-même ainsi que le reste de la population qui ne peut pas le faire, comme les personnes immunodéprimées", note le Pr Guimezanes. Même les maladies qui semblent bénignes comme la coqueluche ne le sont pas pour les bébés, "qui peuvent s'étouffer en toussant", relève-t-elle. "La vaccination contre les oreillons prévient la stérilité des garçons à l'âge adulte, celle de la la rubéole protège les femmes enceintes et la bactérie Haemophius influenzae, d'une méningite à l'âge adulte", avertit la chercheuse de l'INSERM. 


Alors, si tous ces vaccins facultatifs sont nécessaires pour la santé des plus jeunes, pourquoi ne pas les avoir rendus obligatoires plus tôt ? "Avant que les polémiques sur certains types de vaccins ne viennent entacher leur réputation, une très grande partie de la population faisait confiance aux vaccins et y avait recours sur simple "recommandation"", détaille notre interlocutrice. Désormais, "cette mesure est nécessaire pour casser une dichotomie 'vaccins obligatoire-recommandés' qui n'a pas lieu d'être". 

Non, il n'y aura pas plus d'injectionsAnnick Guimezanes

Une question se pose : allez-vous devoir faire piquer votre bambin onze fois pour le protéger ? "Non, il n'y aura pas plus d'injections, répond le Pr Guimezanes. Les huit vaccins facultatifs (coqueluche, oreillons, rougeole, hépatite B, rubéole, méningocoque C, pneumocoque et contre la bactérie Haemophius influenzae) respecteront le calendrier vaccinal et seront combinés dans un seul et même produit. 


Ainsi, un vaccin unique suffit pour la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l’hépatite B et l’Haemophius influenzae, une injection supplémentaire sera nécessaire pour la rougeole, les oreillons et la rubéole (à 12 et 16 mois), une autre contre le pneumocoque (à 2, 4 et 11 mois) et une dernière contre le méningocoque C (à 5 et 12 mois).

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Vaccins obligatoires ou recommandés : comment s'y retrouver?

Lorsque cette mesure sera effective, les parents ne pourront normalement pas s’y soustraire. Pour rappel, ne pas faire vacciner son enfant est passible de six mois d’emprisonnement de de 3750 euros d’amende selon le code de la santé publique (article L3116-4). De plus, le code pénal prévoit que le fait de se soustraire à ses obligations légales "au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant" peut valoir jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende. 

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