Pénurie de médicaments : pourquoi la situation s'aggrave ?

Santé

CAUSES - Alors que le ministère de la Santé a dévoilé lundi ses pistes pour lutter contre la recrudescence de produits médicamenteux et vaccins signalés en rupture de stock, et qui reposent sur un meilleur partage de l'information et une meilleure gestion du "circuit du médicament", LCI revient les raisons de cette "crise".

Derrière le comptoir, on observe impuissant les tiroirs de pharmacies se dégarnir, voire se vider. Devant, la situation crée de l'inquiétude et de l'incompréhension. Et pour cause : en dix ans, le nombre de médicaments en rupture de stock a été multiplié par plus de dix, passant de 44 en 2008 à plus de 538 en 2017. "Plus d'un Français sur quatre affirme aujourd'hui avoir été en difficulté pour acheter un médicament courant. Entre 2008 et 2018, c'est près de vingt  fois plus de pénuries signalées", affirmait même la ministre de la Santé, fin mai. 

Mais comment expliquer que ce chiffre ne cesse d’augmenter ? Les réponses convergent vers le même mot : "mondialisation". En effet, alors que 80% des molécules proviennent des Etats-Unis et surtout d’Asie, les demandes sont de plus en plus importantes et les contrôles lors de la fabrication de plus en plus drastiques. 

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Les prix fixés par l'Etat

En premier lieu, les prix fixés par l'Etat sont deux à trois fois moins chers en France qu'ailleurs en Europe, ce qui expliquent que les laboratoires préfèrent vendre à nos voisins. "On est servis après d'autres pays comme l'Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, l'Espagne", souligne Fréderic Bizard, économiste et Fondateur de l'Institut santé. Et de détailler ce qu'il se passe sur le terrain : "Nous voyons la France véritablement reléguée en deuxième voire troisième division en matière de distribution de produits pharmaceutiques."

La pression mondiale

En second lieu, bien souvent, les laboratoires expliquent qu'ils n'arrivent pas à suivre la pression mondiale tandis que la fabrication se fait à flux tendu sur plusieurs sites. Ainsi, un médicament vendu en France peut se voir mettre dans sa boite avec la notice en Pologne, mais avoir été fabriqué dans une autre usine, en Turquie par exemple, qui s'est elle même approvisionnée en matière première en Asie. Dans le même temps, "la demande augmente extrêmement vite" à hauteur de "6% par an," selon Philippe Lamoureux, le directeur général du LEEM (Les Entreprises du médicament).

Les nombreux contrôles

A ces deux éléments de réponse, s'ajoutent des contrôles de plus en plus drastiques lors de la fabrication. Sans compter, qu'au moindre incident, comme l'incendie survenu dans une une importante usine pharmaceutique en Chine en avril dernier, c'est toute la chaîne qui se grippe. "Si vous détectez un problème de qualité, vous allez bien évidemment ne pas distribuer et créer de fait une tension avec une difficulté sur la chaîne de production", poursuit Philippe Lamoureux. "Pour des problématiques de défaut du principe actif lui-même ou de qualité, l’unité de production peut être en phase de tension, voire de rupture, expliquait déjà il y a quelques mois un autre représentant du LEEM, Thomas Borel. Et de conclure : "Je vous rappelle que c’est une chaîne qui est extrêmement surveillée sur le plan de la sécurité et de la qualité."

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