Pénurie de Valsartan : à quoi sert cette molécule ?

Pénurie de Valsartan : à quoi sert cette molécule ?

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ECLAIRAGE - Au lendemain de l'annonce par l'ANSM de nouveaux rappels de Valsartan, des ruptures de stock conséquentes sont attendues. Or, entre 1,2 et 1,5 million de patients en France suivent ce traitement. A quoi sert-il ? Comment agit concrètement la molécule que l'on retrouve dans de nombreux médicaments ?

Entre 1,2 et 1,5 million de patients exposés à une pénurie. Alors que de nouveaux rappels de médicaments à base de Valsartan ont été annoncés jeudi en France par l'agence du médicament (ANSM),  des ruptures de stocks conséquentes, consécutives à une première vague de rappels début juillet sont attendues rapidement. 


A quoi sert cette molécule que l'on retrouve dans de nombreux médicaments prescrits en cas d’insuffisance cardiaque ? Quelles sont les alternatives thérapeutiques disponibles permettant d'assurer une prise en charge optimale des patients actuellement traités  ? 


LCI a demandé au Dr Jean-Michel Race, endocrinologue, et directeur des médicaments en cardiologie à l'ANSM.

LCI - Dans quels cas prescrit-on le plus souvent le Valsartan ?

Dr Jean-Michel Race - Le Valsartan est un anti-hypertenseur et à ce titre, il est prescrit dans la majorité des cas pour de l’hypertension artérielle, précisément pour prévenir les complications de l’hypertension. Car pour rappel, si l’hypertension artérielle est une maladie ce n’est pas tant parce que la tension est élevée, c’est parce qu’elle peut  entraîner un certain nombre de complications. D’ordre cardiaques notamment car elle augmente le travail cardiaque et donc elle fatigue le cœur, mais on sait aussi que l’hypertension artérielle non ou mal traitée est un facteur important de survenue d’AVC. Donc le rôle des anti-hypertenseurs comme le Valtarsan est de soulager le travail cardiaque. Outre les cas d’hypertension, on le prescrit d’ailleurs pour un certain nombre de maladies cardiaques, notamment en cas d’insuffisance cardiaque et de suite immédiates d’infarctus du myocarde. 

En France, entre 1,2 et 1,5 million de personnes sont sous Valsartan d’après les données obtenues grâce aux bases de remboursement de la sécurité sociale.


LCI - Concrètement, comment agit la molécule pour soulager le travail cardiaque ?

Dr Jean-Michel Race - Si l’on schématise, la pression artérielle c’est quoi ? D’un côté, il y a une pompe qui est le cœur qui pousse dans des tuyaux et de l’autre côté il y a des tuyaux qui sont plus ou moins resserrés. Et donc plus les tuyaux sont resserrés plus la pression artérielle est élevée. Le Valsartan agit en relâchant le tonus des vaisseaux sanguins et en diminuant les résistances à l’écoulement du sang dans les vaisseaux ce qui contribue  à la diminution de la pression artérielle.


LCI - Quelles sont les alternatives à ce traitement ?

Dr Jean-Michel Race - Avec le retrait des médicaments à base de Valsartan, il est possible que tous les patients aient des difficultés à s’approvisionner. En prévision de ces tensions, les médecins ont reçu un certain nombre de préconisations. En premier lieu, s’ils ont de nouveaux patients qui nécessitent des traitements hypertenseurs, l’idée est de leur prescrire en priorité plutôt d’autres classes médicamenteuses de façon à ce que le Valsartan soit peut être réservé à des patients plus fragilisés, à commencer par ceux qui souffrent d’une insuffisance cardiaque, ceux à qui on l’a prescrit juste après infarctus du myocarde ou encore ceux  qu’il a été difficile à "équilibrer"(c’est-à-dire qu’on a eu du mal à trouver une association bien supportée et qui fonctionnait pas mal.)


Pour les autres patients, moins fragilisés, on n’est pas du tout dans un cadre où l’on dispose de peu de médicaments. Il y a de nombreuses autres alternatives au Valsartan qu’il s’agisse d’autres sartans au d’autres classes médicamenteuses : il y a les  inhibiteurs des enzymes de conversion, inhibiteurs calciques les bêta-bloqueurs, les diurétiques.

Ce qu’il est important de préciser, c’est que la présence des impuretés qui nous préoccupe ces jours-ci n’expose pas les patients à une toxicité aiguë qui se joue  à quelques semaines ou quelques mois. Elle ne remet pas non en question l’action du médicament. En revanche, ce qui est dangereux instantanément c’est dans la panique, d’arrêter son médicament. La pression artérielle ne serait alors plus contrôlée exposant le patient tout de suite à une risque de complication importante.

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