Pesticides : le chlorpyriphos, dangereux pour le cerveau mais autorisé à cause d'une étude biaisée ?

Pesticides : le chlorpyriphos, dangereux pour le cerveau mais autorisé à cause d'une étude biaisée ?

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AGRICULTURE - Une étude publiée dans la revue scientifique Environnemental Health montre que le chlorpyriphos, un pesticide encore utilisé en France pour la culture des épinards, avait été autorisé par les États-Unis et l'Union européenne sur la base d'une étude qui masquait son danger pour le cerveau.

Après le glyphosate, le métam-sodium ou le chlordécone, un nouveau pesticide pourrait être pointé du doigt : le chlorpyriphos. Utilisé depuis une cinquantaine d'années, son autorisation a été renouvelée dans les années 1990, aux États-Unis et dans l'Union européenne, sur la base d'une étude jugée aujourd'hui biaisée, selon une nouvelle étude parue ce vendredi dans la revue scientifique Environnemental Health.


Cette nouvelle étude  résout en partie une vieille énigme, explique Le Monde qui révèle l'information : " La majorité des agences réglementaires le considèrent comme pas ou peu toxique pour le développement du cerveau, alors que de nombreuses études indépendantes indiquent que les enfants les plus exposés in utero à cette substance voient certaines de leurs capacités cognitives réduites par rapport aux enfants les moins exposés".

Pour renouveler l'autorisation du chlorpyriphos, les autorités sanitaires se sont basées sur l'étude de "neurotoxicité développementale" réalisée par l'entreprise agrochimique Dow, qui commercialise ce pesticide. Cette étude menée sur des rats et fournie à la fin des années 1990 comporte un biais majeur, selon Philippe Grandjean (Harvard School of Public Health, université du Danemark du Sud) et les coauteurs de l'étude publiée dans Environnemental Health.


En effet, pour mesurer l'effet du chlorpyriphos sur le cerveau des rats, Dow "a calculé la moyenne de l'effet produit sur l'ensemble des régions cérébrales analysées, rapportée à l'effet sur le poids du cerveau", expliquent les chercheurs. Le problème, c'est que cette moyenne masque l'impact du chlorpyriphos sur certaines régions particulières du cerveau, notamment le cervelet.

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Autorisé en France, pour les épinards uniquement

Le cervelet est une région située à l'arrière du cerveau chez les humains, particulièrement utile aux fonctions de contrôle moteur, mais également au langage et à la régulation de certaines émotions. Or, les scientifiques ont remarqué que l'expérience de Dow montrait que la taille du cervelet des rats diminuait en fonction de l'exposition au chlorpyriphos. "Aux plus faibles doses d'exposition, la part relative de cette zone dans le cerveau des rats perd de 8 % à 11 %. Et jusqu'à 14 % pour les plus fortes expositions", relève Le Monde.


Le renouvellement de l'autorisation du chlorpyriphos n'a pas donné lieu à des régulations identiques en Europe et aux États-Unis. Par exemple, le seuil limite réglementaire d'exposition en UE est 830 fois plus élevé qu'aux États-Unis depuis sa révision en 2014, mais chaque État européen reste libre d'interdire ou non l'usage du chlorpyriphos. Selon les données de Health and Environment Alliance, un groupe d'ONG environnementales, le pesticide est interdit dans plusieurs pays européens : Danemark, Finlande, Allemagne, Irlande, Lettonie, Lituanie, Slovénie, Suède. En France, il a été banni, sauf pour la culture des épinards.


L'EFSA, l'agence européenne de sécurité sanitaire, doit se prononcer prochainement sur chlorpyriphos, dont l'autorisation expire fin-janvier 2019. Interrogée par Le Monde, l'agence indique d'ores et déjà que cette nouvelle étude, qui met en lumière les failles du système d'évaluation, "sera incluse dans l'examen en cours chlorpyriphos".

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