Peut-on affirmer que "93% des cas contacts s'isolent pour rien" ?

Le gouvernement a misé sur la stratégie du "contact-tracing", avec un succès mitigé.

INDICATEURS - La stratégie du "contact-tracing" est critiquée en ligne, chiffres à l'appui. Des internautes soutiennent que 93% des personnes cas contacts se sont isolées pour rien : nous avons vérifié.

Comme chaque semaine depuis le début de l'épidémie, Santé Publique France met en ligne le jeudi un bulletin épidémiologique hebdomadaire. Un document très détaillé qui fournit de multiples données et que des internautes consultent avec attention.

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Le dernier bulletin en date est avancé par certains pour décrier la politique de traçage des contacts et d'isolement qui en découle. "Présentée par la propagande comme 'primordiale pour casser les chaînes de transmission', la recherche de cas contacts est tout à fait inefficace", peut-on notamment lire. En cause, le fait que "seuls 23% des cas détectés" auraient auparavant "été répertoriés comme à risque", et que "93% des cas contact s'isolent pour rien"

Une interprétation des chiffres officiels

Parmi les éléments fournis par Santé Publique France, il faut se pencher sur les "indicateurs épidémiologiques du suivi des activités de traçage", qui étudient les chaînes de transmission. On découvre en effet pour la semaine du 14 au 20 juin que parmi les nouveaux cas connus, 23,7% avaient été identifiés "comme personnes-contacts à risque". Ce terme, rappelle l'Assurance maladie, désigne un individu qui : "A partagé le même lieu de vie que le cas confirmé ou probable", "a eu un contact direct avec un cas, en face-à-face, à moins d’1 mètre, quelle que soit la durée", "a partagé un espace confiné (bureau ou salle de réunion, véhicule personnel…) pendant au moins 15 minutes consécutives ou cumulées sur 24h avec un cas", ou bien encore "est élève ou enseignant de la même classe scolaire (maternelle, primaire, secondaire, groupe de travaux dirigés à l’université)".

Il est exact également que seuls 7% des "personnes-contacts à risque identifiées en semaine n-1" sont devenues des cas. On note que cette proportion a connu une baisse notable depuis janvier. À une époque où la vaccination ne faisait que débuter, presque 15% des personnes identifiées comme cas contacts à risques attrapaient le virus. Une part de plus en plus importante de la population étant aujourd'hui vaccinée, il est cohérent d'observer cet indicateur à la baisse, une personne vaccinée voyant le risque d'être infectée diminuer. 

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Faut-il voir derrière ces chiffres un échec de la politique gouvernementale, comme le suggèrent des internautes ? En décembre, la commission d'enquête parlementaire sur l'évaluation des politiques publiques face aux pandémies a dressé un bilan "très mitigé" de la politique de traçage. Une efficacité réduite "du fait d'une mise à l'écart du médecin traitant et d'une application en partie contraire à l'intention du législateur", peut-on notamment lire. La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) était d'ailleurs montée au créneau pour déplorer la manière dont les médecins généralistes ont été mis de côté.

D'autres raisons peuvent également être invoquées pour expliquer la faible proportion de cas positifs identifiés grâce au contact tracing. Une mauvaise connaissance des critères tout d'abord, qui peut conduire à désigner des personnes n'ayant en réalité pas été exposées de manière directe. Une autre explication est fournie par Dominique Costagliola, épidémiologiste et directrice de recherches à l'Inserm. Au micro d'Europe 1, elle a mis en avant le fait que l'on ne parvient pas toujours à identifier avec précision les personnes susceptibles d'être cas contact. "C'est en général assez facile de retrouver qui sont les gens de sa famille ou de son entourage professionnel, avec lesquels on a eu des contacts", note-t-elle. "En revanche, si on est allé dans un restaurant, si on est allé dans un bar ou à une réunion à l'extérieur, on a côtoyé des personnes qu'on ne connaît pas."

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