Peut-on attraper le Covid-19 deux fois ? La colle posée aux scientifiques

Une immunité pour les personnes touchées ? La grande interrogation
Santé

CORONAVIRUS - Patients guéris puis de nouveau positifs, singes immunisés, comparaisons aux autres coronavirus... Face à des études contradictoires, les scientifiques cherchent toujours à savoir si le virus peut frapper deux fois au même endroit.

Guérir du Covid-19 signifie-t-il forcément être immunisé par la suite ? C'est la question que se posent les scientifiques depuis le début de la pandémie, sans avoir de réponse à ce stade. Si les experts espèrent qu'il soit impossible d'attraper deux fois le virus, rien n'est définitif. "Nous ne savons pas", admet entre autres Mike Ryan, directeur des programmes d'urgence de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). "Nous pouvons seulement extrapoler à partir d'autres coronavirus et, même pour eux, les données sont limitées", détaille-t-il auprès de l'AFP.

Deux contaminations ou aucune guérison ?

Des rapports venus d'Asie, en particulier de Corée du Sud, faisant état de plusieurs patients guéris puis testés à nouveau positifs, ont été à l'origine de cette inquiétude. "On est en train de se poser la question pour savoir si quelqu'un qui a fait un Covid (...) est si protégé que ça" par la suite, s'est inquiété devant le Sénat, mercredi 15 avril, le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique en France.

Une étude chinoise, non évaluée par la communauté scientifique internationale, a pour sa part montré que des singes infectés par le Sars-Cov-2 - nom scientifique du nouveau coronavirus - puis guéris n'avaient pas pu être réinfectés. Mais "ça ne veut rien dire" sur la durée, estime Frédéric Tangy, chercheur à l'Institut Pasteur, car l'observation s'est déroulée sur un mois, une période relativement courte pour cette étude clinique. Et ne présume donc pas que les animaux testés ne pourraient pas l'avoir à nouveau contracté par la suite.

Devant ces résultats contradictoires, plusieurs scientifiques estiment auprès de l'AFP que l'hypothèse d'une "seconde contamination" est peu probable et privilégient d'autres explications. Il se pourrait notamment que certains patients ne guérissent pas totalement du virus mais soient infectés "de façon chronique". Un peu comme c'est le cas pour le virus de l'herpès qui peut rester dormant et asymptomatique, note François Balloux, du University College de Londres.

Des anticorps vraiment bienfaiteurs ?

Si l'idée d'une contamination à vie fait frissonner, il y a pire. "On ne sait pas si les anticorps que le corps développe lui-même contre le virus ne sont pas un risque d'augmenter la maladie", indique ainsi Frédéric Tangy, soulignant que les pires symptômes du Covid-19 arrivent tardivement... soit au moment où le patient a développé des anticorps.

Une étude réalisée sur 175 patients guéris à Shanghai, et publiée début avril sans évaluation, montre en effet que la plupart d'entre eux ont développé des anticorps neutralisants entre 10 et 15 jours après le début de la maladie. Mais "savoir si la présence d'anticorps signifie immunité est une question différente", a noté Maria Van Kerkhove, autre responsable de la gestion de l'épidémie à l'OMS.

Immunisés... Pour quelques mois seulement ?

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"Etre immunisé, ça veut dire que vous avez développé une réponse immunitaire contre un virus qui va vous permettre de l'éliminer", rappelle le Pr Vivier. "Et comme la réponse immunitaire a une mémoire, ça vous permet aussi de ne pas être réinfecté par le même virus plus tard". Du moins en théorie.

Pour les virus de la même famille que le Sars-Cov-2, il faut "environ trois semaines pour avoir une quantité suffisante d'anticorps protecteurs", détaille Eric Vivier, professeur d'immunologie à l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille. Pour le Sras, qui a fait près de 800 morts dans le monde en 2002-2003, les malades guéris étaient protégés "en moyenne pendant deux à trois ans", indique pour sa part le Pr François Balloux, du University College de Londres. Et puisque le Sars-Cov-2 ne cesse de surprendre les scientifiques, ces derniers estiment encore qu'il est encore "trop tôt" pour établir la durée d'une potentielle immunité. "On peut certainement se faire réinfecter, mais la question c'est : après combien de temps ? On ne saura que rétroactivement", maintient le Pr Balloux.

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