Peut-on légitimement invoquer le Code de Nuremberg pour s'opposer au vaccin contre le Covid ?

Le Code de Nuremberg a fait suite au célèbre procès du même nom.

HISTOIRE - Des internautes multiplient les références au Code de Nuremberg pour justifier leur opposition aux vaccins contre le Covid-19. Le parallèle qu'ils établissent avec les pratiques de médecins nazis est particulièrement abusif et trompeur.

Sur les réseaux sociaux, les groupes rassemblant les opposants à la vaccination sont toujours aussi actifs. Des espaces d'échanges où de multiples arguments sont invoqués pour refuser toute injection de vaccin. Au cours des dernières semaines, de multiples publications ont réalisé des références au Code de Nuremberg, faisant un parallèle avec la situation actuelle. Le message le plus récent en ce sens a été posté sur Twitter par une infirmière : "Je refuse d'administrer le vaccin à quiconque. [...] Je ne souhaite pas commettre une expérience médicale en violation du Code de Nuremberg, une atteinte à l’intégrité d’autrui par administration de substances potentiellement nuisibles." Relayé des milliers de fois, il est pourtant problématique à plus d'un titre.

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Un code rédigé après le procès de Nuremberg

Avant toute chose, rappelons que le Code de Nuremberg auquel il est ici fait référence correspond à une liste de dix critères précisant les conditions indispensables à rassembler pour rendre acceptables les expérimentations scientifiques sur un être humain. Ces critères ont été définis durant le procès des médecins de Nuremberg, qui s'est tenu à l'issue de la Seconde guerre mondiale, jugeant une partie criminels de guerre nazis. Ils ont servi de base à l'accusation des médecins du IIIe Reich poursuivis pour leurs expérimentations, en particulier sur les prisonniers des camps de concentration.

"Depuis des siècles, de nombreuses expériences humaines avaient été réalisées sans le consentement des sujets : mais jamais elles n’avaient atteint un tel degré dans l’horreur", rappelle Bruno Halioua, membre de l'Inserm et du département de recherche en éthique de l'Université Paris-Sud-Paris-Saclay. Stérilisation de masse, inoculation volontaire de différents poisons et maladies infectieuses, sans compter les meurtres réalisés pour effectuer des collections de squelettes... Les chefs d'accusation lors de ces jugements ont fait état d'actes particulièrement sordides, perpétrés à Auschwitz, Ravensbrück et dans bien d'autres camps.

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Bruno Halioua insiste sur le fait que "ce procès des médecins de Nuremberg a constitué à ce titre un événement d’une portée historique fondamentale sur les plans à la fois juridique et médical. Il a contribué à l’émergence de la bioéthique moderne en fixant pour la première fois la légitimité des expériences médicales, tout en mettant en place des limites destinées à protéger les sujets qui y participent". C'est lui qui va notamment poser les bases de ce que l'on nomme aujourd'hui le "consentement éclairé". Une notion centrale à laquelle se réfèrent aujourd'hui des internautes, mais qui est utilisée de manière pour le moins abusive.

"Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel", précise le Code. "Cela veut dire que la personne concernée doit avoir la capacité légale de consentir ; qu’elle doit être placée en situation d’exercer un libre pouvoir de choix, sans intervention de quelque élément de force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie ou d’autres formes sournoises de contrainte ou de coercition ; et qu’elle doit avoir une connaissance et une compréhension suffisante de ce que cela implique, de façon à lui permettre de prendre une décision éclairée." 

Une vaccination encadrée

Invoquer le Code de Nuremberg dans le cadre d'une campagne de vaccination actuelle est totalement inadapté. En l'occurrence, avec le Covid-19, aucune expérimentation n'a été menée sans qu'ait été effectué le recueil du consentement des patients. Ces derniers sont d'ailleurs des volontaires, qui ont pris part aux essais en étant au préalable informés des conditions dans lesquelles les recherches allaient être menées. Et qui pouvaient à tout moment décider de se retirer. Le tout en suivant des protocoles stricts pouvant mener à la cessation des travaux si des problèmes sont rencontrés. L'exact opposé des expériences menées par les nazis, qui faisaient le plus souvent fi de tout protocole scientifique ou code éthique. Des actes qui pouvaient être pratiqués par des personnels peu ou pas qualifiés, sur des victimes qui pouvaient être sélectionnées de manière arbitraires et qui ne pouvaient à aucun moment s'opposer à ce qu'elles enduraient. 

La vaccination de masse qui débute à travers le monde ne peut pas non plus être décrite comme le font certains en ligne comme une vaste expérimentation. S'il est vrai qu'une vigilance particulière est observée au sujet des effets secondaires de long terme en raison de la procédure accélérée qui a permis la mise sur le marché des premiers vaccins, les laboratoires ont montré patte blanche auprès des autorités. Le bénéfice-risque a systématiquement été évalué par les autorités sanitaires, qui se réservent le droit de ne pas entériner la distribution de tel ou tel vaccin s'il déroge aux attentes, notamment en matière de sécurité. Il faut noter que dans la majorité des pays, les organes en charge de ces validations sont indépendants. C'est le cas en France avec l'ANSM, qui est une "autorité administrative indépendante".

Enfin, il faut rappeler qu'à l'heure actuelle, le vaccin contre le Covid-19 n'est pas obligatoire. Nul n'est tenu d'être vacciné, une situation qui n'a donc strictement rien à voir avec celles des détenus qui ont transité avec les camps nazis et qui ont des années durant été utilisés comme des cobayes par des médecins criminels.

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