Points de suture, prescriptions... ces gestes que des "super-infirmiers" vont bientôt pouvoir faire aux urgences

Santé

URGENCES - En visite au CHU de Poitiers lundi soir, Agnès Buzyn a annoncé une série de mesures pour répondre à la crise des urgences, en grève depuis six mois. Parmi elles, la possibilité pour les infirmiers de "faire des gestes qu’ils ne peuvent faire aujourd’hui", à la suite d'un formation "en pratique avancée". Décryptage.

Parmi les propositions, encore floues, pour endiguer le manque de moyens des urgences, celle de la création de postes d’infirmiers en pratique avancée (IPA) a été évoquée par la ministre de la santé, en visite au CHU de Poitiers lundi 2 septembre. En réalité, ce statut d'IPA existe déjà depuis la loi du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé. Jusque-là ouvert à quatre domaines (pathologies chroniques, oncologie, maladies rénales chroniques et récemment psychiatrie et santé mentale), il va bientôt s’étendre aux services des urgences, a affirmé Agnès Buzyn. 

"L’infirmier exerçant en pratique avancée dispose de compétences élargies, par rapport à celles de l’infirmier exerçant en soins généraux. Ses compétences sont validées par le diplôme d’Etat d’infirmier en pratique avancée", peut-on lire sur le site du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). Ce diplôme s’obtient après une formation de deux ans, ouverte aux infirmiers déjà titulaires d’une licence. S’agissant des urgences, les premières formations d’IPA devraient voir le jour à la rentrée 2020. 

C’est un décret de 2004 qui fixe les compétences actuelles des infirmiers : aux urgences, ils prennent notamment en charge l’accueil et l’orientation des patients, la prise des constantes et le nettoyage des plaies avant la visite médicale. Si l’élargissement de leurs tâches n’a pas été détaillé, Agnès Buzyn a déclaré que les infirmiers pourront dorénavant suturer les plaies ou prescrire des examens de radiologie complémentaires. 

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330 000 IPA dans 25 pays

Pour attribuer davantage de compétences au personnel paramédical, la France a pris exemple sur ses voisins Outre-Manche. Car ce statut de "super-infirmier" a vu le jour dans les pays anglo-saxons, dès les années 60. En 2017, on en dénombrait environ 330 000 dans 25 pays, selon les chiffres du Conseil national de l’Ordre des médecins. 

Si certains syndicats attendent la réunion avec la ministre de la Santé, prévue lundi 9 septembre, pour réagir -c’est le cas du collectif Inter-Urgences- d’autres ont paru satisfaits des quelques annonces jetées sur la table. François Braun, président de Samu-Urgences de France, a estimé que ces propositions allaient "dans le bon sens". Thierry Amoureux, porte-parole du SNPI, a réagi auprès de LCI. "On est très content de l’ouverture de la pratique avancée aux urgences. C’est l’aspect intéressant des annonces : le développement des compétences des infirmiers, alors que la réglementation d'aujourd'hui les bride, ce qui permet de répondre au manque de médecins urgentistes." 

Des "mesurettes"

Une bonne nouvelle à relativiser toutefois, selon Thierry Amouroux : "Indépendamment des annonces faites par la ministre, la situation se dégrade à l’hôpital". En cause ; le nombre de lits qui diminue toujours et un manque accru de moyens, que les 70 millions d’euros débloqués par le gouvernement n’ont pas réussi à résoudre. "Là-dessus, Agnès Buzyn ne répond pas du tout à l’urgence actuelle" Même son de cloche du côté de Bruno Huet, Secrétaire général adjoint du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA). "On est sur des mesurettes. Le vrai sujet, c’est d’augmenter le nombre de médecins généraliste pour avoir un répondant. Or, il y aura 30 % de médecins généralistes en moins d’ici cinq ans." 

Celui qui est également infirmier anesthésiste l’affirme : en pratique, la prescription de radios par des infirmiers "se fait déjà en catimini dans pleins de services d’urgence". La mesure servirait donc simplement à "figer cela dans le marbre". Sur environ 528.000 infirmiers salariés en France en 2016, 5 000 devraient être formés en pratique avancée, et ce sur l’ensemble des filières, explique Thierry Amouroux pour qui "c’est trop peu". Agnès Buzyn compte détailler ces mesures auprès des partenaires sociaux le 9 septembre prochain, pour un rapport finalisé début octobre. 

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