Polynésie : trop peu de données pour établir un lien entre cancers et essais nucléaires, selon l'Inserm

Il y a trop peu de données pour établir ou exclure un lien entre les essais nucléaires réalisés en Polynésie française et des pathologies telles que le cancer, estime l'Inserm dans un rapport.

RADIOACTIVITÉ - Dans un rapport à paraître mercredi, l'Inserm conclut à un manque de données pour établir un lien entre cancers et essais nucléaires, après sept années d'enquête. Selon les experts, d'autres études sont nécessaires.

Le taux d'incidence des maladies graves en Polynésie n'aura pas suffi à faire pencher la balance. Dans un rapport à paraître mercredi, les dix experts réunis par l'Institut français de la recherche médicale (Inserm) font savoir que les résultats des études menées en Polynésie française suite aux nombreux essais nucléaires menés par la France "sont insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l'exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l'occurrence" de pathologies comme le cancer de la thyroïde ou les hémopathies malignes. Mais les rares études épidémiologiques "ne permettent pas non plus d'exclure l'existence de conséquences sanitaires qui seraient passées inaperçues jusqu'à présent", nuance ce rapport commandé en 2013 par le ministère de la Défense.

Un manque de données handicapant pour les recherches des experts

Entre 1966 et 1996, la France a réalisé 193 essais sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, dans l'archipel des Tuamotu, dont 46 essais atmosphériques les huit premières années. Le groupe d'experts pluridisciplinaire réunissant des compétences en sociologie, épidémiologie, dosimétrie, radiobiologie et génétique a établi un bilan des connaissances actuelles sur l’association entre essais nucléaires et santé humaine. Ils ont analysé pour ce faire 1.150 documents et études portant sur la Polynésie française et sur d'autres sites où ont eu lieu ces essais nucléaires. Car compte tenu de la rareté des études épidémiologiques spécifiques à la Polynésie française, l’analyse a été élargie aux données disponibles sur les dommages sanitaires des essais nucléaires atmosphériques réalisés par d’autres pays, notamment par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’ex-URSS.

D'autres facteurs de risques pointés du doigt pour les pathologies constatées

Soulignant à plusieurs reprises le manque d'études complètes pour établir l'impact des essais sur la santé des Polynésiens, les experts ont estimé que "ces résultats et la rareté des données justifient la nécessité d'envisager d'autres approches afin d'évaluer les conséquences sanitaires des retombées des essais nucléaires en Polynésie française". S'ils reconnaissent néanmoins avoir constaté une incidence très élevée de cancers de la thyroïde en Polynésie française - "Sur la période 1998-2002, elle est même la plus élevée au monde, avec celle de la Nouvelle-Calédonie", écrivent-ils - les chercheurs n'établissent pas de lien avéré avec les essais nucléaires. Ils pointent aussi d'autres facteurs de risques pour les pathologies constatées, comme le tabagisme, la forte consommation d'alcool ou l'obésité. Cependant, les auteurs du rapport reconnaissent n'avoir pas étudié toutes les conséquences sanitaires potentielles des essais nucléaires comme les effets psychosociaux, ou la toxicité chimique des radionucléïdes.

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Dans ses conclusions, le rapport recommande une amélioration de la surveillance sanitaire des pathologies non transmissibles, comme les cancers, les maladies cardiovasculaires et les anomalies congénitales. Il estime nécessaire d'affiner les estimations de doses reçues par la population locale. Il propose enfin de réaliser une veille attentive et rigoureuse de la littérature scientifique internationale sur les effets des faibles doses de rayonnements ionisants.

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