Recherche : des centaines de Britanniques volontaires pour être infectés au Covid-19

Recherche : des centaines de Britanniques volontaires pour être infectés au Covid-19

TESTS - Au Royaume-Uni, des chercheurs comptent infecter volontairement des dizaines de jeunes volontaires pour ensuite tester différents vaccins. Une première mondiale qui divise.

"Des centaines de jeunes gens au Royaume-Uni et ailleurs se sont déjà inscrits" pour participer à cette première mondiale, fait savoir à l'agence de relations publiques britannique Science Media Center (SMC) Dominic Wilkinson, professeur d'éthique médicale à l'université d'Oxford. Au Royaume-Uni, les avis sont divisés autour de recherches que comptent mener plusieurs chercheurs de l'Imperial College de Londres. Ceux-ci ont l'intention d'infecter volontairement plusieurs dizaines de volontaires au Covid-19 et les scruter pour faire avancer la recherche, en vue notamment de la mise au point d'un vaccin.

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Des volontaires âgés de 18 à 30 ans infectés par le nez

La phase initiale de l'étude, qui devrait débuter en janvier, impliquera une petite centaine de volontaires âgés de 18 à 30 ans et en bonne santé, sans antécédents médicaux. Les "cobayes humains" seront infectés "par le nez", une "voie naturelle" qu'emprunte le virus, a déclaré sur BBC Radio 4 Peter Openshaw, professeur de médecine expérimentale à l'Imperial College de Londres, qui codirige les travaux. Ils seront ensuite mis en quarantaine au Royal Free Hospital de Londres où ils subiront des examens quotidiens, voire toutes les heures, sur deux à trois semaines. Cette étape visera à déterminer la quantité minimale de virus nécessaire pour provoquer une infection active et mesurable dans leur système respiratoire supérieur. Ils se verront ensuite administrer le médicament antiviral remdesivir, dont Donald Trump a pu bénéficier lorsqu'il a été hospitalisé et dont l'utilisation a été autorisée temporairement pour le traitement du Covid-19 dans une cinquantaine de pays.

"Le grand avantage de ces études sur des volontaires est que nous pouvons regarder chaque volontaire avec beaucoup d'attention, non seulement pendant l'infection mais aussi avant l'infection, et que nous pouvons surveiller ce qui se passe à chaque étape, y compris avant que les symptômes ne se développent", a ajouté le chercheur.

Un peu plus tard, au printemps, les scientifiques espèrent recruter davantage de volontaires, qui se verront inoculer des vaccins prometteurs, puis exposés au virus pour voir à quel point ceux-ci les protègent. Tous les volontaires seront dédommagés financièrement et suivis jusqu'à un an après avoir participé à l'étude pour vérifier les effets secondaires.

Des recherches qui divisent

Le gouvernement britannique a déjà investi près de 37 millions d'euros dans ces recherches, qui présentent l'avantage de travailler sur un nombre de patients beaucoup plus faible que les essais cliniques pour des vaccins, qui impliquent jusqu'à des milliers de volontaires. "De petites centaines ou quelques dizaines de volontaires" permettent d'avoir une "idée très nette sur le fait de savoir si un vaccin va fonctionner" et sur "la manière dont il agit", apportant de précieuses informations sur l'évolution de la recherche, indique le professeur Openshaw. 

Pour autant, ce type d'essais ne va pas sans poser des questions morales. Certains scientifiques émettent des réserves quant à l'exposition des volontaires à un virus potentiellement mortel, pour lequel il n'existe pas de remède. Mais les partisans, eux,  font valoir que les risques pour les personnes jeunes et en bonne santé sont faibles et les avantages pour la société élevés. "Notre priorité numéro un est la sécurité des volontaires", a souligné auprès de l'AFP le docteur Chris Chiu, qui conduit ces recherches au département des maladies infectieuses à l'Imperial College. "Les chances pour quelqu'un âgé de 20 ou 30 ans de mourir du Covid-19 sont à peu près les mêmes que le risque annuel d'être tué dans un accident de voiture", ajoute dans un communiqué de l'agence SMC Julian Savulescu, qui dirige le centre d'éthique pratique de l'université d'Oxford. "C'est un risque raisonnable à prendre, particulièrement pour sauver des centaines de milliers de vies".

Au-delà de l'éthique de telles recherches, plusieurs scientifiques émettent aussi des doutes quant aux conclusions qui pourraient être tirées en raison du jeune âge et de la bonne santé des volontaires, car certains facteurs limitent la comparaison avec une exposition naturelle au virus. Mais pour la société pharmaceutique hVivo, chargée de recruter les volontaires et d'effectuer les tests et contactée par le Washington Post, il devrait être possible d'atteindre "l'objectif avec seulement 10, 20, peut-être même 30 personnes…" pour ensuite "passer aux tests de vaccins".

Des essais similaires déjà utilisés de longue date

Le recours à de tels essais remonte à la fin du 18e siècle, alors que le physicien anglais Edward Jenner inoculait à un garçon de 8 ans le virus de la variole de la vache pour le protéger de la variole. Ces recherches ont mené à la mise au point du premier vaccin au monde. Depuis, cette méthode a été utilisée pour développer les vaccins contre la grippe, la typhoïde, le choléra, la dengue ou encore la malaria.

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