Précarité menstruelle : une étudiante sur 10 fabrique ses protections périodiques

Précarité menstruelle : une étudiante sur 10 fabrique ses protections périodiques

HYGIÈNE - Déjà touchées de plein fouet par la crise liée au Covid, les étudiantes sont aussi confrontées à la précarité menstruelle. Selon une enquête de la FAGE et d'autres associations, publiée lundi 8 février, un tiers des répondants estiment avoir besoin d'une aide financière pour acheter leurs protections périodiques.

La précarité menstruelle touche plus d'une femme sur dix en France. Près de 1,7 million d'entre elles n'auraient pas les moyens d'acheter des protections périodiques, selon l'association Règles élémentaires. En moyenne, l'hygiène menstruelle représenterait un coût de 90 euros par an (7,50 euros par mois), soit 3420 euros au cours d'une vie, sans compter les anti-douleurs, les différents sous-vêtements et linge de lit, qui peuvent être abîmés par le sang des règles. Parmi ces femmes, nombreuses sont des étudiantes. 

À l'heure du Covid, où des milliers de jeunes basculent dans la précarité, faute d'argent, une étude de la FAGE, la première organisation étudiante, publiée ce lundi 8 février, offre un éclairage nouveau sur leurs difficultés. Sur les plus de 6500 étudiants interrogés, parmi lesquels des minorités de genres, comme des personnes non binaires (1,32%) et des hommes transgenres (0,6%), 13% déclarent avoir déjà dû, faute de moyens, choisir entre acheter des protections périodiques et un produit de première nécessité. Plus inquiétant encore, 33% jugent avoir besoin d'une aide financière pour s'en procurer.

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"Avant l'enquête Ipsos commandée par la FAGE lors du premier confinement, il n'existait aucune donnée sur la précarité menstruelle étudiante en France", expliquent dans un communiqué Paul Mayaux, président de la Fage, et Fanny Toussaint, présidente de l'ANESF. "Le fait qu'un tiers des répondant.e.s aient déclaré rencontrer des difficultés financières pour se procurer des protections périodiques a été un vrai déclencheur pour réaliser cette enquête ayant pour objectif de dresser un état des lieux de la situation chez les étudiant.e.s dans leur rapport aux menstruations, ainsi que dans leurs besoins quotidiens."

Un enjeu de santé publique

Chez ces jeunes précaires, les protections hygiéniques représentent un budget conséquent. 48% des individus sondés déboursent en moyenne 5 à 10 euros chaque mois à cet effet. La note peut grimper jusqu'à plus de 20 euros, chez la moitié des répondants, en raison d'autres dépenses connexes liées aux règles. Faute d'argent, une personne menstruée sur 10 explique avoir déjà fabriqué ses propres protections périodiques, et une sur 20 affirme utiliser du papier toilette. 

Se noue alors un enjeu de santé publique. N'ayant pas assez de protections, les étudiants ont tendance à prolonger leur utilisation, augmentant le risque d'un choc toxique. "Un accès à des protections périodiques en nombre suffisant est crucial pour la santé des personnes menstruées, afin de pouvoir en changer régulièrement et de limiter les risques", écrit la FAGE, qui réclame des "prix accessibles" et la transparence des marques de protections périodiques sur leurs compositions. "Chaque étudiant.e menstrué.e doit avoir accès à des protections périodiques de son choix, et cela peu importe sa situation financière."

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VIDÉO - Infographie : Mais combien coûtent réellement les protections hygiéniques ?

L'éducation pour briser le tabou

"La précarité menstruelle est de plus en plus abordée par le gouvernement", salue toutefois l'organisation étudiante. En 2018, la taxe sur les protections a été abaissée de 20 à 5,5%. En 2021, l'État porte à 5 millions d'euros le budget allouée à cette cause. Le conseil régional d'Île-de-France a voté jeudi 4 février la création d'un fonds de soutien permettant à ces établissements, facultés et résidences étudiantes, de s'équiper de distributeurs de protections périodiques gratuites et en libre-service.

Fort de ces avancées, la FAGE appelle à aller plus loin, en s'inspirant de l'exemple de l'Écosse, premier pays en 2020 à rendre les protections périodiques accessibles gratuitement. "Des solutions au long terme pourraient être envisagées comme la mise en œuvre d'une enveloppe financière pouvant être distribuée à chaque personne menstruée prenant en compte l'intégralité des dépenses de l'année", défend-elle, prônant "une refonte structurelle des aides sociales" pour les étudiants.

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Plus largement, la FAGE recommande "l'amélioration de la sensibilisation et de la prévention sur les règles et les maladies qui y sont associées, dans un cadre scolaire, mais aussi périscolaire et universitaire". Selon l'enquête, 10% des individus déclarent avoir déjà manqué le travail ou les cours par peur des fuites et que leurs règles soient vues. "Ce tabou, pouvant créer une véritable honte, vient fragiliser l'image de soi, et peut avoir de véritables conséquences sur la vie des individus ayant leurs règles."

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