Prélèvement d'organes : bientôt plus de greffes (et moins d'opposition)

Prélèvement d'organes : bientôt plus de greffes (et moins d'opposition)

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FIN DE VIE – L'hôpital d'Annecy est le premier en France à pouvoir pratiquer des prélèvements d'organes sur des patients décédés après la décision d'arrêt des traitements les maintenant en vie. L'objectif : permettre davantage de transplantations en respectant la volonté des patients.

Le centre hospitalier Annecy Genevois est officiellement autorisé à réaliser des prélèvements d'organes dits de Maastricht III, a annoncé l'Agence de biomédecine le 2 décembre. C'est-à-dire que les praticiens ont le droit de prélever des organes sur des personnes plongées généralement dans des comas irréversibles et qui décèdent à la suite d'une limitation ou d'un arrêt des traitements (LAT) qui les maintenaient en vie (voir encadré).

La décision d'arrêter les soins séparée du don d'organes

L'Agence a mis en place un protocole assurant l'"étanchéité" entre l'équipe de réanimation et celle qui gère la procédure du don d'organes. Ce qui signifie que l'arrêt des soins ne peut être accéléré dans l'optique de greffer un patient en attente de greffon. Elle rappelle aussi que "la démarche auprès des proches est réalisée avec un délai entre l'information sur la décision de LAT et celle du don d'organes".

Pas de crainte alors que les familles aient cette impression qu'on accélère la mort de leur proche ? Au contraire, juge auprès de metronews le docteur Didier Dorez, responsable de la coordination des dons d'organes et de tissus (CDOT) au centre hospitalier d'Annecy : "On a le temps d'expliquer ce qu'il se passe et l'entourage d'assimiler la situation, étant donné que l'arrêt des soins ne subit pas autant de contraintes temporelles qu'une mort encéphalique."

Les proches accepteront plus le prélèvement

En outre, "ces cas de limitation ou d'arrêt des traitements, en général de l'assistance respiratoire, c'est 17% des patients en réanimation. Il ne s'agit donc pas de pratiques exceptionnelles. Les équipes ont l'habitude d'accompagner les proches", insiste le docteur Dorez. Et l'évocation de l'arrêt des traitements intervient après plusieurs entretiens avec les proches, en moyenne sept à dix jours après l'hospitalisation en réanimation. "C'est une décision rapide mais pas urgente."

Après cette première étape, l'équipe de coordination prend la relève et s'entretient avec l'entourage pour recueillir la non-opposition du potentiel donneur. "Les proches sont dans une attitude plus réceptive." Le responsable de la CDOT à Annecy pense que le taux d'opposition de la famille au prélèvement, actuellement de 34% en France (28% à Annecy), sera moindre grâce à ce "temps de dialogue".

EN SAVOIR + >> Le don d'organes : mode d'emploi

Respecter la volonté des donneurs potentiels

L'objectif : augmenter le nombre de transplantations et réduire la liste des patients en attente de greffe. D'après les estimations du docteur Dorez (et sachant que seuls les patients de moins de 60 ans sans contre-indications seront prélevés), cinq à sept personnes pourront être prélevées par an après arrêt des traitements au CHU d'Annecy. Chaque année, en moyenne, quinze patients en mort encéphalique et neuf décédés après un arrêt cardiaque sont prélevés dans cet établissement hospitalier.

Cette nouvelle procédure a aussi pour avantage de respecter la volonté des personnes pro-actives vis-à-vis du don d'organes et dont la volonté ne pouvait pas être satisfaite jusqu'à présent, rappelle le médecin. Or de plus en plus de proches vont alerter les équipes hospitalières et leur dire que la personne dans le coma n'aurait pas voulu être dans cet état-là. "Le don d'organes, c'est un prolongement de la réflexion sur la fin de vie."

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