Premiers secours en santé mentale : et si vous deveniez "secouriste psy"

Sacha, 18 ans, est en première année de médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle

SANTÉ MENTALE - Avec la pandémie, la demande de "formations premiers secours en santé mentale" est en forte hausse. Un dispositif qui a fait ses preuves comme à l'université Clermont-Ferrand. Objectif désormais : 750.000 secouristes - particuliers, salariés, étudiants - formés en France d'ici 2030.

C'est une énième commission de discipline qui a été déterminante. Il y a 15 ans, l'Université de Clermont-Ferrand devait trancher sur le sort d'un élève qui avait agressé d'autres étudiants et des professeurs pendant un cours. L'étudiant avait expliqué que ses camarades lui avaient "envoyer des mauvaises ondes qui l'empêchaient d'écrire", raconte Laurent Gerbaud qui dirige le pole santé handicap étudiant de cette université.

 "On s'est rendu compte en examinant son dossier, qu'il avait eu des problème d'invalidation de stage, d'échec aux examens, alors que c'était un élève brillant et qu'on aurait du le voir depuis deux ans. Personne n'avait réalisé que son comportement était lié à des troubles psychologiques."  C'est à partir de ce moment là que l'idée de former le personnel enseignant à détecter le mal être étudiant a commencé à faire son chemin dans cette université.

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Il faut inciter les étudiants à consulter

Depuis 12 ans, le service de santé universitaire de Clermont-Ferrand organise des journées de formation aux premiers secours en santé mentale. L'objectif est à la fois, d'éviter l'exclusion et le repli sur soi des étudiants qui souffrent de troubles psychologiques et d'armer leur entourage pour qu'il puisse réagir.  "Les enseignants ne peuvent pas s'improviser thérapeutes, mais ce qui est important c'est de les aider à repérer les troubles d'ordre psychologiques pour qu'ils puissent aider et orienter les élèves" développe le professeur Laurent Gerbaud. "La bonne réaction dans ces cas là, c'est d'inciter l'étudiant à consulter, même simplement une infirmière dans un premier temps, mais il faut en parler à quelqu'un."

Parmi les pathologies psychiatriques les plus fréquentes chez les étudiants, la schizophrénie et la bipolarité. "C'est plutôt logique si on considère qu'entre 2 et 5% des Français sont soit l'un soit l'autre et que ce type de pathologie se développe entre 18 et 22 ans, donc à l'université." 

Il faut être particulièrement attentif aux ruminations, aux personnes "qui répètent en boucle une idée, que ce soit des ruminations anxieuses du type 'je n'y arriverai jamais' ou suicidaires. Il y a aussi les pensées délirantes où les individus se croient victimes de complots, entendent des voix. Dans ces cas là on peut déclencher des hospitalisations." Si un professeur repère ce type de symptôme, il doit contacter le service de santé universitaire (SSU) pour que l'étudiant soit pris en charge. 

Souvent les personnes qui vont mal sont clandestines et s’auto-censurent- Frank Bellivier, délégué ministériel à la Santé mentale et à la psychiatrie.

Cette expérience clermontoise a fait tache d'huile au niveau national. Depuis avril 2019, l'association Premiers secours en santé mentale France organise des formations de deux jours, accessibles aux entreprises et aux universités, comme aux particuliers.  Les futurs "secouristes" y sont préparés à repérer quatre symptômes particuliers :  l'anxiété, la dépression, l'abus de substance et les idées suicidaires.  Ces formations s'adressent à tous. Particuliers, étudiants, salariés en entreprise, etc... "Il y a beaucoup de jeux de rôle et de mise en situation. L'objectif est d'apprendre comment on aborde une personne en difficulté et comment se fait la médiation vers les soins, car souvent les personnes qui vont mal sont clandestines et s’auto-censurent", explique Frank Bellivier, délégué Ministériel à la Santé Mentale et à la Psychiatrie.  

Avec le Covid, le besoin en "secouristes psys" est encore plus prégnant. "On parle beaucoup plus de la santé mentale depuis le covid", justifie Frank Bellivier. 80 formations sont prévues pour le mois de mars 2021, "c'est le nombre le plus élevé depuis qu'on a lancé le dispositif", précise l'une des membres de l'association. 

Mi-mars, 4803 secouristes et 187 formateurs avaient été formés et les objectifs pour 2030 ont été revus à la hausse depuis le début de la crise sanitaire. "Grâce à la visibilité que nous avons aujourd'hui, nous avons modifié nos objectifs. Nous souhaitons atteindre la barre des 750.000 secouristes pour 2030 - contre 500.000 envisagés - et 3000 formateurs - contre 1400 envisagés -", a précisé l'une des membres de l'association.  

Neuf psychologues pour 38.600 étudiants

Au SSU de Clermont Ferrand, neuf psychologues et psychiatres sont mobilisés pour orienter et accompagner les 38 600 étudiants de la ville. En moyenne, 600 étudiants sont suivis par an, pour un total de 1800 consultations. "C'est peu mais on n'est pas si mal loti par rapport aux autres universités françaises, c'est quasiment trois fois plus que la moyenne nationale", détaille le professeur qui déplore le manque de moyens alloués à la santé mentale.

 "Le plus gros problème auquel nous devons faire face aujourd'hui, c'est que les services de psychiatrie sont débordés. Il n'y a pas assez de lits, donc un étudiant hospitalisé pour bouffée délirante va rester trois jours alors qu'une hospitalisation de 15 jours aurait été recommandée. On gère comme on peut face au manque de moyens."  

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Une situation que la crise sanitaire n'a évidemment pas amélioré. "En temps normal, nous avons une liste d'attente de cinq à huit étudiants en moyenne. Au mois de septembre nous sommes montés à 80. Depuis ça s'est plus ou moins stabilisé mais par exemple nous avons remarqué les deux dernières semaines quand nous parlions de reconfinement, un allongement de la liste."

Depuis le début de la crise sanitaire, l'état de santé mentale des Français se détériore. Selon une étude menée par Santé publique France, en novembre 2020, 34% des Français présentaient soient un trouble anxieux soit un trouble dépressif, soit les deux. 

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