Prix, délais, qualité : trois questions sur la nouvelle sécurité sociale étudiante prévue pour la rentrée 2018

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CHANGEMENT - Le gouvernement a annoncé ce lundi le rattachement des étudiants au régime général de la sécurité sociale à partir de la rentrée 2018, alors qu'ils dépendaient jusqu'ici des mutuelles étudiantes, dont la gestion était très critiquée.

C'est une petite révolution qui s'annonce pour les étudiants. À partir de la rentrée septembre  2018, ils seront rattachés au régime général de la sécurité sociale. Jusqu'ici, les étudiants dépendaient de mutuelles qui faisaient office d'intermédiaires entre les bénéficiaires des soins et l'assurance maladie. Un système mis en place en 1948 mais de plus en plus critiqué pour son coût et la qualité du service rendu aux étudiants.

Comment ça va marcher

Dans l'actuel système, les étudiants non-boursiers de 20 ans ou plus doivent payer, lors de leur inscription dans le supérieur, 217 euros de cotisation de sécurité sociale. Tous les étudiants doivent en plus payer 5,10 euros de "médecine préventive" et peuvent, s'ils le souhaitent, verser 10 et 30 euros au SUC et au SUAPS, qui gèrent les activités culturelles et sportives. Pour verser les 217 euros de cotisation de sécurité sociale, les étudiants ont le choix entre deux mutuelles : la LMDE ou l'une des mutuelles régionales (SMEREP, SMEBA, etc). 


Dans la nouvelle organisation appliquée à la rentrée 2018, les étudiants ne paieront qu'une seule cotisation : la "contribution vie étudiante", qui donnera accès à toutes les prestations citées précédemment. Celle-ci sera gratuite pour les étudiants boursiers. Cette cotisation se montera, selon un document du ministère de l'Éducation supérieure distribué à la presse, à 60 euros pour les étudiants de 1er cycle, 120 euros pour ceux en deuxième cycle et 150 euros pour ceux en troisème cycle.

Pourquoi le système des mutuelles étudiantes est si critiqué ?

Depuis de nombreuses années, le système des mutuelles étudiantes est très critiqué pour son coût et le niveau de service rendu aux étudiants. Un premier rapport parlementaire pointe en 1999 les dépenses élevées de communication des mutuelles, causées par la concurrence qu'elles se livrent pour attirer dans leur giron les étudiants. 


"Les mutuelles sont remboursées dans tous leurs frais par l'argent public. Et plus elles comptent d'inscrits, plus elles touchent de l'argent", dénonce l'UFC-Que Choisir en 2012. L'association de consommateurs affirmait que les mutuelles étudiantes ont coûté 93 millions d'euros en 2013, pour 681 millions d'euros de prestations santé. Les coûts de fonctionnement seraient ainsi trois fois plus élevés que ceux de l'assurance maladie (13,7% au lieu de 4,5%). 


Dans son étude, UFC-Que Choisir pointe également les nombreux dossiers égarés par les mutuelles, les retards dans les envois de carte Vitale (plus de 3 mois pour un tiers des nouveaux inscrits), et la forte proportion d'appels téléphoniques non traités (55% au moment de l'étude). 

Quelles seront les économies réalisées ?

Selon un rapport de la Cour des comptes datant de 2013, le rattachement des étudiants au régime général permettrait d'économiser 69 millions d'euros par an. Le gouvernement avance, pour sa part, que ce rattachement "permettra de rendre immédiatement 100 millions d’euros de pouvoir d’achat pour les étudiants", sans préciser son calcul. 


"L’intégration au régime général serait une source d’économies conséquentes, de l’ordre de 50 millions d’euros", estime Mathieu Escot, responsable des études à l'UFC-Que Choisir, dans Le Monde


La Fage, syndicat étudiant réformiste devenu en 2016 le premier syndicat étudiant, défendait cette mesure, promise par Emmanuel Macron pendant sa campagne. L'Unef, deuxième syndicat, s'y oppose, mais est régulièrement critiqué pour ses liens avec la LMDE. Un article du Monde révélait en 2013 que la vingtaine d'administrateurs de la LMDE, tous issus de l'Unef, se partageaient 250.000 euros d'indemnités alors qu'ils étaient censés travailler "bénévolement". La LMDE a également sponsorisé, affirme Le Monde, des congrès de l'Unef en échange de distributions de préservatifs ou de publicité. Pour l'UFC-Que Choisir, "le syndicat est financièrement dépendant des largesses de la LMDE, dont il a toujours tenu le conseil d’administration".

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