Professeur Hofman : "Détecter le cancer du poumon plus tôt"

Santé
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INTERVIEW – L’équipe de recherche niçoise du professeur Paul Hofman vient de découvrir une méthode pour détecter le cancer du poumon des années avant qu’il soit visible par imagerie médicale. Une première mondiale qui permet de prendre en charge les malades de manière précoce.

Comment avez-vous réussi à détecter le cancer du poumon bien avant qu’il ne soit visible par imagerie ?
Nous avons mis au point un test sanguin particulier, baptisé ISET, qui permet de trouver dans le sang des patients à risque des cellules cancéreuses circulantes, des "sentinelles", qui précèdent l’apparition des nodules cancéreux. Cette détection intervient plusieurs mois à plusieurs années en amont.

EN SAVOIR + >> Dépister le cancer du poumon grâce à une simple prise de sang

Quelles sont les conséquences de cette découverte pour le patient ?
En détectant le cancer du poumon de manière précoce, nous pouvons anticiper la prise en charge et améliorer les soins. Cela permet la mise en place de thérapie ciblée, essentielle pour la médecine de demain. Une prise de sang est également bien moins difficile qu’une biopsie pour tester un patient.

Quels ont été les résultats pour les patients testés ?
Nous avons étudié un groupe de 245 sujets à risque de cancer du poumon. Des très gros fumeurs, dont 168 patients sont atteints de bronchopathie chronique obstructive. Ils ont été testés avec la prise de sang ISET. Chez cinq de ces patients, des cellules cancéreuses circulantes ont été identifiées alors que l’imagerie ne révélait rien. Entre un à quatre ans après cette détection par ISET, un nodule cancéreux est devenu détectable chez ces cinq patients. Leur cancer du poumon a pu être pris en charge immédiatement et, un an après la chirurgie, aucun n’a montré de signe de récidive.

Quand ce test sera-t-il commercialisé ?
Avant la commercialisation, il faut d’abord attendre la validation du test à grande échelle. Nous souhaitons lancer une étude nationale, à Grenoble, Nancy, Paris et Toulouse pour que d’autres équipes valident ces résultats sur 2000 à 3000 patients. Pour le moment, deux brevets sur cette technique ont été déposés par le CHU de Nice, l’INSERM mais aussi par la compagnie Rarecells Diagnostics, car cette étude est issue d’un partenariat public-privé.

Comment poursuivre ces études ?
En plus de la généralisation de l’étude, je travaille sur la caractérisation génétique de ces cellules tumorales pour comprendre d’où elles viennent dans l’organisme. Etudier la génétique des cellules cancéreuses permettra également d’améliorer la thérapie ciblée.

En créant un "test du cancer du poumon", ne craignez-vous pas que les fumeurs soient moins incités à arrêter le tabac ?
Il faut rester très vigilant et ne pas tomber dans cet extrême. Il faut avant tout continuer la prévention contre le tabagisme mais aussi s’inquiéter de l’incidence de la pollution atmosphérique sur les cancers du poumon. Aujourd’hui, 11% des malades ne sont pas fumeurs alors qu’ils n’étaient que 3% il y a quelques années.

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