Que risque un bébé né prématurément ?

Que risque un bébé né prématurément ?

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NAISSANCE - A Poitiers, les parents de Titouan, né cet été quatre mois avant la date du terme de la grossesse réclament la fin de ce qu'ils estiment être un "acharnement thérapeutique" sur leur bébé. Quels sont les risques pour l'enfant d'un accouchement prématuré ? Metronews a demandé l'avis d'un spécialiste de la réanimation néonatale.

Les parents de Titouan, né le 31 août, quatre mois avant la date du terme de la grossesse, demandent l'arrêt des traitements pour éviter à leur grand prématuré "une vie de handicaps". Le CHU de Poitiers, où est soigné l'enfant, a sollicité l'avis d'autres spécialistes sur ce problème éthique. Quels risquent encourt un bébé né bien avant le terme ? Eléments de réponse avec le Dr Patrick Daoud, chef du service de réanimation néonatale de l'hôpital André Grégoire, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Quels sont les dangers d'une naissance prématurée ?
Un prématuré est un bébé naissant avant 37 semaines de gestation [soit trois semaines avant la date prévue, ndlr]. On parle de grand prématuré avant 32 semaines [dans le 8e mois], et de très grand prématuré avant 28 semaines [dans le 7e mois]. L'être humain est fait pour naître à terme, après 40 semaines de grossesse. Avant cela, le bébé risque d'avoir des organes miniatures, dont certains éléments vitaux comme le cerveau, qui peuvent subir des dégâts. Le bébé est alors placé sous assistance, le plus souvent pour aider les fonctions respiratoire et cardiaque. Il faut aussi assister l'alimentation et la croissance car il n'est pas du tout autonome sur le plan digestif.

Ces bébés ressentent-ils de la douleur ?
Oui, nous avons une échelle d'évaluation de leur douleur en fonction des attitudes, des grimaces ou de la fréquence cardiaque, même s'il est plus facile de déterminer la douleur des bébés nés à terme. Dès lors que l'enfant souffre, si un traitement nous paraît inutile, nous l'abandonnons. S'il est indispensable, nous administrons au bébé des antalgiques, des sédatifs ou une solution sucrée. La prise en charge environnementale et sensorielle est très importante également : si les parents peuvent le prendre dans leur bras, cela aidera à réduire le stress du bébé. Malheureusement, les hôpitaux français ne sont pas toujours équipés pour recevoir les familles et permettre aux parents d'être présents 24 heures sur 24.

Les prématurés risquent-ils de garder des séquelles en grandissant ?
En France, la survie des nouveau-nés à partir de 25 semaines se situe autour de 70 %. Il est difficile d'établir des pronostics car on ne peut pas préjuger de l'évolution dès les premières semaines de vie, et un certain nombre de complications peuvent survenir durant le premier mois. Nous pouvons seulement nous baser sur des données statistiques. Mais la plupart des prématurés qui survivent n'ont pas de séquelles graves. Si nous fournissons tout ce travail, ce n'est pas seulement pour faire sortir des enfants vivants des services de réanimation néonatale ! Notre objectif est qu'ils grandissent dans les meilleures conditions possibles. Nous les suivons d'ailleurs jusqu'à l'entrée à l'école primaire, et si possible jusqu'à l'adolescence. Les troubles de l'apprentissage sont fréquents chez les enfants nés prématurément, car des parties du cerveau ont pu être atteintes.

Quelles sont les causes d'un accouchement prématuré ?
Outre les grossesses multiples, qui engendrent souvent un accouchement prématuré, il existe deux facteurs principaux. Tout d'abord, ce que nous appelons la prématurité concertée. Certaines pathologies apparaissant lors de la grossesse, comme l'hypertension, et peuvent mettre en jeu le pronostic vital de la mère, du bébé ou des deux. Si on estime qu'il y a un risque à mener la grossesse à terme, on peut décider de déclencher la naissance. Le second est la rupture de membranes amniotiques, une affection qui déclenche un accouchement prématuré. Dans tous les cas, nous essayons de prendre en considération le bien-être de la maman et du bébé.

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