Que veut dire le professeur Juvin quand il parle de seulement 1600 respirateurs "bons pour la réanimation"?

Que veut dire le professeur Juvin quand il parle de seulement 1600 respirateurs "bons pour la réanimation"?
Santé

MANQUE DE MOYENS - Le professeur Phillipe Juvin a dénoncé, le mercredi 30 septembre sur LCI, le manque de matériel en réanimation, et notamment de respirateurs, pour faire face à la seconde vague de coronavirus. Sur les 10.000 respirateurs commandés, il n'y a en effet que 1600 "bons pour la réanimation", selon le patron des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou.

Comme les tests, les masques ou le gel hydroalcoolique, ils sont devenus un bien précieux en pleine épidémie. Les respirateurs artificiels, utilisés en réanimation, sont devenus essentiels depuis le début de l'épidémie pour les services qui accueillent des malades du Covid-19 atteints de détresse respiratoire aiguë. 

Or, il semblerait que la France n'en possède toujours pas suffisamment. C'est ce qu'assure le professeur Philippe Juvin. Le mercredi 30 septembre, interrogé sur LCI, le chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou à Paris l'a ainsi regretté que parmi les 10.000 respirateurs de réanimation achetés par le gouvernement, "en réalité, seulement 1600 sont bons pour la réanimation".

Une utilité "éphémère"

Pour comprendre ce à quoi le médecin, et maire Les Républicains de la Garenne-Colombes, fait référence, il faut se replonger au mois de mars, en pleine crise épidémique, lorsque les établissements médicaux arrivaient à saturation. En cause, notamment, une pénurie de matériel médical dont faisaient partie les respirateurs artificiels. Est alors décidé, et annoncé en grande pompe par le Président de la république, l'achat de 10.000 respirateurs , censés être livrés pour la mi-mai. Produits par la société française Air Liquide, ils doivent permettre d'ouvrir au moins autant de nouveaux lits en réanimation. Sauf que voilà, dès la mi-avril, on se rend compte que les équipements commandés ne sont pas tous les mêmes. Dans un communiqué publié le 23 avril par le ministère de la Santé, on découvre ainsi que parmi cette commande, 1500 produits sont du modèle "Monal T60", largement adopté dans les hôpitaux, et le reste sont un modèle "Osiris". Plus léger, il est surnommé "le respirateur d'urgence" ou "de transport". Car, s'il est bien conforme aux certifications nécessaires pour soigner des patients, il est surtout employé en dernier recours ou lors du déplacement d'un malade. 

Utile de façon éphémère, il n'a pas d'intérêt dans un service de réanimation sur le long-terme. C'est ce que nous explique la docteure Emmanuelle Durand. Exerçant au CHU de Reims dans le service d'anesthésie-réanimation, elle rappelle en effet que les respirateurs de transports sont "plus ou moins perfectionnés" et permettent essentiellement de "transporter un patient de la réanimation au scanner ou du Samu à la réanimation".  Membre du syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes Réanimateur (SNPHAR-E), elle nous explique que, quand un patient doit être ventilé, "il faut réguler plusieurs paramètres de pression infligés au poumon". Or, si les réglages du respirateur d'urgence "sont bons", ils sont "moins fins, moins clairs qu'un respirateur de réanimation." "Il faut régler la pression, la vitesse avec laquelle on pousse l'air dans les poumons", détaille-t-elle entre autres exemples, concluant que "pour les patients Covid-19, il faut une ventilation fine". 

Il est donc en soi possible d'ouvrir un lit de réanimation avec un respirateur de transports. Mais uniquement "si l'objectif est de maintenir un patient ventilé pendant moins de quelques heures". Autrement, si la respiration artificielle doit durer plusieurs jours ou semaines, l'emploi de ce matériel "risque d'être traumatisant pour les poumons et allonger le temps d'hospitalisation". 

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La stock français est passé de 12.000 à 14.000 respirateurs

A l'époque, le ministère de la Santé assumait cette option, relevant que la commande passée à l'entreprise française avait été faite "à un moment où le nombre de patients admis en réanimation continuait de croître très rapidement, et où il apparaissait absolument nécessaire de sécuriser la capacité à armer un nombre de lits de réanimation beaucoup plus importants". Le ministère de la Santé soulignait même que cette décision était "la meilleure solution disponible" à ce moment-là. Pour faire face aux critiques, le gouvernement avait précisé à l'époque que "d'ici fin juin", la France allait disposer de "15.000 respirateurs de réanimation et 15.000 respirateurs d'urgence". Une quantité jugée "supérieure aux besoins exprimés et anticipés". Mais depuis, on en est encore loin du compte. Interrogée sur la question, la Direction générale de la Santé (DGS) nous renvoie aux chiffres de la mi-avril. Idem pour la Direction générale de l'offre de soins (DGOS). Le 16 juillet dernier devant la commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire, la présidente de la branche du ministère de la Santé, Katia Julienne, a indiqué que la France disposait de "près 12.000" respirateurs au début de l'épidémie et qu'elle en avait désormais "14.000". 

Au-delà de la problématique du matériel médical, la cheffe de la DGOS a aussi fait état d'une deuxième problématique. Les "renforts en ressources humaines" jugés insuffisants. Comme elle le soulignait alors, "armer des lits de réanimation c'est à la fois disposer des équipements mais aussi disposer des ressources formées". Et là, la question est bien plus épineuse. C'est d'ailleurs la même qui poussait Philippe Juvin sur notre antenne à demander "plus de personnel spécialisé", l'élu de droite préconisant notamment une "aide massive entre pays de l'UE".

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