"Quoi qu'on fasse, tous les pays subiront le pic d'épidémie", prévient l'infectiologue François Bricaire

"Quoi qu'on fasse, tous les pays subiront le pic d'épidémie", prévient l'infectiologue François Bricaire

REGARDS - Invités d'Elizabeth Martichoux ce lundi 23 mars, Philippe Klein, médecin français à Wuhan et François Bricaire, infectiologue et ancien chef du service Maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, sont revenus sur l'épidémie de Coronavirus COVID-19, notamment le confinement et la chloroquine.

En France, la crise sanitaire liée à la propagation du coronavirus s'aggrave : plus de 16 000 cas confirmés, 674 décès, dont un médecin. Plus de 318 000 cas sont déclarés dans le monde, 13 600 morts sont à déplorer, alors que le pic est à venir. Face au virus qui frappe le monde entier, "il est temps de s’occuper de ce qui s’est passé en Chine", préconise Philippe Klein, médecin généraliste depuis six ans à Wuhan (Chine), confiné depuis une soixantaine de jours et invité via skype sur le plateau d'Elizabeth Martichoux, lundi 23 mars sur LCI. 

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"L’épidémie a commencé il y a trois mois et nous avons vécu toutes les phases que vous avez vécu en France, aujourd’hui, l’Europe est devenu son épicentre" assène-t-il, jugeant la stratégie développée par les autorités françaises encore hasardeuse. "En Chine, on a tenté de freiner l’épidémie mais on ne peut pas freiner une épidémie. Il fallait l’arrêter immédiatement. En France, vous voulez freiner l’épidémie pour éviter le choc sanitaire mais vous allez augmenter les conséquences économiques." 

Pour le Dr Klein, la solution chinoise était certes draconienne pour les personnes concernées, mais avait les avantages des solutions de court terme. "Comme il n’y avait plus de brassage dans la population, les services sanitaires ont pu caractériser tous les patients. Les formes graves étaient envoyées à l’hôpital dans les services de réanimation (soit 15%), et les 85% de formes mineures étaient confinées dans les stades, ensemble. Et toutes les personnes contacts étaient, elles, mises dans des hôtels. Ainsi, vous sortez de la population toutes les personnes qui peuvent la contaminer et vous arrêtez l’épidémie. Les Chinois, à 15 jours sur ce régime strict, ont vu la courbe s’affaisser et il n’y a plus de nouveau cas. 50 hôpitaux étaient dédiés entièrement au coronavirus à Wuhan, aujourd’hui il n’y en a plus que 10, les 40 étant désormais en décontamination."

Présent sur le plateau, François Bricaire, infectiologue et ancien chef du service Maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, reconnait qu'effectivement, à ce stade, "la Chine a contrôlé les nouveaux cas" mais tempère aussi la solution miracle chinoise : "Au delà des mesures extrêmement drastiques que la Chine a prises, il y a aussi le phénomène naturel de l’évolution d'une épidémie en matière d'infection virale et respiratoire, cette fameuse course qui atteint un pic, qui redescend et que l'on modifie par les mesures de confinement." Et rappelle que, "quoi qu’on fasse, tous les pays subiront cette ascension, ce pic puis cette régression. Et le confinement de s'avérer l’écrêtement pour soulager les services de santé." 

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"On veut protéger les personnes âgées mais on les isole"

Ce lundi 23 mars, le gouvernement se prépare à prolonger le confinement de la population au-delà de la date initiale du 31 mars pour contrer l’épidémie due au coronavirus, qui a fait au moins 674 morts en France. Si, pour Philippe Klein, il faut durcir le confinement, François Bricaire se dit favorable à sa prolongation mais pas à son durcissement : "Le 'restez chez vous' est suffisant, d'autant qu'il importe que la société tourne peu ou prou. Il faut des policiers pour vérifier que la population reste bien chez soi, par exemple. C'est pour cette raison que je doute beaucoup de l’arrêt complet de la circulation du virus." 

L'infectiologue s'inquiète par ailleurs des conséquences inhérentes à ce confinement, pas seulement économiques : "Je parle des conséquences en matière de santé, d'un point de vue psychologique aussi. Je pense à l’isolement complet de certaines personnes. On veut protéger les personnages âgées mais on les isole." Et rappelle qu'"à partir du moment où un virus circule, c’est extrêmement difficile de l’arrêter complètement. Si je m’appuie sur les données à Wuhan (Chine) et fais une extrapolation, on aurait un pic de l'épidémie en France dans une huitaine de jours sachant que le virus circule dans la société française avec des porteurs sains." 

De son côté, Philippe Klein désapprouve totalement ces propos : "Comment peut-on faire une extrapolation alors qu’on n'applique pas les mesures drastiques ayant été appliquées ici en Chine ?"

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Vers un cloisonnement plus drastique ? Regard de Philippe Klein, médecin français à Wuhan

La chloroquine, ce "remède miracle"

La question de la chloroquine a également fait débat. Selon son principal défenseur en France, le professeur Raoult, la molécule fonctionne pour soigner les malades atteints du virus. Devant cette certitude, le ministère de la Santé se montre prudent, Olivier Véran ayant d'ailleurs annoncé samedi 21 mars le lancement d'essais pour évaluer cette molécule utilisée habituellement contre le paludisme. Mais à ce stade, qu'en dire ? François Bricaire approuve son utilisation sur le mode "à la guerre comme à la guerre" : "En période difficile, on n'a rien d’autre à proposer", fait-il valoir. "Nous avons des éléments pour penser que ce vieux produit pourrait être efficace. Et il y a une urgence sanitaire suffisante pour qu’on puisse le proposer tout en vérifiant qu'il marche au gré d'études", assure-t-il avant de proscrire l’auto-médication. 

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De quoi provoquer l'ire du médecin de Wuhan : "Si nous avions un traitement miracle, les médecins chinois et italiens sont-ils plus idiots que les autres ? N’auraient-ils pas utilisé ces médicaments pour aider leurs patients ?" demande-t-il, excédé. "La vérité, c’est que les médecins chinois ont utilisé des associations de molécules d’antiviraux et d’hydroxy-chloroquine et qu’aucun traitement n’a été significatif sur la population. En d’autres termes, ces associations ont fonctionné sur certaines personnes mais pas sur toutes." Face aux certitudes de savoir, François Bricaire plaide pour le doute et la nécessité impérieuse de la recherche : "En maladie infectieuse, on se trompe souvent", concède-t-il. 

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