Essais cliniques, précommandes... Où en est-on du vaccin contre le coronavirus ?

Essais cliniques, précommandes... Où en est-on du vaccin contre le coronavirus ?
Santé

RECHERCHE – Dès l’apparition du coronavirus, les scientifiques du monde entier se sont mis à rechercher un vaccin pour immuniser la population. Six mois après le début de la crise sanitaire, où en est la recherche vaccinale ?

Alors que la première vague de la pandémie de coronavirus est encore loin d’être endiguée dans le monde, et que la crainte d’une deuxième vague à l’automne plane au-dessus de l’Europe, le vaccin semble, en l’absence de traitement, la seule option possible pour endiguer l’épidémie. Depuis six mois, les scientifiques du monde entier travaillent pour mettre au point une solution vaccinale en un temps record.

"Quatre stratégies de vaccins sont aujourd’hui étudiées", révèle Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS au Centre de cancérologie et d’immunologie Nantes-Angers. "La première stratégie consiste à injecter le virus inactivé : on prend le virus ‘méchant’, on l’inactive et on l’injecte chez le patient", indique-t-il à LCI. "Cette stratégie est connue puisqu’elle est utilisée contre la grippe, et est développée en Chine, mais nous n’en entendons pas trop parler."

La deuxième stratégie est plus complexe. "On prend la protéine S du virus, celle par laquelle le virus s’accroche aux cellules humaines, on la produit et on l’injecte à l’individu en présence d’un adjuvant pour induire des anticorps", explique Bruno Pitard. "C’est la stratégie utilisée par exemple par Sanofi", chez qui le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu en juin (voir vidéo ci-dessous). "Mais les essais cliniques n’ont toujours pas démarré, et débuteront probablement en fin d’année ou en début d’année prochaine."

En vidéo

Vaccin : Macron en visite chez Sanofi

Un vaccin pré-commandé par la France entre en phase 3

La troisième stratégie est, elle, beaucoup plus avancée. "On prend un ‘bon’ virus, pas méchant, pour amener chez l’individu à vacciner une copie du gène exprimant la protéine S", indique le chercheur du CNRS. "Elle est utilisée par l’université d’Oxford en partenariat avec le géant britannique AstraZeneka. La phase 1, qui consiste à regarder si le vaccin n’est pas toxique, a déjà été réalisée, et les phases 2 et 3, qui consistent notamment à voir son efficacité, sont en cours."

Preuve de l’avancée de ce vaccin, plusieurs pays l’ont déjà pré-commandé. La France en fait partie, "comme les Pays-Bas, l’Italie ou l’Allemagne". "400 millions de doses ont été pré-commandées au total", précise Bruno Pitard. "C’est un vaccin déjà bien avancé, puisque ce sont ceux qui sont partis les plus rapidement. Cette stratégie a déjà été utilisée pour des développements de vaccins, notamment contre Ebola, donc ce n’est pas totalement nouveau."

Des essais cliniques dans les jours à venir à Pasteur

En France, c’est également la stratégie utilisée par l’institut Pasteur, "mais avec le virus de la rougeole dont on se sert comme vecteur pour administrer chez l’individu à vacciner la molécule d’ADN ou d’ARN qui va exprimer la protéine S". En avril, Frédéric Tangy, chercheur du CNRS affecté au laboratoire d’innovation vaccinale de l’institut Pasteur, indiquait à LCI que "les essais cliniques démarreront en juillet".

Dans une interview accordée au Point, le directeur scientifique de l’Institut Pasteur, Christophe d’Enfert, a confirmé les débuts prochains des essais. "Nous nous apprêtons à tester le vaccin sur 90 volontaires en France et en Belgique", a-t-il indiqué. "Cette première phase clinique permettra à la fois d’évaluer son innocuité sur l’être humain et sa capacité à induire une réponse immunitaire."

La quatrième stratégie est proche de la troisième, "mais avec des assemblages chimiques", précise Bruno Pitard. En utilisant cette technique, la société de biotech américaine Inovio a annoncé mardi des résultats préliminaires et encourageants sur son vaccin administré sur 40 volontaires aux Etats-Unis. L’entreprise américaine Moderna est elle aussi très avancée sur ce point, et "va attaquer la phase 3" des essais cliniques, "avec un recrutement de patients au Texas", État américain particulièrement touché par la pandémie.

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Particulièrement attendu, un vaccin ne devrait pas être disponible en 2020. "Si tout va bien (...) il y aura probablement une autorisation temporaire de mise sur le marché en février ou mars 2021", nous expliquait en avril Frédéric Tangy.

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"Ce sera dans ces eaux-là", confirme Bruno Pitard, notamment pour le vaccin développé par l’université d’Oxford et AstraZeneka. "Si la phase 3 démontre que ce vaccin est efficace, avec la précommande de doses, je pense que les Français pourront commencer à être vaccinés au début de l'année prochaine, durant le premier semestre 2021. Je pense que ce seront les premiers vaccins qui seront disponibles."

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